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N° 205-206
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

La famille royale n’est plus taboue
Le Coran devient discutable
Les islamistes peuvent prendre le pouvoir
Les indépendantistes ne se cachent plus
Le patronat peut se révolter
Les tortionnaires peuvent être inquiétés
Le tourisme sexuel existe au Maroc
L'Etat regarde la pauvreté en face
On peut dégraisser l'administration
La police devient (presque) transparente


2005 L’année des tabous brisés


Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans “notre” Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...

En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous… Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.

Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.

un dossier de la rédaction



Le patronat peut se révolter


Avant

Les patrons “constitués” étaient des auxiliaires du pouvoir, des soumis qui ne pouvaient vivre sans leur mentor. Le patronat a longtemps été le fief des ex-administrateurs de l'Etat, des proches du pouvoir, des amis des princes, des hommes de paille de Premiers ministres, etc. Les patrons étaient redevables à l'Etat pour ses multiples cadeaux : les marocanisations, les systèmes de dérogation, les abattements fiscaux, les facilités de caisse en devises, ainsi que diverses faveurs aussi généreuses qu'illégales. Résultat, cette élite économique se limitait à la critique technique sans jamais remettre en question les fondements du système.


Hassan Chami, président
de la CGEM. (DR)
Avant que Hassan Chami ne fasse son coming out dans une interview mémorable, on pensait que le patronat était soit avec le Makhzen, soit sans opinion. Plus maintenant.


L’été 2005 restera dans les annales de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Hassan Chami, qui est loin d'être un révolutionnaire (mais encore moins un réactionnaire), a largué une bombe dans le microcosme politico-économique. Le patron des patrons a été sans pitié pour le Makhzen dans une interview accordée à l'hebdomadaire La Vérité. Système de gouvernance archaïque, justice
médiévale… il n'a rien oublié, ou presque. Mais ce qui a le plus fait mal, c'est qu'il n'a pas hésité à dénoncer les conditions de travail du Premier ministre Driss Jettou. Selon ses termes, si le poste lui avait été proposé dans les mêmes conditions, il l'aurait refusé. Décryptage : Chami critique, à mots découverts, l'interférence des proches du palais dans le travail du Premier ministre. C'est fort pour un ex-ministre, ex-directeur central d'administration et donc quelqu'un qui a été bercé par ce même système qu'il dénonce aujourd'hui. Comment Chami en est-il arrivé là ? C'est la question qui intrigue les observateurs. Le fait est que l'hebdomadaire avait, une semaine avant la sortie de Chami, publié un dossier sur la bourgeoisie et le capitalisme à la marocaine. Le texte était critique envers la caste des hommes d'affaires. Dans la même période, Driss Jettou subissait une cabale (une de plus) des courtisans. La sortie de Chami était donc une riposte au dénigrement des efforts des capitalistes nationaux, mais aussi une occasion pour rappeler que si le privé ne fait pas son travail, c'est parce que le Makhzen entrave son élan. Dans la foulée, Chami pense, selon certains, rendre service à son ami Jettou en mettant en avant le calvaire d'un Premier ministre qui n'a pas suffisamment de marge de manœuvre pour faire avancer des dossiers vitaux pour l'économie. La réaction du Makhzen ne s'est pas fait attendre : une semaine plus tard, dans une autre interview, le ministre de l'Intérieur a cloué l'impertinent au pilori. Aujourd'hui, les proches du Palais attendent impatiemment les prochaines élections patronales pour “rétablir l'ordre au sein de la CGEM”.

K.T.




Et maintenant ? (Par Karim Tazi*)

Dans l'élan sincère de modernisation qui est le sien, la monarchie n'a pas besoin de courtisans. Elle a besoin de partenaires. De partenaires qui ne sont pas monarchistes par héritage, mais par conviction philosophique et politique. Ces partenaires seront nécessairement exigeants. Les difficultés que vit aujourd'hui la CGEM dans sa relation avec le pouvoir n'est que le résultat passager d'une différence d'appréciation sur la vitesse à laquelle ce partenariat doit se mettre en place. Les années à venir seront celles de la difficile mais nécessaire adaptation mutuelle. à cet égard, j'estime que la crise ouverte par l'interview de Hassan Chami se révélera positive. D'aucuns pourraient être tentés de saisir l'occasion des prochaines élections pour opérer une reprise en main de la CGEM, ils ne serviraient ni la monarchie ni la Confédération elle-même.

*Industriel, président de l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement

 
 
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