2005 Lannée des tabous brisés
Avant
L'intimité de la famille royale était jalousement préservée, la police était un corps opaque et effrayant, il n'était pas question d'inquiéter les anciens tortionnaires, ni d'admettre qu'il y a avait des partisans de l'indépendance dans notre Sahara et encore moins de reconnaître l'existence (et les ravages) du tourisme sexuel au Maroc...
En 2005
Tous ces tabous (et bien d'autres) ont volé en éclats.
La presse a osé, les militants se sont déchaînés, des dissidents nouveaux (et des causes nouvelles) sont apparus au grand jour, bravant la censure et les tabous
Pour faire face à cette nouvelle vague de contestation, le pouvoir a alterné répression et nouvelles voies de dialogue, proposant même, parfois, des solutions chiffrées et datées.
Et maintenant ?
Irons-nous plus loin ? La société aura-t-elle les moyens de creuser davantage le sillon de la liberté ? L'Etat aura-t-il peur que ça dégénère ? 2006 sera-t-elle l'année de la maturation ou de la régression ?
C'est la question que tout le monde se pose.
Des spécialistes nous aident à y répondre.
un dossier de la rédaction
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On peut dégraisser l'administration
Avant
L'administration, c'était la sécurité. Le fonctionnariat, c'était une carrière en béton. Voilà comment la fonction publique s'est transformée en génératrice de richesses illicites et en fourre-tout des politiques stériles. Diplômés ou pas, méritants ou pistonnés, ambitieux ou paresseux, l'administration recrutait tout le monde, à vie. En ouvrant le bal des recasements administratifs, Driss Basri n'a fait qu'engraisser le mammouth encore plus et consacrer le rôle de l'administration sauveuse du peuple. Résultat : des diplômés chômeurs sont prêts à s'immoler pour un poste dans la fonction publique. |
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Le programme de départs volontaires définitifs marque la fin d'un complexe : l'administration n'est plus intouchable. L'abcès est crevé mais les dégâts sont énormes.
Depuis l'époque de l'ajustement structurel (1983 à 1992), le problème des sureffectifs de l'administration est sérieusement posé. Mais à l'époque, la politique avait ses raisons que l'économie ignorait
Ce n'est qu'en 1994, et dans les offices publics seulement, qu'on commence (discrètement) à pousser (gentiment) les gens vers la porte. Mais les chiffres, d'année en année, deviennent plus alarmants. |
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| Avec une masse salariale qui représente plus de 13% du PIB, la situation devient vite intenable. Sauf que le tabou a la peau dure. Les ministres de la Fonction publique, toujours passifs, se contentent de laisser passer la vague. L'essentiel, pour chacun, est de transmettre le dossier empoisonné à son successeur. C'est ainsi que le gouvernement Jettou I hérite de ce dossier brûlant. à sa nomination en 2002, le Premier ministre technocrate confie le dossier à son ministre de la Réforme administrative Najib Zerouali. Ce dernier a pour mission de trouver le moyen de mettre les gens à la porte, mais avec leur consentement. Le premier plan de départs volontaires, concocté par Zerouali, voit le jour. Mais la carotte n'est pas assez juteuse et les délais d'exécution, trop ouverts. Les fonctionnaires ne se bousculent pas pour empocher le pactole et refaire leur vie ailleurs. Le remaniement de 2004 apporte une nouvelle vision. Mohamed Boussaïd hérite du portefeuille de la réforme des services publics avec, pour mission, de réussir là où son prédécesseur a échoué. Un nouveau programme, dit départs volontaires définitifs (DVD), est mis en place en 2005. Les indemnités augmentent avec la bénédiction du fisc, mis à l'écart jusque-là. En six mois, l'opération donne ses fruits. Près de 40 000 fonctionnaires ont démissionné. Boussaïd en sort indemne, même si les fonctionnaires lui attribuent désormais l'étiquette d'agent de la Banque mondiale. Sur le terrain, par contre, le DVD n'est sollicité
que par les meilleurs éléments ! Du coup, le service public, déjà défectueux, devient exsangue. Déjà, les hôpitaux crient au secours, par manque de cadres qualifiés. Et la même menace plane sur quantité d'administrations...
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Et maintenant ? (Par Driss Ben Ali*)
Le programme des départs volontaires a relativement atteint ses objectifs. D'abord, la masse salariale de l'Etat, ramenée au Produit intérieur brut, n'a baissé que dun point, passant de 12,8 à 11,8% du PIB. C'est un petit progrès si on sait que la moyenne régionale est de 8,5% du PIB. Ensuite, si le principe du programme est bon, sa gestion, en revanche, a connu des dérapages qui auront des conséquences négatives sur certains secteurs des services publics. Le plan prévoyait le départ massif des échelles 1 à 9. Or, l'hémorragie des cadres n'a pu être évitée. Pourquoi ? Parce que les départements qui devaient valider les départs l'ont fait n'importe comment. Un pays en développement ne peut se permettre une telle perte en matière grise.
*Economiste, président de l'association Alternatives
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