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N° 203
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Je ne suis pas paranoïaque"

Antécédents
Noureddine Miftah
Directeur de publication d’Al Ayam
1963. Naissance à Casablanca
1983. Entrée à l’école de journalisme
1997. Création d’Assahifa
2001. Création d’Al Ayam
2005. Interrogé suite à la publication d’un dossier sur le “Harem royal”
Smyet bak ?
Abdelkebir ben Ali.

Smyet mok ?
Malika bent Ahmed.

Nimirou d’la carte ?
BE 50 657. Votre interrogatoire est gentil. Les autorités sont beaucoup plus exigeantes que vous. Lors de mon interrogatoire, ils ont fouillé dans mon parcours scolaire, professionnel, dans ma vie. C’est ce qu’ils appellent le PV traditionnel.

Sinon, vous en êtes où aujourd’hui ?
Personne ne peut répondre à cette question. Nous avons été convoqués à deux reprises par le premier adjoint du procureur du roi. Il a dit que nous devons rester à la disposition de la justice. Nous attendons donc. Nous ne sommes ni blanchis ni poursuivis.

Vous venez d’emménager dans de nouveaux locaux. Vu le confort des lieux, un juge risque de vous condamner à 10 millions de dirhams s’il se ramène ici…
L’ironie du sort a voulu que j’apprenne, à la télé, l’ouverture de l’instruction le jour même du déménagement. Avant, je regardais la RTM pour savoir ce qui se passait dans le pays, maintenant, je guette l’édition du soir pour être sûr que personne ne me poursuivra le lendemain. Pendant quatre années, nous avons travaillé dans un siège qui n’était pas du tout correct. Aujourd’hui, nous tentons l’expérience du leasing. Le local et le mobilier nous ont coûté 1,5 millions de dirhams que nous devons rembourser sur 10 ans. En soi, c’est un signe de confiance en ce pays, ça veut dire que nous espérons durer. Même plus, j’ose encore espérer que tout ce qui arrive à la presse ne soit que des accidents de parcours, mais qui ne soient pas mortels.

Derrière votre bureau d’accueil, trône une grande photo de couverture de Lalla Salma. Celle de Mohammed VI vous a à l’œil dans votre salle de réunion. C’est fait exprès ?
Pas du tout. La couverture de Lalla Salma coincide avec les débuts du journal. L’apparition publique de l’épouse du roi est un événement historique. La photo de Mohammed VI est celle de notre numéro d’été. Le premier en format magazine.

Ces derniers mois, vous avez donné l’impression de vous être pas mal calmés. Le dossier sur le Harem est un accident de parcours ?
Je ne partage pas cette analyse. Nous privilégions le travail de terrain. Nous n’avons pas de cibles contre lesquelles nous complotons chaque semaine. En cours de route, des sujets se précisent ou prennent forme. Comme dans n’importe quelle rédaction.

Quelle a été votre première réaction quand le sujet a été proposé en conférence de rédaction ?
Rien de spécial. Le sujet a été proposé il y presque quatre mois, mais nous n’avions pas assez de sources. Juste des fragments déjà parus dans des livres-témoignages. Puis à l’occasion d’un déplacement en France de Maria Moukrim, cette dernière a eu accès à des connaissances de Cléret.

Vous irez jusqu’à dire que vous êtes un journal à abattre ?
Je ne suis pas paranoïaque. Depuis toujours, il y a eu, au Maroc, conflit entre l’Etat et les médias. Jusqu’aux années 90, ce conflit était géré par les chefs des partis et le Palais. Aujourd’hui, nous avons des journalistes qui n’ont de comptes à rendre qu’à leurs lecteurs et à leur éthique. En période de transition, il est normal qu’il y ait confrontation.

Vous seriez plus à l’aise devant une Cour normale ou spécialisée dans les délits de presse ?
Je n’aimerai pas en arriver là. Mais l’expérience a porté ses fruits ailleurs où existe une chambre dédiée à ce genre d’affaires. Il est inadmissible qu’une affaire de diffamation soit traitée comme n’importe quel délit pénal. Pour ce genre d’affaires, il faut des juges qualifiés, initiés à la pratique journalistique, et qui sachent trancher entre le droit à l’information et l’atteinte à la vie privée. Evidemment, tout cela ne voudrait rien dire sans une réelle indépendance de la justice.

 
 
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