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nous ne sommes pas à Magny-Cours, Monza, Imola, ou Indianapolis, mais bien à Aïn Diab en
1958. Très peu de Marocains le savent mais oui, le Maroc a eu son Grand prix de Formule 1 devenant ainsi, le temps d'un week end, la capitale mondiale du sport automobile. Et du sport tout court s'accordent à dire les rares témoins de l'époque, précisant que le titre de champion du monde s'est disputé chez nous et a été incontestablement l'un des événements majeurs de l'année.
1958 correspond aux premiers pas du Maroc indépendant. Le pays qui s'efforce de se rebâtir, veut également marquer sa présence dans le concert des nations. Et l'organisation d'un grand prix de Formule 1 a pour but d'y contribuer. Max Cohen Olivar, Monsieur Sport automobile au Maroc semble du même avis. Qu'un pays nouvellement indépendant organise un événement de renommée mondiale le fait appartenir à la communauté internationale. Mohammed El Zizi, organisateur de l'époque, voit en cette épreuve un service rendu au prestige du Maroc mais également le plus remarquable outil de propagande touristique que l'on puisse imaginer. 1958 est également une année pas comme les autres dans l'histoire de la Formule 1 : pour diminuer les performances des voitures, on utilise un nouveau carburant. La durée des grands prix est ramenée de trois à deux heures et l'échange des voitures est prohibé. Le journaliste Pierre Ménard parle lui d'une saison qui restera dans les annales comme l'une des plus palpitantes mais également comme l'une des plus noires auxquelles il fut donné d'assister. Elle est palpitante pour la lutte acharnée que se livrent pour le titre depuis le début de la saison deux des pilotes les plus doués de leur génération : Stirling Moss et Mike Hawthorn. Elle est aussi dramatique pour les morts qu'elle a causées. Trois grands pilotes dans la fleur de l'âge ont trouvé la mort cette année-là.
Casablanca voit affluer du jour au lendemain l'univers de la Formule 1 avec tout ce que cela comporte. A commencer par les participants à l'épreuve : les plus grands pilotes et constructeurs du moment ont répondu présent. Les médias : on parle de 200 journalistes, photographes et reporters de télévision. En plus des aficionados, surtout britanniques venus en masse, toute la Jet Set européenne et même new yorkaise s'est donné rendez- vous sur le circuit naturel de Aïn Diab. Ce même circuit, qu'on juge extrêmement rapide, sans grandes difficultés techniques mais dangereux quand même, surtout au coucher du soleil. (L'année précédente, les organisateurs, afin de le tester, y ont même organisé un grand prix hors championnat, mais les grands ténors de la discipline, atteints à ce moment-là du virus de la grippe asiatique, ont dû rester au lit.) Au jour J , en cette année 1958, l'ambiance est à son comble. La température agréable est accompagnée d'un air marin venu de l'Atlantique voisin. Le public qu'on estime à 100.000 personnes, ce qui est en soit une belle performance pour les organisateurs, est surexcité.
C'était surréaliste, ce mariage entre le modernisme occidental et le folklore marocain nous offrait un spectacle inédit raconte avec nostalgie Françoise. Bernard Cahier, célèbre photographe de l'époque s'en souvient également : C'était un Grand prix exceptionnel. On a été reçu avec les pilotes de manière somptueuse au palais royal. Il nous a fait visiter son écurie de chevaux, dirigée par un officier français. Le roi est ensuite venu sur le circuit avec toute sa garde. Il y a eu un défilé des troupes marocaines, habillées un peu comme à l'époque coloniale. L'ambiance était bonne, il n'y avait aucun problème de sécurité. Il y avait un tas de festivités, on était reçu comme des rois, c'est le cas de le dire. Pour ce qui est de la course elle-même, elle fut tout aussi mémorable. Les revirements de situation en ont fait une grande épreuve. jusquà mi-course, l'outsider Stirling Moss a réussi un exploit en comblant le retard de 8 points quil avait sur le leader du championnat, Mike Hawthorn, devenant ainsi le temps de quelques tours, le nouveau Champion du monde.
Au 42ème passage, alors qu'il reste moins de 11 tours à faire, la Vanwall de Stuart Lewis Evans quitte la piste. Quand il est sorti, sa voiture a pris feu et lui, il brûlait. Son réflexe fut de courir, alors qu'il aurait dû se jeter dans le sable pour étouffer les flammes. Les commissaires affolés lui couraient après. Le temps qu'il l'atteignent, il avait déjà beaucoup brûlé, surtout qu'à l'époque, il n'y avait pas de combinaisons anti feu. Rapatrié immédiatement en Angleterre, il décédera une semaine plus tard. La course n'est pas pour autant interrompue. Les participants ignorent dans quel état se trouve leur rival et ami. Comme disent les pilotes Ce sont les risques du métier. Après avoir mené durant toute la course, Stirling Moss, franchit le premier la ligne d'arrivée. Il se trouve que ce n'est pas assez pour s'adjuger le titre, étant donné que Hawthorn s'est ressaisi, arrivant quand même second. Assez pour garder sa place de leader du championnat devenant ainsi le 4ème champion du monde de l'histoire de la Formule1. Les célébrations n'auront pas lieu comme prévu. Tout le monde a pris connaissance de l'état grave dans lequel se trouve Lewis Evans. De grandes cérémonies étaient prévues mais la décence imposait de la retenue, écrit alors Mohamed El Zizi. Quant à la presse internationale, elle était fortement surprise par la qualité de l'organisation, surtout d'un pays qui venait à peine de recouvrer son indépendance. Les indigènes s'en sont sortis avec brio. Et malgré les cafouillages et incidents tragiques qui ont eu lieu, le Maroc avait réussi son pari : faire parler de lui. Même le prince Moulay Hassan en était convaincu. Aujourd'hui, des millions de personnes ont prononcé le nom du Maroc. Le monde de la Formule 1 ne le prononcera plus après 1958. Parcours inadapté, problèmes financiers, peu importe le prétexte, l'expérience a tourné court.
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