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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

La famille royale n’est plus taboue
Le Coran devient discutable
Les islamistes peuvent prendre le pouvoir
Les indépendantistes ne se cachent plus
Le patronat peut se révolter
Les tortionnaires peuvent être inquiétés
Le tourisme sexuel existe au Maroc
L'Etat regarde la pauvreté en face
On peut dégraisser l'administration
La police devient (presque) transparente


2005 L’année des tabous brisés


Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans “notre” Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...

En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous… Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.

Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.

un dossier de la rédaction



L'Etat regarde la pauvreté en face


Avant

Durant les cinq premières années de règne de Mohammed VI, les démunis ont surtout servi l'image du “roi des pauvres”, à défaut de voir s'améliorer leur sort. Ils avaient certes droit à des “restos du cœur ramadanesques” (h'rira, farine, cartons de lait…), ils avaient de plus en plus accès au micro-crédit… Mais ce “saupoudrage” ne permettait pas à l'indice du Développement humain au Maroc de décoller de la 124° place mondiale. à la longue, on est en droit de prendre la pauvreté pour une fatalité.


(AIC PRESS)
Après 5 ans de saupoudrage marketing, Mohammed VI décide enfin de lancer un programme sérieux de lutte contre la pauvreté. Objectif : la réduire de moitié d'ici 2010.


Bonne nouvelle pour les âmes sensibles, 2005 a été décrétée par Mohammed VI année du redéploiement des efforts de l'Etat, des élus et de la société civile vers l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Identifié à une série d'inaugurations royales, le projet est certes encore incertain, reprenant à son compte des chantiers en friche ou jusque là délaissés. Il n'empêche, avec les 10 milliards de
dirhams prévus pour l'INDH (et censés servir de levier pour attirer beaucoup plus d'argent), la logique enclenchée est inédite. Selon le vœu du roi lui-même, “la question sociale ne doit plus être un appendice de la politique de l'Etat. Il faut qu'elle en devienne le pivot”.
Evidemment, les besoins sont énormes et concernent, en premier lieu, l'adduction d’eau potable, l'électrification des douars enclavés, la scolarisation des laissés-pour-compte, etc. Mais comment tendre des échelles sociales aux pauvres ? Pour diagnostiquer les besoins réels, les équipes préfectorales de l'INDH s'emploieront, d'ici mars 2006, à dresser des “cartes de besoins” et étudier les propositions. Les conflits d'intérêt entre élus, caïds et associations ne manquent pas, mais officiellement, il y a volonté de dépasser tout ça...
D'autant que deux études nationales aident à accompagner le mouvement. La feuille de route que vient de remettre à Mohammed VI son conseiller Abdelaziz Meziane Belfquih s'appuie sur les études d'une flopée d'experts pour faire le point sur le développement humain au Maroc depuis 50 ans et en tirer des projections sur 2025. Le Haut commissaire au plan s'est employé, pour sa part, à rendre chaque commune mesurable en termes d'indice de développement humain et à énumérer les pistes de développement d'ici 2030. Bref, sur le papier, et dans les intentions affichées publiquement, la pauvreté n'est plus un sujet annexe. De là à ce qu'elle devienne une réalité dépassée, chiffres à l'appui, ce n'est pas encore gagné. Mais le rêve est permis.

D.K.




Et maintenant ? (Par Ali Amahan*)

Dorénavant, une chose est sûre, on ne peut plus se voiler la face. Les personnes travaillant dans le domaine du développement pourront exprimer leurs besoins en termes clairs et transparents. Cela se traduira forcément en moyens matériels et actions concrètes. Il est trop tôt pour juger de l'efficacité de l'INDH. Les chantiers réels ne sont pas encore lancés. Mais certaines choses, au moins, sont indéniables : la volonté de dépasser la dispersion des années 90, de fédérer les efforts entre les associations, les élus et l’Etat, de mieux coordonner l'action nationale et l'action locale… Tout cela est salutaire. Mais gare à la concentration à Casa et Rabat des moyens financiers et de la prise de décision ! C'est ce qui risque d'arriver, par exemple, pour les grandes associations de micro-crédit...

*Anthropologue et militant associatif dans le domaine du développement

 
 
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