2005 Lannée des tabous brisés
Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans notre Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...
En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous
Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.
Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.
un dossier de la rédaction
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La famille royale nest plus taboue
Avant
Sous Hassan II, c'était l'aâm zine, Allah ynsar Sidna, et point final. Sous Mohammed VI, les choses ont énormément évolué. Depuis 5 ans, les gens parlent librement du Palais dans les cafés et le critiquent désormais sans crainte. Quant à la presse indépendante, elle n'hésite plus à faire des Unes polémiques, frôlant parfois l'irrévérence, sur les pouvoirs du roi, son action publique, ses décisions
Mais jusqu'à cette année, personne (ou presque) n'avait osé briser l'ultime tabou : la vie privée de la famille royale. Un pas désormais franchi
non sans périls. |
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La famille royale au complet
ou presque. (Match du Monde)
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Vie privée des princes et princesses, finances de la Cour, retour sur lhistoire des harems
la presse nationale a osé. Certains en payent encore le prix.
Le salaire du roi (TelQuel), la vie privée de la première dame Lalla Salma (Al Jarida Al Oukhra) et des surs du roi dites princesses du peuple (Al Michâal), les multiples malversations, vols et détournements au sein des palais royaux (toute la presse), la flambée du budget de la royauté (Le Journal), jusqu'aux secrets du harem sous trois rois (Al Ayam)
L'un après l'autre, les tabous concernant la vie |
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| privée de la famille royale sont tombés cette année. Non sans problèmes pour les journaux qui les ont fait tomber, d'ailleurs. Pour son récit de la vie intime de Lalla Salma (ses caftans, ses plats préférés, son habitude de marcher pieds nus
rien que de bien innocent, quoi), Al Jarida Al Oukhra a reçu une lettre de remontrances, voire de menaces, du protocole royal. Mais le cas le plus emblématique reste celui du harem sous trois rois. Son directeur et l'auteur du dossier sont poursuivis pour publication de fausses informations de nature à troubler l'ordre public et publication de photos de la famille royale sans l'autorisation du cabinet royal
en vertu d'un dahir des années 50 dont personne n'avait jamais entendu parler jusque-là ! Les débats judiciaires promettent d'être homériques. Les médias, eux, n'ont pas attendu pour ouvrir le débat : la vie privée de la famille royale est-elle, oui ou non, un territoire interdit ? Les responsables, évidemment, clament sur tous les tons que la vie privée de quiconque est sacrée. C'est évidemment faux. Il n'y a qu'à voir l'essor de la presse people en Europe. Un personnage public, par définition, s'expose à la médiatisation de sa vie privée - c'est ainsi que cela fonctionne dans toutes les démocraties. Du coup, les chefs d'Etat occidentaux, pas fous, préfèrent poser en famille devant les caméras pour donner de la matière aux journalistes, plutôt que de découvrir leurs aventures (et photos) publiées à leur insu. Ici, Mohammed VI admet (et même apprécie) le traitement people de sa famille
à condition que ce soit Paris Match qui le réalise. Et nous ?
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Et maintenant ? Par Abdellah Stouky*
Ce qui a été fait en 2005 est un progrès accompli grâce à la presse indépendante qui, quoi qu'on en dise, est incontournable. J'espère qu'il n'y aura plus ces tiraillements, ni cette confrontation permanente par des voies, disons-le, illégales. Il ne faut plus considérer que seule la presse étrangère a le droit de parler de la famille royale. Ce que nous voulons, c'est que le respect réel de tous pour la famille royale se traduise par des rapports apaisés entre cette même famille et la presse nationale. Bien entendu, la presse nationale doit être professionnelle, et éviter de porter préjudice à la famille royale par des actes délictueux. Reste, bien sûr, aux juges, de savoir apprécier la différence entre un traitement journalistique respectueux et informatif, et un traitement réellement délictueux. C'est un long travail à accomplir. En Europe, ça a pris des dizaines d'années...
*Editeur et chroniqueur, ancien président de lUnion internationale des journalistes francophones
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