2005 Lannée des tabous brisés
Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans notre Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...
En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous
Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.
Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.
un dossier de la rédaction
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La police devient (presque) transparente
Avant
Jusqu'à la fin des années 90, l'image de la police se résumait à de sombres commissariats, où se tramaient de sales affaires, à l'insu de tous et à l'encontre de la loi. Avec l'introduction du credo des Droits de l'homme, les policiers ont commencé à râler en public, de ne plus pouvoir faire leur boulot comme avant. Mais ils traînaient toujours la réputation d'intraitables agents d'autorité, sans foi ni loi. Impossible de vérifier s'il s'agissait d'un a priori, la police ne communiquait pas. Elle faisait son boulot en silence, loin de tout
et surtout des médias. |
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En attendant que notre police respecte les droits de l'homme, son directeur général Hamidou Laânigri l'a rendue moins distante
et même, parfois, loquace.
Un flic est-il un Marocain comme les autres ? La vaste opération marketing déclenchée par Hamidou Laânigri, dès sa nomination à la tête de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), a pour bout d'humaniser les hommes en uniforme. L'opération de charme a démarré avec le lancement du plaisant Police magazine, dont le premier flic du royaume est directeur de la publication. Sans oublier |
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une communication tous azimuts ponctuée de spots télévisés qui montrent notre police sous un jour nouveau, affichant le sourire de rigueur. Sur le terrain, les instructions données aux policiers sont plus claires : plus de souplesse, de naturel, de proximité avec les citoyens. Ça ne marche pas à tous les coups, mais la volonté y est...
Dans un autre registre, les journalistes ont été souvent agréablement surpris de voir que le patron de la police répondait à leurs sollicitations, qu'il mandatait régulièrement et avec une rapidité remarquable l'un ou l'autre de ses hauts gradés pour répondre à leurs questions
Beaucoup de journalistes ont crié au marketing, à la manip pure et dure puisque par ailleurs, sur les dossiers chauds (grande corruption ou dossiers touchant à la sphère politique), la police est aussi muette qu'avant.
Les policiers en sont-ils devenus fréquentables pour autant ? Pour le citoyen lambda, rien n'est moins sûr. Le quotidien des commissariats n'est pas aussi rose qu'on veut bien le faire croire. Tous les défenseurs des Droits de l'homme s'accordent à reconnaître qu'on est encore loin de cette police citoyenne vantée par la communication officielle. Si la volonté affichée au plus niveau de l'Etat laisse espérer un jour l'émergence d'une véritable police de proximité, pour l'instant, la corruption et les abus de pouvoir restent la règle, et de toutes les façons, les citoyens n'y croient pas encore rappelle ce militant des Droits humains. Conclusion : notre police est nettement moins opaque, mais encore loin d'être irréprochable...
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Et maintenant ? (Par Mohamed Sebbar*)
à mon avis, il y a eu effectivement un changement notable au niveau du comportement des policiers envers les citoyens. Il ne faut tout de même pas s'y méprendre, ce n'est pas dû à une volonté des agents eux-mêmes mais au fait que les citoyens sont devenus, depuis une dizaine d'années, beaucoup moins dociles et se défendent mieux. Ils luttent pour leurs droits dans les colonnes des journaux, dans la rue, et ils n'hésitent plus à porter les abus devant la justice. Sinon, de l'autre côté, si on prend le dernier exemple en date, celui de la création des GUS, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils sont rapidement passés maîtres en matière d'exactions puisqu'ils s'occupent de tout et de rien. De plus, l'ouverture supposée de la police sur la société est battue en brèche par une impunité qui ne connaît pas de limites malgré les rares cas de policiers sanctionnés par la hiérarchie.
*Président du Forum Vérité et Justice
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