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N° 204
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB se pose un tas de questions auxquelles il ne trouve pas vraiment de réponses.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Vous allez faire comme Zakaria Boualem, s'il vous plaît : vous allez lire la dépèche AFP suivante. “Un Marocain de 32 ans a été placé en garde à vue après avoir tenté d'ouvrir un compte bancaire en présentant un billet d'un million de dollars. L'homme s'était présenté récemment à un guichet de la Société Générale Marocaine de Banques (SGMB) à Rabat avec ce billet en affirmant vouloir établir une société de verrerie. L'employé éberlué a appelé sa direction qui a recommandé au client de présenter sa “devise” à la Banque du Maroc (Banque centrale), a indiqué mercredi un responsable de la police. L'individu s'y est rendu et a présenté son billet qui s'est avéré être un tract publicitaire représentant un chèque libellé en dollars. Il a expliqué qu'il voulait monter son entreprise avec un Saoudien, mais ce dernier a été mis hors de cause. Selon la police, il risque dix ans de prison pour “usage de faux”. La simple lecture de ce texte brillant appelle dans l'esprit tourmenté de notre héros la série de réflexions suivantes :
Point 1 : Imaginons la scène : un type arrive avec un tract publicitaire au guichet d'une banque. Le guichetier, sans doute, n'a jamais vu de billet d’ un million de dollars, ni de tract saoudien. Du coup, il ne fait rien, il va voir son chef. Jusqu'ici, c'est logique. Le chef, lui, ne peut pas croire un instant que ce billet est un billet. Pourtant, il lui demande d'aller à la Banque du Maroc, au lieu de lui proposer d'aller voir un ophtalmo ou un psy. ça, c'est bizzare.
Point 2 : Le type arrive avec un tract publicitaire saoudien à la Banque
du Maroc. La théorie selon laquelle il s'agit d'un débile profond se confirme. Il croit à son délire, il va jusqu'au bout. Il n'est peut-être pas coupable mais victime. Mais ce n'est pas grave, la police est déjà intervenue dès la première phrase de le dépêche, donc il est foutu.
Point 3 : “le Saoudien est hors de cause”. Soubhana Allah. C'est lui qui a fait le tract, mais il est hors de cause. Je ne sais pas pourquoi, mais dès qu'on explique à Zakaria Boualem qu'un Saoudien est hors de cause, il a du mal à ne pas penser que l'incorruptibilité légendaire de notre police a peut-être cédé face à la puissance des pétro-dollars. Zakaria Boualem a beau lutter contre cette idée, elle est plus forte que tout. ça doit être à cause de son esprit mal tourné.
Point 4 : L'enquête des policiers a dû être particulièrement délicate. Vous imaginez, vous, quatre moustaches penchées au dessus d'un tract publicitaire - probablement avec des loupes, et qui finissent par s'écrier en choeur :“Chef, ceci n'est pas un vrai billet ! Nous sommes formels, c'est un coup d'Al Qaida” ?!
Point 5 : Si l'histoire est complètement farfelue, la conclusion, elle, est logique. Le débile profond risque la prison, comme tout le monde, pour faux et usage de faux. Qu'on explique à Zakaria Boualem en quoi il est coupable de faux puisque c'est un tract publicitaire saoudien. Qu'on lui explique pourquoi cet homme risque de se retrouver en prison alors qu'il devrait être dans un hôpital psychiatrique, comme tout le monde. Qu'on explique à Zakaria Boualem pourquoi les golfs du Maroc disposent d'une pelouse en parfait état alors que les terrains de foot, légèrement plus populaires sont des champs de kharchouf. Qu'on explique à Zakaria Boualem pourquoi les avions de la RAM sont toujours complets lorsqu'on les apelle au téléphone pour une réservation (même pour un Casa-Paris en 2987). Qu'on explique à Zakaria Boualem pourquoi ses factures d'eau et d'électricité augmentent régulièrement alors qu'il se douche de moins en moins. Qu'on explique à Zakaria Boualem comment il doit traverser l'avenue Massira Al Khadra au niveau du Twin Center, puisque le réglage des feux rouges maintient un flot continu de véhicules. Qu'on explique à Zakaria Boualem le Maroc, tout simplement. Avec son projet de société, la dose souhaitée de religion, celle de nachat, celle d'arabe classique, de chelha, de français et de darija. Et merci.

 
 
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