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Politique. Surenchères sur la Constitution
Droits de l'Homme. Des charniers à Casablanca
Reportage. Allô, Sida ?
Vlaams Belang. Racistes non grata
Polémique. Pourquoi Marock dérange
N° 204
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Politique. Surenchères sur la Constitution
Droits de l'Homme. Des charniers à Casablanca
Reportage. Allô, Sida ?
Vlaams Belang. Racistes non grata
Polémique. Pourquoi Marock dérange

Par Bart Schut*

Visite.
Vlaams Belang. Racistes non grata

Manifestation du VB contre
la télévision flamande.
À droite avec micro, Filip Dewinter ;
à gauche : (bras croisés), Frank
Vanhecke, président du VB. (B.S.)
Le parti d'extrême droite flamand est reparti du Maroc sans coups ni blessures. Mais sans un seul contact officiel non plus. Le temps d'une conférence de presse, l'assistance a découvert des fascistes qui s'en cachent à peine.


Salon de l'hôtel Hilton, Rabat. Assis sur un confortable sofa, entouré de sa “cour” version réduite, Filip Dewinter semble très satisfait. Sa flûte de Veuve Cliquot à la main (le stock de bière étant épuisé), le leader charismatique du Vlaams Belang fait le point sur sa visite au Maroc. Bilan positif, d'abord parce que la délégation est entrée et surtout
sortie de l'antre du loup sans dommage. En effet, pour cette formation politique d'extrême droite flamande, le Maroc se résume à un pays émetteur d'immigrés. Or, Intérêt Flamand (Vlaams Belang) est totalement anti-immigration et ses membres ne cachent pas une aversion particulière pour les Marocains de Belgique. D'où leurs appréhensions quant à cette visite. Un des journalistes ayant voyagé avec eux rapporte cette indiscrétion : la délégation aurait refusé de voler avec la RAM craignant d'être reconnue par les Marocains dans l'avion ! Dewinter, lui, pense que son périple marocain comportait un risque physique, d'où les deux gardes du corps qui ne le quittent pas des yeux. “La presse belge avait spéculé sur des manifestations probables contre nous durant notre séjour mais il n'y en a pas eu. Je trouve que la plupart des Marocains sont accueillants”, admet-il. Propos faussement élogieux qu'il répétera devant les caméras des deux équipes de télé flamandes venues avec la délégation au Maroc.

Un xénophobe parmi nous
à la conférence de presse tenue au Hilton, aucun des présents n'était dupe. Dewinter apprécie peut-être les Marocains mais… au Maroc. La présence de journalistes locaux, même en petit nombre, est en soi une réussite pour le leader du VB. De toute façon, il ne s'attendait pas à une grande affluence vu le positionnement de sa formation et l'adversité qu'elle affiche à l'égard des étrangers. En fait, il est plus habitué à être maltraité par la presse de son pays. En politicien pragmatique, toute publicité pour lui est la bienvenue. C'est donc avec beaucoup d'assurance qu'il expliquera que la Belgique n'est pas un pays “de lait et de miel” pour les étrangers et invitera les Marocains à rester chez eux, effrontément.
En fait, le VB a tout un programme pour le Maroc. Il promet de militer pour une augmentation de l'aide étatique au tiers-monde et d'en réorienter une bonne partie vers le Royaume. En échange de quoi, ce dernier devrait adopter des mesures : accepter que les marocains condamnés en Belgique purgent leurs peines au Maroc (Dewinter avance le chiffre de 1100 prisonniers), couper les liens avec les MRE et renoncer à la double nationalité des résidents là-bas. Un pari très improbable. On voit mal le Royaume se priver de la manne financière des Marocains d'Europe, sans compter que dans les prisons ici, on trouve tout… sauf des places libres.
Hors des murs du Hilton, aucun officiel marocain ne s'est risqué à associer son nom aux “fachos”. Le carnet de rendez-vous de Frank Vanhecke, véritable mais moins médiatique président du parti, est resté à peu près vide. Seule une rencontre était prévue avec la secrétaire d'état chargée des MRE, Nezha Chekrouni. Du moins c'est ce qu'affirme la partie flamande : “Nous devions dîner avec elle mais à la dernière minute, elle a annulé sans explication”. M. Dewinter prend les choses avec beaucoup de philosophie. Pour autant, il n'hésite pas à les tourner en sa faveur : le gouvernement belge (encore lui) aurait fait pression sur les marocains dans le sens d'un boycott. La raison ? Il en a une toute prête : Bruxelles est embarrassée car c'est l'exécutif qui devrait faire le “travail de terrain” que fait le VB. Côté Nezha Chekrouni, on nie avec véhémence la thèse de la pression belge. “C'est faux. Nous n'avons jamais eu de contact avec ce parti fasciste. Ce rendez-vous est une invention !”, s'exclame le chargé de presse du département.

Lapsus révélateurs d'un islamophobe
Rabat a été, pour une fois, prudente. Les ténors du VB ont une longue réputation de fachos dans leur pays. Aujourd'hui, comme par enchantement, ils semblent présentables, limite charmants. Devant un parterre de journalistes, principalement étrangers, l'équipe Dewinter conteste longuement son étiquette raciste, et en français s'il vous plaît. Marie-Rose Morel, ex-miss Flandre et numéro deux du groupe parlementaire VB, s'insurge sincèrement contre “le complot” ourdi par le gouvernement belge, les ONG anti-racisme et la presse wallonne (francophone) contre son parti. C'est de là que vient le mal car “être contre l'immigration ne signifie pas être raciste” souligne-t-elle.
On la croirait presque si ce n'était un faux pas de son patron. Sollicité pour un commentaire sur l'article publié dans la presse arabophone qui compare les subsahariens à un essaim de criquets, le leader de VB sourit. “Je n'utiliserai pas un tel terme car l'inquisition du politiquement correct m'attend au tournant. Mais…”, et de sourire plus que jamais, d'un air entendu. Un long silence s'en suit et juste au moment où il ouvre la bouche, Miss Flandre lui saisit le bras. “Filip, arrête !”. L'homme visiblement se mord la langue, lui qui séduit dans sa contrée natale pour son franc parler. Il opte finalement pour une franchise mesurée : “L'immigration envahit l'Europe et, si on ne l'arrête pas, elle nous mènera vers la ruine”.
Le parti est encore plus radical quant aux musulmans en Europe, à en juger par cette citation que son patron a joyeusement reprise : La bombe atomique des musulmans c'est le ventre de leurs femmes. Traduisez : le monde est menacé par leur croissance démographique. Choquant ? Pas pour M. Dewinter qui assume tout à fait son islamophobie. “Tous les musulmans ne sont pas des terroristes mais tous les terroristes sont des musulmans” souligne-t-il sans ciller. Il n'est pas surprenant que les partis politiques marocains aient boudé la visite des flamands. Leur réputation les a précédé. Lahcen Daoudi, député islamiste, confirme : “Le VB est un parti à la logique hitlérienne. Nous ne voulons pas avoir affaire à eux”. Ironie du sort, la seule mouvance avec laquelle ce parti islamophobe partage au moins une thèse, c'est justement le PJD qui, lui aussi, veut que les Marocains restent dans leur pays !
A la fin de la conférence, toutes les critiques n'ont pas empêché les Flamands de s'extasier sur la culture et l'hospitalité des Marocains, exactement comme le ferait un touriste visitant la Médina de Rabat. Ils ne verront rien de plus, d'ailleurs. Peut être parce qu'il est plus difficile de convaincre les bidonvillois de Douar Lkora que la Belgique n'est pas le pays du lait et du miel. Ils essaieront quand même d’y aller, n'en déplaise à Dewinter et sa bande.

*Journaliste hollandais installé au Maroc




Vu de Bruxelles. Le VB, infréquentable chez lui

Créé en 1978 au pays de la bière et de Rubens, le parti a mis 13 ans à se débarrasser de son carcan néo-nazi. A l'époque, la formation s'appelait Bloc Flamand et arrivait à peine à 1% des votes. Son programme était basé sur trois thèmes : stopper l'immigration, éradiquer la criminalité - largement attribuée à cette même immigration et réclamer l'indépendance de la Flandre. Xénophobes, racistes, certains militants étaient même des skinheads en ce temps-là. Quand M. Dewinter prend la relève à la tête du parti, il commence à purger ses rangs ; les skinheads, devenus gênants, sont passés à la trappe. Sans états d'âme, il confesse : “Quand on est une formation aussi minoritaire, on peut se permettre des éléments radicaux. Mais pour grandir, on a besoin d'une identité plus respectable”. Son opportunisme a payé. Aujourd'hui, VB caracole en tête des partis d'extrême- droite en Europe avec presque 25% des votes en Flandre. Si l'idéologie n'a pas changé d'un iota, le marketing a servi la cause. Un relooking qui n'a pas empêché la justice belge de les condamner pour racisme en 2004. Du coup, le parti a changé de nom pour avoir toujours droit au fonds étatique et à un temps d'antenne.

 
 
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