Sujet
Actu Économie
Sahara. Propagande contre propagande
Histoire. Quand le Maroc voulait envahir la Mauritanie
Enquête. Le blues des médecins
Portrait. Fakhir, l'entraîneur miracle
Reportage. En attendant, elles survivent...
Festival. À l'école du cinéma
N° 201
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem habite la rue “cadi iass”. même google ne sait pas qui c’est…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque


Zakaria Boualem souhaite présenter ses excuses les plus guercifies aux nombreux lecteurs qui lui ont fait remarquer son abdouminable erreur. En effet, Laplace n'a jamais expliqué que “rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme”. Non, Laplace travaillait sur les champs magnétiques, ce qui n'a rien à voir. C'est de Lavoisier qu'il s'agissait. Pardon donc à Lavoisier et à Laplace, et aussi à Ahmed Benchemsi pour les deux millions de dirhams que cette double erreur va lui coûter. Puisque nous sommes sur le chapitre des hommes célèbres, Zakaria Boualem souhaite lancer un appel à tous ses plus brillants lecteurs. Voilà le problème : lorsqu'il se balade dans sa bonne ville de Casablanca, sa généreuse cité adoptive, Zakaria Boualem s'amuse à lire le nom des rues. Or, il se trouve qu'il ne connaît pas le tiers des héros que la ville a décidé d'honorer en leur donnant un nom de rue. À part Mohammed V, Hassan II et quelques résistants, c'est le mystère complet. Près de chez lui, dans le Maarif, il y a une rue Cadi Iass. Qui est Cadi Iass ? Même google ne le connaît pas. Il ne connaît que sa rue. Zakaria Boualem a même essayé un truc dingue : une recherche avancée sur google de Cadi Iass qui ne contienne pas rue, il tombe sur street Cadi Iass - où va se nicher la mondialisation. Echec total, donc. On aurait pu imaginer qu'un caïd ou un supercaïd quelconque nous éclairerait en plaçant une plaque commérorative, quelques lignes, pour expliquer qui était ce Cadi Iass en question. Enfin, on aurait pu imaginer, n'exagérons rien. Il aurait fallu être naïf pour penser qu'un caïd allait avoir une telle idée. Parce que si les caïds se mettent à avoir
de telles idées, c'est qu'ils se trompent d'objectifs, et c'est le début de la siba. Les objectifs d'un caïd, c'est - dans l'ordre - de rester caïd, puis de devenir supercaïd. Informer la population, donc, n'est pas dans cette liste. Donc pas de plaque commémorative, et merci. Mais Zakaria Boualem, homme plein de ressources, a une autre solution. Puisqu'il est impossible de nous informer sur les héros des rues, pourquoi ne pas donner aux rues des noms de gens que tout le monde connaît ? Pourquoi pas une rue Larbi Ben Barek ? Une avenue même, ça aurait de la gueule, non ? Dans la foulée, une place Larbi Batma ou Fatna Bent Lhoucine. Aouita, pourquoi pas ? Jamal Debbouze, Noureddine Naybet, Gad El Maleh, Salaheddine Bassir, Bob Marley... ? On n'est même pas obligé d'attendre qu'ils soient morts ! Euuuhhh, Zakaria Boualem s'est un peu emporté. Il s'est oublié, pardon. Il se disait naïvement qu'il serait fier d'habiter dans une rue Larbi Batma. Il se disait qu'il se sentirait plus chez lui que chez le Cadi Iass qu'il ne connaît pas et dont tout laisse penser qu'il est un juge, probablement même un juge marocain, ce qui n'encourage pas forcément à l'amour ou à l'admiration débridée. Mais, encore une fois, il se trompe lourdement. L'objectif du système, ce n'est pas de faire en sorte qu'il se sente plus chez lui. C'est même exactement le contraire. Il faut qu'il se sente toléré, c'est tout. Bach may dsarch. Pour ne pas qu'il dééééconne. S'il est trop à l'aise, il va déraper, c'est bien connu. Donc un nom de rue avec un juge, c'est mieux que Larbi Batma, qui avait beaucoup dérapé, le bougre. Et merci. Au fait, on me demande souvent : le système, c'est qui ? Réponse : tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. C'est flou mais, dans la tête de Zakaria Boualem, il les reconnaît tout de suite. Selon Zakaria Boualem, le drame de ce pays, c'est que ceux qui ne sont pas dans le système ne luttent pas pour l'améliorer... ils ne luttent que pour entrer dans le système. Ils rêvent de devenir fonctionnaires, et de se mettre, eux aussi, à distribuer des autorisations de construire. Ils rêvent de devenir des poulpes pour pouvoir encaisser plus d'enveloppes à la fois. Zakaria Boualem, non. Et, vraiment, merci.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés