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N° 204
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Développement. Que fait l’Etat pour le monde rural ?

Mohand Laenser, ministre
de l’Agriculture. (AFP)
Pour rendre hommage à Paul Pascon, des sociologues et des économistes se sont réunis à Rabat du 8 au 10 décembre. Dans la foulée, ils se sont interrogés sur le devenir de l'agriculture dans le cadre des accords de libre-échange.


Rêver d'une société rurale développée et intégrée à l'économie de marché, relève presque de l'utopie. Le constat d'échec des politiques publiques depuis l'indépendance du Maroc renforce ce pessimisme fortement partagé par les sociologues et les économistes. Ces derniers, s'ils s'accordent à souligner l'actualité des recherches du père de la
sociologie rurale marocaine, constatent que, depuis la publication de son œuvre, le monde rural a quasiment fait du surplace. Pire, selon des notes internes au ministère de l'Agriculture, l'indice du développement humain dans le milieu rural, place le Maroc parmi les pays les moins avancés. Le verdict est sans appel. Que deviendra la société rurale dans le contexte des accords de libre échange? Est-il trop tard pour prendre le virage du développement, pour sauver ce qui peut l'être ?

Peu d'exploitations viables
Plantons le décor : la comparaison entre l'économie rurale des années 60 et celle d'aujourd'hui ne montre pas une évolution notable. “Par tête d'habitant, la production apparaît en quasi-stagnation. Entre 1999 et 2003, le produit agricole par tête a atteint 674 DH, soit à peine deux dirhams de plus que le niveau déjà atteint entre 1960 et 1964”, précise Najib Akesbi, grand spécialiste de l'économie rurale. Le même statu quo se vérifie pour la structure de la production agricole que les chercheurs répartissent en trois catégories : tout d'abord, les grandes exploitations (plus de 50 ha en bour et plus de 20 ha en irrigué). Elles représentent 2% de la superficie agricole exploitée, mais accaparent 22% des terres agricoles utiles et ont une viabilité économique due à la mobilisation de capitaux et l'abondance des systèmes d'irrigation. En effet les grands barrages initiés sous l'ère Hassan II et construits grâce à un endettement douloureux améliorent le rendement de terres déjà favorisées. En deuxième position viennent les exploitations intermédiaires, 3 à 50 ha en bour et 1 à 20 ha en irrigué. Elles représentent 55% de la superficie agricole utile et 70% des terres cultivables. Leur rendement est à la limite de l'équilibre économique. Le reste, soit 41% est constitué d'exploitations dites de subsistance qui disposent d'à peine 5% de la superficie globale cultivable. Les agriculteurs y consomment ce qu'ils produisent et, dans certains cas, vendent les excédents.
à cela s'ajoutent des contraintes juridiques liées au statut du foncier agricole et au mode de succession. Une bonne partie des terres agricoles sont des sphères du foncier guich, habous, domanial ou encore collectif. Ces régimes ont démontré leurs limites à la fois pour l'exploitation directe et pour la concession à un tiers. L'autre partie dominante des terres agricole est constituée de foncier melk (propriété privée). Ce statut laisse entendre une grande souplesse de gestion, de concession ou de cession. En fait, les terres melk ne sont souvent guère dans une situation meilleure puisque, en raison d'un régime de succession désuet, elles restent, du fait de l'indivision, la propriété d' une multitude d'héritiers plus au moins absentéistes. Ce qui ne favorise nullement une exploitation efficiente, ou même seulement rationnelle. Et c'est dans ces conditions que le Maroc se prépare à ouvrir son agriculture à la concurrence internationale.

Libre échange et enjeux de développement
L'ampleur de l'échec des politiques publiques visant le développement du monde rural apparaît avec force dès que la donne du libre-échange entre en jeu. Aux alentours de 2010-2012, les accords signés par le Maroc toucheront, tôt ou tard, la question agricole. Concernant le mode de production, et donc les revenus de la société rurale, ils auront un impact énorme sur la configuration future du milieu rural. Le libre échange sera, non pas un producteur de richesse, mais de précarité et de tension sociale. Que faut-il faire alors ? Evoluer vers une agriculture multifonctionnelle, valoriser localement les ressources, redéfinir le rôle de l'Etat ? Telles sont les propositions des spécialistes pour une nouvelle politique rurale.
L'agriculture multifonctionnelle est une activité qui prend en compte l'environnement et le développement des espaces dans le monde rural pour favoriser le tourisme vert et inciter les citadins à investir à la campagne. L'acquisition de terrains ruraux par les citadins est une forme d'épargne très spéculative. L'achat vise soit la construction d'une habitation secondaire, soit un investissement touristique de petite envergure, soit, et c'est la majorité des cas, une opportunité de revente après révision du tracé urbanistique.
En revanche, la valorisation des bourgs repose sur l'encouragement des produits du terroir, mais aussi de l'artisanat ou d'autres secteurs ayant une spécificité locale. Le plan dévoilé récemment par Adil Douiri, ministre du Tourisme et de l'Artisanat, peut s'inscrire dans cette logique. L'Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) s' inspire d'un programme européen appelé Leader, ou presque... L'objectif est certes un développement durable mais surtout la diminution de la dépendance vis-à-vis de l'agriculture. Cela veut-il dire que le Maroc se prépare à l'abandon de sa vocation de base ? Rien n'est moins sûr. Pour Najib Akesbi, la question se pose différemment : “Peut-on se sentir en sécurité en matière de blé ou de sucre par exemple à partir d'un taux de couverture de la consommation intérieure par la production locale de 30, 50 ou 80% ? Personne ne le sait et aucun responsable ne l'a jamais dit”. Pour lui, l'enjeu actuel se résume ainsi : réussir sa transition d'une agriculture encore largement extensive, peu productive et fortement protégée, vers une agriculture intensive, compétitive et plus ouverte sur le marché mondial, “et ce à un coût politique, social et écologique acceptable”. “Un Etat jouant pleinement son double rôle d'Etat-stratège et d'Etat-régulateur, voilà ce dont nous avons absolument besoin”,conclut-il. En attendant, 2010 approche à grande vitesse.



Alternative. L’éco-tourisme

“Aujourd'hui nous comptons près de 150 000 touristes par an qui s'intéressent au tourisme vert. Nous visons 1,5 million à l'horizon 2015. Le développement de l'artisanat devra également y contribuer”, avait déclaré à la Vie Eco, Mohamed Mohattane, en charge du département du développement rural. Parlant d'une stratégie, certes trébuchante et parcellaire, Mohattane cherche néanmoins à exploiter une piste alternative à l'agriculture. Ce plan commence par le projet de Géoparc du M'Goun. Situé au cœur de la chaîne du Haut Atlas, ce site protégé s'étendra sur une superficie de 7600 km2 et couvrira les régions de Béni Mellal, Azilal et Demnate. Prennent part au projet plus de 50 communes, l'Agence de développement social, l'APPGM (association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc), le ministère du Tourisme et la Région. Un musée géologique pour la ville d'Azilal est également prévu.

 
 
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