2005 Lannée des tabous brisés
Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans notre Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...
En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous
Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.
Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.
un dossier de la rédaction
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Les islamistes peuvent prendre le pouvoir
Avant
Après le 16 mai, cela sonnait comme une évidence : le PJD est fini. Des responsables gouvernementaux ont même appelé ouvertement à la dissolution de ce parti à l'idéologie jugée floue et dangereuse, et l'Etat a suivi en contraignant le parti à limiter sa participation aux élections communales. Le PJD a fait profil bas et a quand même réalise un bon score. Mais jusqu'à lannée dernière, personne ne pensait que le parti pourrait se relever à temps pour 2007... |
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Saâdeddine Othmani, secrétaire
général du PJD. (AIC PRESS)
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On s'est toujours refusé de l'envisager, surtout depuis le 16 mai. Aujourd'hui, c'est une évidence pour tous : le PJD est donné favori pour mener le gouvernement en 2007.
Y compris par ses adversaires politiques, le Parti de la justice et du développement (PJD) est aujourd'hui donné favori pour mener le gouvernement en 2007. Saâdeddine Othmani dit vouloir assumer pleinement toutes les responsabilités que lui confierait son parti. En fait, le PJD a tout simplement retenu la leçon du 16 mai. Au lieu d'affronter la tempête, le parti islamiste a fait sa mue. D'abord, en |
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écartant petit à petit les trublions notoires de la scène officielle. Cette année, le secrétariat général n'a pas tenu compte du vote du groupe parlementaire et a écarté Mostafa Ramid de la présidence du groupe pour lui substituer Abdallah Baha. Depuis, Ramid n'assiste plus aux réunions du secrétariat général. Ce qui ne déplaît pas tant que ça aux autorités
Ensuite, et de l'aveu même de son secrétaire général, le parti a travaillé son discours et s'est plus investi dans l'encadrement de ses bases. Plus que cela, le PJD a commencé à donner l'exemple en démocratie interne, en méritocratie, en renouvellement des élites... Lors du dernier Congrès de la jeunesse du parti, le secrétariat général a invité un libéral convaincu à plaider la cause de
la liberté de culte. Tout un symbole. Dans la même lignée, le parti a d'ores et déjà commencé ses contacts pour la formation d'éventuelles coalitions. Après Forces citoyennes, le PJD serait en discussion avec le RNI. D'autres formations centristes, de droite et même de gauche ont déclaré ne pas écarter une alliance avec le PJD.
A l'étranger, le parti multiplie les actions de diplomatie partisane. Turquie, Espagne, Italie, Etats-Unis, France
Autant de destinations pour montrer que les islamistes marocains sont fréquentables. Enfin, cette année plus que jamais, le PJD a été une remarquable force de propositions. C'est par exemple lui qui a soufflé l'idée de l'opération Silat Arrahim qui a mobilisé l'ensemble des formations politiques pour l'organisation de visites mutuelles entre habitants du nord et du sud du pays. C'est également le PJD qui a annoncé, le premier, l'organisation d'une grande conférence internationale sur l'autonomie élargie du Sahara. Une date est même déjà arrêtée pour Janvier 2006.
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Et maintenant ? (Par Mohamed Tozy*)
Le PJD n'est plus le même. C'est aujourd'hui un parti qui a une expérience de gestion locale derrière lui et qui doit penser à gouverner. En 2007, s'il pèse entre 15 et 20%, ce sera une composante comme les autres qui enrichira la palette de couleurs aux mains des réels détenteurs de pouvoir. Ce qui n'aura certainement pas d'impact sur l'orientation politique générale. Ce qui menace réellement le pays, c'est une éventuelle alliance des politiciens qui confondent piétisme, conservatisme et un peu de fondamentalisme. On peut craindre que le PJD, aujourd'hui soucieux de son image de marque et de sa relation avec la monarchie, soit poussé par le fond conservateur de la société. L'électoralisme jouera alors dans le sens contraire. Le pragmatisme du parti pourra le pousser à devenir le porte-voix forcé d'une société conservatrice, parce qu'en période de transition et en mal de repères identitaires.
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