2005 Lannée des tabous brisés
Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans notre Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...
En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous
Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.
Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.
un dossier de la rédaction
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Le Coran devient discutable
Avant
Jusque-là, le Coran au Maroc était soit lu pour des raisons liturgiques dans une mosquée, soit étudié sous l'angle des sciences traditionnelles, au sein même de l'université moderne (branche des études islamiques). Lorsque des spécialistes versés en linguistique, en histoire ou en théologie proposaient des clés de lecture différentes du texte sacré, ils ne s'y aventuraient qu'en comité restreint ou dans des groupes de recherche, entre érudits. De préférence à l'étranger. De peur que le savoir de l'élite n'engendre la fitna de la masse... |
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Il a suffi d'un livre, d'une rencontre et de quelques débats pour que le Coran ne soit plus intouchable en public. Un grand pas est franchi. Il faut maintenant aller plus loin.
Depuis le 11 septembre 2001, les conférences publiques de Mohamed Arkoun, anthropologue algérien prônant la réouverture des portes de l'Ijtihad, se multiplient dans les instituts français au Maroc. à tous les coups, le professeur fait salle comble. Mais il prêche, à chaque fois, des convaincus. En janvier 2005, un pas décisif est franchi. La fondation (saoudienne) du roi Abdelaziz invite Arkoun et ses pairs à |
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Casablanca, pour parler de relecture du Coran. Et c'est ce qu'ils font avec brio, à l'aune des sciences modernes, devant un parterre d'universitaires, des étudiants et même des conservateurs et autres barbus. Pour une fois, le sujet n'est pas l'histoire tumultueuse de l'islam, mais l'histoire du Coran lui-même, révélé ou créé, ouvert à toutes les lectures pendant quatre siècles, puis figé et sacralisé par décision politique, depuis dix siècles.
à la conférence de la fondation Abdelaziz, qui aura un écho énorme, des spécialistes qui, jusque là, s'aventuraient rarement à afficher leurs travaux en public, s'en donnent à cur joie. Le Maroc est-il en train d'autoriser la liberté d'expression en matière religieuse au point d'aborder le tabou ultime, le Coran ? C'est en tout cas le sentiment du jeune chercheur Rachid Benzine, venu depuis en tournée au Maroc pour présenter son livre, Les nouveaux penseurs de l'islam (réédité chez Tarik Editions). Il en profite pour faire des démonstrations en public de ce que l'herméneutique (science de l'interprétation) du Coran permet de découvrir, au niveau du sens. Là où il passe, il ne cesse de répéter cette phrase : lorsqu'on montre que le potentiel de signification du Coran est inépuisable, on le protége mieux que les orthodoxes qui s'en servent comme d'une arme idéologique. Benzine est revenu à plusieurs reprises et a même eu droit à un face-à-face, très médiatisé, avec Saâdeddine Othmani, le secrétaire général du PJD. A force de multiplier ses démonstrations, Benzine séduit. Sa victoire, c'est qu'une relecture moderne du Coran est désormais possible. Et qu'elle n'est plus réservée à une élite d'érudits.
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Et maintenant ? (Par Mohamed El Ayadi*)
Il est sûr qu'aujourd'hui une recherche, hier inconnue ou rejetée a priori, est acceptée. Mais le fait qu'un nouveau savoir coranique sorte de l'espace scientifique et soit mis à la disposition de tous ne peut être fructifié que si cela répond à un besoin social. Aujourd'hui, la demande est là. Le retour du religieux pousse les gens à être curieux. Il y a cependant un risque que cet élan soit freiné. Cela ne dépend pas de la compétence scientifique des initiateurs de ce nouveau savoir, mais de l'évolution globale de la société. Si la désacralisation du texte a été possible chez les chrétiens, c'est grâce à l'évolution du savoir scientifique en parallèle. Chez nous, ce n'est pas le cas. D'où la nécessité, au moins, de réouvrir la porte de l'Ijtihad.
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