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Souvenirs. Les années Formule 1
N° 205-206
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Souvenirs. Les années Formule 1

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Souvenirs. Les années Formule 1

La Corniche en 1958, lors du
Grand Prix. (BERBARD ROUGET)
Au début de l'indépendance, en 1958 précisément, Casablanca a connu son heure de gloire en matière de course automobile. A la Corniche, un circuit a abrité un grand prix de Formule 1. Les plus grands champions de l'époque étaient au départ.


Une foule en délire. Des gradins pleins à craquer. Des bolides assourdissants. Du bruit à n'en plus finir. Un directeur de course à la tenue rayée donnant le feu vert à des pilotes mondialement connus et insouciants, des techniciens nerveux au bord de l'arrêt cardiaque, des crissements de pneu, des chicanes, des paddocks… Tenez-vous bien,
nous ne sommes pas à Magny-Cours, Monza, Imola, ou Indianapolis, mais bien à Aïn Diab en…1958. Très peu de Marocains le savent mais oui, le Maroc a eu son Grand prix de Formule 1 devenant ainsi, le temps d'un week end, la capitale mondiale du sport automobile. “Et du sport tout court“ s'accordent à dire les rares témoins de l'époque, précisant que “le titre de champion du monde s'est disputé chez nous et a été incontestablement l'un des événements majeurs de l'année”.
1958 correspond aux premiers pas du Maroc indépendant. Le pays qui s'efforce de se rebâtir, veut également marquer sa présence dans le concert des nations. Et l'organisation d'un grand prix de Formule 1 a pour but d'y contribuer. Max Cohen Olivar, “Monsieur Sport automobile” au Maroc semble du même avis. “Qu'un pays nouvellement indépendant organise un événement de renommée mondiale le fait appartenir à la communauté internationale”. Mohammed El Zizi, organisateur de l'époque, voit en cette épreuve un service rendu au prestige du Maroc mais également “le plus remarquable outil de propagande touristique que l'on puisse imaginer”. 1958 est également une année pas comme les autres dans l'histoire de la Formule 1 : pour diminuer les performances des voitures, on utilise un nouveau carburant. La durée des grands prix est ramenée de trois à deux heures et l'échange des voitures est prohibé. Le journaliste Pierre Ménard parle lui “d'une saison qui restera dans les annales comme l'une des plus palpitantes mais également comme l'une des plus noires auxquelles il fut donné d'assister”. Elle est palpitante pour la lutte acharnée que se livrent pour le titre depuis le début de la saison deux des pilotes les plus doués de leur génération : Stirling Moss et Mike Hawthorn. Elle est aussi dramatique pour les morts qu'elle a causées. Trois grands pilotes dans la fleur de l'âge ont trouvé la mort cette année-là.
Casablanca voit affluer du jour au lendemain l'univers de la Formule 1 avec tout ce que cela comporte. A commencer par les participants à l'épreuve : les plus grands pilotes et constructeurs du moment ont répondu présent. Les médias : on parle de 200 journalistes, photographes et reporters de télévision. En plus des aficionados, surtout britanniques venus en masse, toute la Jet Set européenne et même new yorkaise s'est donné rendez- vous sur le circuit naturel de Aïn Diab. Ce même circuit, qu'on juge extrêmement rapide, sans grandes difficultés techniques mais dangereux quand même, surtout au coucher du soleil. (L'année précédente, les organisateurs, afin de le tester, y ont même organisé un grand prix hors championnat, mais les grands ténors de la discipline, atteints à ce moment-là du virus de la grippe asiatique, ont dû rester au lit.) Au jour J , en cette année 1958, l'ambiance est à son comble. La température agréable est accompagnée d'un air marin venu de l'Atlantique voisin. Le public qu'on estime à 100.000 personnes, ce qui est en soit une belle performance pour les organisateurs, est surexcité.
“C'était surréaliste, ce mariage entre le modernisme occidental et le folklore marocain nous offrait un spectacle inédit” raconte avec nostalgie Françoise. Bernard Cahier, célèbre photographe de l'époque s'en souvient également : “C'était un Grand prix exceptionnel. On a été reçu avec les pilotes de manière somptueuse au palais royal. Il nous a fait visiter son écurie de chevaux, dirigée par un officier français. Le roi est ensuite venu sur le circuit avec toute sa garde. Il y a eu un défilé des troupes marocaines, habillées un peu comme à l'époque coloniale. L'ambiance était bonne, il n'y avait aucun problème de sécurité. Il y avait un tas de festivités, on était reçu comme des rois, c'est le cas de le dire”. Pour ce qui est de la course elle-même, elle fut tout aussi mémorable. Les revirements de situation en ont fait une grande épreuve. jusqu’à mi-course, l'outsider Stirling Moss a réussi un exploit en comblant le retard de 8 points qu’il avait sur le leader du championnat, Mike Hawthorn, devenant ainsi le temps de quelques tours, le nouveau Champion du monde.
Au 42ème passage, alors qu'il reste moins de 11 tours à faire, la Vanwall de Stuart Lewis Evans quitte la piste. “Quand il est sorti, sa voiture a pris feu et lui, il brûlait. Son réflexe fut de courir, alors qu'il aurait dû se jeter dans le sable pour étouffer les flammes. Les commissaires affolés lui couraient après. Le temps qu'il l'atteignent, il avait déjà beaucoup brûlé, surtout qu'à l'époque, il n'y avait pas de combinaisons anti feu”. Rapatrié immédiatement en Angleterre, il décédera une semaine plus tard. La course n'est pas pour autant interrompue. Les participants ignorent dans quel état se trouve leur rival et ami. Comme disent les pilotes “Ce sont les risques du métier”. Après avoir mené durant toute la course, Stirling Moss, franchit le premier la ligne d'arrivée. Il se trouve que ce n'est pas assez pour s'adjuger le titre, étant donné que Hawthorn s'est ressaisi, arrivant quand même second. Assez pour garder sa place de leader du championnat devenant ainsi le 4ème champion du monde de l'histoire de la Formule1. Les célébrations n'auront pas lieu comme prévu. Tout le monde a pris connaissance de l'état grave dans lequel se trouve Lewis Evans. “De grandes cérémonies étaient prévues mais la décence imposait de la retenue”, écrit alors Mohamed El Zizi. Quant à la presse internationale, elle était fortement surprise par la qualité de l'organisation, surtout d'un pays qui venait à peine de recouvrer son indépendance. “Les indigènes” s'en sont sortis avec brio. Et malgré les cafouillages et incidents tragiques qui ont eu lieu, le Maroc avait réussi son pari : faire parler de lui. Même le prince Moulay Hassan en était convaincu. “Aujourd'hui, des millions de personnes ont prononcé le nom du Maroc”. Le monde de la Formule 1 ne le prononcera plus après 1958. Parcours inadapté, problèmes financiers, peu importe le prétexte, l'expérience a tourné court.



Aujourd’hui. Quel avenir pour la F1 ?

Serait-il possible d’organiser un Grand prix de Formule 1 au Maroc et de rééditer l'exploit de 1958 ? “Cela demande près de 250 millions de dollars en investissement, une décision pas évidente à prendre”, d'après une source gouvernementale. Une chose est sûre les tentatives ne manquent pas. Bernie Ecclestone, le puissant patron de la F1 qui était, pour l'anecdote, l'entraîneur de Stuart Lewis Evans en 1958, a exprimé à maintes reprises son désir de revoir un GP au Maroc. En 1997, Alain Prost était chargé de faire une proposition à Hassan II mais elle n'aurait pas abouti. L'entrée en lice de nombreux intervenants, n'ayant aucun rapport avec ce milieu, ainsi que l'importance de l'investissement, l'auraient fait tomber à l'eau. En 2002, c'est plus concret. Max Cohen Olivar dit avoir été chargé “par les plus hautes autorités (le roi ?)”, de réaliser une étude de faisabilité dans ce sens. Mais il penche plutôt pour une autre piste, du moins pour le moment. “Vu qu'on n'a pas encore de culture du sport automobile au Maroc, je propose d'aller vers la construction d'un circuit qui pourrait être utilisé pour la F1, mais où l'on organiserait plutôt des championnats de catégorie inférieure”. Et la F1 là-dedans ? “Ce sera peut-être dans les cinq prochaines années”.

 
 
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