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N° 203
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi


“Pour l’instant”

Le PJD ne demande pas la fermeture des débits de boisson et des bars… “pour l’instant”


Que se passera-t-il si le PJD arrive au pouvoir en 2007 ? La question devient récurrente, et plus les législatives approcheront, plus on l’entendra. À priori, on pourrait répondre : “rien de majeur” - puisque le “pouvoir”, le vrai, est au Palais royal, et y restera. Sauf réforme constitutionnelle significative, aucune élection n’y changera jamais rien. Cela dit, disposer d’une majorité parlementaire permet de faire passer des lois. De ce danger-là, on a eu un avant-goût cette semaine au Parlement à l’occasion d’un échange oral entre les députés du groupe PJD et le ministre de l’Intérieur El Mostafa Sahel.
À la question : “que comptez-vous faire pour prémunir les Marocains contre l’alcool, mère de toutes les calamités ?”, le ministre a répondu, usant de l’hypocrisie d’usage : “la vente d’alcool est interdite aux musulmans, et réservée aux seuls touristes”. Commentaire de Abdelilah Benkirane, député PJD : “nous ne demandons pas la fermeture des débits de boissons dans les hôtels, les bars, et les débits anciens… pour l’instant.” Un “pour l’instant” (“al ane”) lourd de sous-entendus… Ce que le PJD se contente de demander, “pour l’instant”, c’est d’empêcher les supérettes de vendre de l’alcool dans les quartiers populaires, “là où il n’y a pas de touristes”. Une proposition qui, si jamais elle était appliquée, ne ravirait que les guerraba (vendeurs d’alcool clandestins) desdits quartiers populaires, qui verraient leur chiffre d’affaires monter en flèche…
Quant à Attajdid, organe officieux du parti, dirigé par M. Benkirane, il a titré en Une, le 6 décembre : “des associations homosexuelles secrètes s’apprêtent à réclamer des “droits” pour les gays”. Les guillemets autour de “droits” sont d’Attajdid, évidemment. Passons. Et passons aussi sur le scandaleux amalgame fait entre l’homosexualité et la pédophilie (“dans un registre proche”, dit l’article). Retenons plutôt l’unique source de cette information spectaculaire sur les “droits des homosexuels qui seront bientôt réclamés” : le témoignage anonyme d’un homosexuel “repenti” ! Comme on dit des terroristes…
Au regard de la loi marocaine (article 489 du code pénal), pas de doute, l’homosexualité est bien un crime. Tout comme les relations hétérosexuelles hors mariage (articles 490 et 491). Mais des relations sexuelles libres, homo et hétéro, il y en tous les jours au Maroc, comme partout ailleurs dans le monde – et cela a existé de tous temps. Quant aux Marocains musulmans adeptes de l’alcool, le PJD lui-même reconnaît qu’ils représentent 90% des consommateurs. Et même probablement plus. Cela n’empêche pas le PJD de stigmatiser tous ces gens et de les mettre en garde “pour l’instant” contre les foudres de la loi. Une loi dont chacun sait qu’elle n’est pas respectable à force de ne pas être respectée… Parce que les gens ont le droit de vivre leur vie comme ils l’entendent, tant qu’ils ne nuisent pas à autrui.
Est-il possible de convaincre les islamistes d’ouvrir leurs yeux sur la réalité ? C’est peu probable. Est-il possible qu’ils remportent les prochaines élections et durcissent l’arsenal légal en matière de mœurs ? C’est très probable. D’importants combats sont à venir. 2007, c’est encore loin, dites-vous ? Oui… Pour l’instant

 
 
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