Ambiance. Vernissage et mondanités
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De gauche à droite, Fouad
Bellamine, Mohamed Achaâri
et Saâd Hassani (AIC PRESS)
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Bab Rouah accueille les grands noms de la peinture marocaine. Le jour du vernissage est l'occasion pour l'élite culturelle nationale de se dire bonjour.
Bab Rouah porte bien son nom en ce lundi pluvieux de novembre. La "porte des vents" est grande ouverte, un courant d'air se faufile dans la salle où Saâd Hassani organise son vernissage. Sur le joli carton d'invitation, c'est le ministre de la culture Achaâri, himself, qui vous demande d'honorer l'expo de votre présence. Face à tant d'attentions, on s'attendait à un cerbère à l'entrée, scrutant les cartons, cherchant à |
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| démasquer les pique-assiettes et les faux journalistes. Rien de tout cela. Il faut dire que la peinture n'attire pas les foules. Même le microcosme artistique marocain se fait peau de chagrin quand il est question de cimaises. A l'intérieur de la salle d'exposition, une cinquantaine de personnes grand maximum, disséminées par petits groupes. Elles conversent un verre de thé à la main, seule boisson officielle ; des serveurs tournent avec quelques plateaux chiches en petits fours et gâteaux. Le mystère est résolu, il n'y a pas de pique-assiettes car il n'y a pas d'assiettes. Fatema Mernissi est la seule, avec un groupe d'amis, à réchauffer l'atmosphère glaciale. Elle apostrophe un photographe: Attendez pour la photo ! On doit y être tous, c'est démocratique !. Sur le cliché, à droite, Abdeljalil Lahjomri, directeur du Collège royal, au centre, Latifa Toujani, artiste peintre, à gauche Laïla Chaouni, éditrice. Fatema Mernissi demande son portable et son mail à Lahjomri. Ne me contacte pas avant dix-sept heures. J'éteins mon portable pendant les cours. On n' a pas de réseau au Collège royal, la prévient, avec le sourire, Lahjomri. Fatema Mernissi, à peine quitté le cadre de la photo, présente un journaliste à un certain nombre de personnalités habituées des vernissages. Et ce monsieur vous le connaissez ?. Gêne du journaliste. C'est le premier à avoir écrit sur le monde rural après Paul Pascon. Le visage est familier au journaliste, mais la réponse ne sort toujours pas. Oh ! tout de même ! souffle, dépitée, Laïla Chaouni. C'est Abdallah Hammoudi !. L'auteur du voyage à la Mecque ne se vexe pas de l'ignorance crasse du journaliste. Il garde le sourire, part à la recherche de Saâd Hassani et croise en route Edmond Amran El Maleh, assis sur une chaise, seul dans un coin. Saâd Hassani est de l'autre côté de la salle, occupé à remettre en place une case d'un de ses tableaux. Il s'apprête à donner une interview à la 4ème chaîne et demande sil peut fumer pendant la prise de vue. TVM est là également ainsi que quelques personnalités de la télé culturelle comme Maria Latifi, ex-présentatrice de Namadij, une émission consacrée à la peinture sur 2M, un programme qui vous berce grâce à des commentaires sibyllins, dits d'une voix douce et modulée. C'est le propre de la peinture de donner lieu à des écrits abscons : C'est vous qui avez présenté mon exposition avec ce petit texte énigmatique ? demande Saad Hassani à l'un des rares journalistes présents. Merci, ça m'a fait un bonne pub conclut l'artiste, avant de filer rejoindre un autre groupe d'invités. En costume à carreaux marron et noir, un homme est seul. Avec sa dama populaire sur le dos, il ressemble à un chien dans un jeu d'échecs, thème de l'exposition de Hassani. Pourtant c'est le seul à regarder les tableaux. Quand vous êtes timide, ou ne connaissez personne, c'est le seul moyen de vous donner une contenance dans un vernissage. Quand vous connaissez tout le landerneau culturel, vous êtes dispensé de regarder les oeuvres et de prendre des airs inspirés : faire la bise occupe tout votre temps. Vers dix-neuf heures, Bab Rouah a enfin fait le plein. Le journaliste est toujours empêtré dans les présentations, il ne reconnaît personne. Abdelhaï Laraki, le cinéaste le plus cultivé de l'axe Casa-Rabat, informe un groupe d'amis que son dernier film est en montage. Derrière lui, Mohamed Achaâri, enfin arrivé, explique à deux artistes tout le mal qu'il pense de la taxation des salles de spectacles par Oualalou, le ministre des Finances. On l'aura compris, dans un vernissage, il est très peu question de peinture... |