2005 Lannée des tabous brisés
Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans notre Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...
En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous
Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.
Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.
un dossier de la rédaction
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Les indépendantistes ne se cachent plus
Avant
Jusqu'au milieu des années 90, Polisario était un mot banni au Maroc. Et les indépendantistes notoires, très rares, étaient systématiquement jetés dans les oubliettes du royaume. Les séparatistes (comme on dit pour être politiquement correct) se trouvaient donc uniquement à Tindouf. Et pour la plupart, c'étaient des Marocains dupés, manipulés par les militaires algériens et quelques éléments mafieux du Polisario. Tôt ou tard, disaient les officiels, ils rejoindront la patrie clémente et miséricordieuse... |
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Laâyoune, 13 novembre 2005.
(ASM)
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Ils organisent des manifs à Laâyoune et Rabat, hissent le mât de la république sahraouie, scandent des slogans indépendantistes en plein tribunal
Mi-décembre 2005, des indépendantistes déclarés scandent haut et fort des hymnes à la gloire du Polisario, en plein tribunal de Laâyoune, sous les yeux d'une salle à moitié pleine d'agents des renseignements généraux. A peine ému, le juge n'en poursuit finalement aucun pour atteinte à l'intégrité territoriale. Ce sont des convictions politiques que les accusés sont libres d'avoir, ajoute-t-il même devant quelques |
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observateurs internationaux. Avant ce procès, un haut responsable civil de Laâyoune avait déjà déclaré que l'indépendantisme en soi ne dérange plus personne au Sahara. Ce n'est inquiétant que quand cela s'accompagne de troubles à l'ordre public. Que s'est-il passé pour justifier un virage aussi abrupt ?
Il y a d'abord eu le vent de liberté qui a soufflé sur tout le pays durant les premières années de règne de Mohammed VI. Il n'a pas épargné le Sahara qui a eu son lot de petites brises. Dans la foulée, quelques indépendantistes ont été graciés. Parallèlement, des Sahraouis ont pu intégrer différentes organisations syndicales ou de Droits de l'homme et ne se sont plus cachés pour revendiquer l'indépendance. En mai 2005, ils passent à la vitesse supérieure en ébranlant la quiétude de la petite ville de Laâyoune. Pendant près de deux semaines, des affrontements éclatent quotidiennement entre forces de l'ordre et jeunes survoltés. Pour la première fois, le drapeau du Polisario est hissé, à plusieurs reprises, en présence de la police et même de l'armée, et des manifestations clairement indépendantistes sont filmées par les caméras du monde entier. Simultanément à Rabat, des étudiants sahraouis improvisent une manif et scandent des slogans pro-indépendance. Mais ce qui passe à Laâyoune ne passe pas à la capitale : ils sont violemment dispersés.
En novembre, Mohammed VI annonce sa volonté d'accorder une large autonomie au Sahara. La nouvelle réjouit plusieurs Sahraouis qui ne croient pas à l'alternative Polisario. Mais quelques semaines après cette annonce, une vague d'arrestations touche les symboles les plus visibles du mouvement indépendantiste. Motif : trouble à l'ordre public
mais à aucun moment, atteinte à l'intégrité territoriale. Un vrai tabou est tombé.
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Et maintenant ? (Par Abdelmajid Belghazal*)
Le problème au Sahara, c'est que seuls les indépendantistes occupent la scène. Les unionistes, qui existent aussi, n'ont pas les moyens de contrer cette vague. Du coup, la confrontation, censée être idéologique, devient physique entre indépendantistes et forces de l'ordre. Que peut faire l'Etat maintenant ? Il devra choisir entre deux options. La première : pénaliser l'indépendantisme (en tant qu'opinion), même si c'est contraire au droit international, que cela portera atteinte à limage du Maroc et renforcera la rébellion au Sahara. La deuxième : constituer un front unioniste réel qui s'opposera, sur le plan idéologique, au front indépendantiste. La police n'interviendra alors que pour rétablir l'ordre s'il est troublé, de part ou d'autre. Et plus important : les deux parties devront condamner le recours à la violence.
*Membre du Parti socialiste unifié, consultant à Laâyoune TV
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