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Par Abdellatif El Azizi
Le roi verrouille les renseignements
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Abdellatif Hammouchi, lors
de sa nomination à la tête de
la DGST. (MAP)
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La nomination d'un spécialiste de l'islamisme à la tête de la DGST, l'ensemble des services secrets sous surveillance des hommes de confiance du roi
Mohammed VI quadrille le domaine des renseignements.
Depuis le 15 décembre 2005, la DGST a un nouveau patron. Pour une boîte où les directeurs sont souvent reconduits même après leur retraite, l'événement est de taille. Le remplaçant de Ahmed Harrari qui avait été nommé au lendemain des attentats du 16 mai, est un ancien de la boîte. Ce diplômé en droit de l'Université Dhar Mehraz de Fès a |
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démarré sa carrière en tant que commissaire de police à la Direction générale de la surveillance du territoire en 1993. Abdellatif Hammouchi est un homme de dossiers, réputé pour une capacité d'analyse et de synthèse remarquables. Atout supplémentaire, c'est également un homme de terrain qui a souvent eu à traiter le dossier des groupes intégristes. Il connaît sur le bout des doigts les différentes connexions qu'ils entretiennent entre eux rappelle un connaisseur de la boîte. Aujourd'hui, le roi l'a chargé de se focaliser exclusivement sur le dossier islamiste.
Abdessalam Yassine, Al Adl Wal Ihsane, Zarqaoui, les salafistes jihadistes, la DGST devra notamment faire face aux défis posés par la fameuse vision 2006 de Yassine. Car, contrairement à ce que l'on pense, la monarchie prend très au sérieux le discours véhiculé par les disciples de Yassine. Que pouvez-vous faire avec des gens qui vous promettent le chaos pour 2006 et qui, en même temps, prônent la non-violence ? enrage le même sécuritaire. Pour faire face à ces dossiers extrêmement sensibles et sur ordre direct du roi, Hammouchi a notamment beaucoup voyagé et subi de nombreux briefings auprès des services secrets de nombreux pays. Aujourd'hui, selon les spécialistes, tout problème auquel sont confrontés les services secrets s'inscrit dans un phénomène global, avec des arrière-plans politique, financier, macroéconomique, dont le terrorisme, le trafic d'arme et la drogue. C'est pour cela que le roi a opéré une véritable refonte des organismes chargés du renseignement.
Le secret confié à un homme de confiance
La reprise en main de la DGST intervient quelques mois à peine après le putsch civil opéré par le roi au niveau de la boîte concurrente de la DGST qu'est la DGED rappelle un diplomate. La décision royale de placer un civil, Yasine Mansouri, à la tête de la DGED n'est évidemment pas une mince affaire. C'est une véritable rupture qu'a opérée le roi dans le renseignement confie un ancien des services. Le roi, qui connaissait les ambitions (parmi bien d'autres) d'un général comme Hamidou Laânigri, a préféré nommer l'un de ses fidèles à la tête des services spéciaux pour installer une totale confiance et une proximité de facto. Par cette décision, il a préféré mettre fin à l'appétit légendaire des gradés pour les organismes d'espionnage ajoute cet officier requérant l'anonymat.
Depuis, le compagnon de classe du roi n'a pas perdu son temps. En stand-by depuis la mort de Hassan II, la DGED reprend du poil de la bête avec notamment l'objectif avoué de se positionner de la meilleure manière en matière d'évaluation politique et stratégique. Les réseaux en place à l'étranger ont été réactivés, avec pour consigne de faire preuve d'initiative. Pour cela, la centrale dispose d'un peu plus d'un millier d'agents éparpillés entre le siège central, à Rabat, et une bonne trentaine de représentations extérieures au Maghreb, au Moyen-Orient, en Europe, en Amérique et ailleurs. Quant aux agents du service central, ils ont été bousculés par une charge de travail énorme et des objectifs désormais fixés à l'avance.
Le financement, opaque, secret d'Etat oblige, est toujours aussi abondant mais strictement réservé à l'activisme professionnel. Même si Mansouri a préféré ne pas engager de chasse aux sorcières visant les agents qui ont longtemps confondu les finances de la DGED avec leur compte personnel, des consignes strictes ont été données en ce sens. Ainsi, la DGED est appelée, petit à petit, à se défaire de cette mauvaise réputation de nid de barbouzes, de cette culture du renseignement bien particulière, héritée du CAB I. Plus encore : si l'appareil reste axé sur le renseignement, Mansouri est étroitement impliqué dans la mise en uvre de la diplomatie de Mohammed VI. L'homme qui a fait ses premières armes à la MAP avant de les fourbir à la tête de la Direction des Affaires Générales (DAG) maîtrise aujourd'hui les multiples facettes de l'affaire du Sahara. à la DAG il a eu notamment à gérer de nombreux dossiers stratégiques qui couvrent ainsi la plupart des domaines d'activités nationales, des élections aux partis en passant par le Sahara ou encore la sécurité.
Des services verrouillés et l'exception CIA
Il apparaît ainsi clairement que le roi a bien saisi la nécessité de redynamiser l'action et le rôle des services secrets, et surtout d'en maîtriser les ressorts. Aujourd'hui, la DGST est indirectement gérée par El Himma, puisque le responsable direct de la direction n'est plus le bras droit du général Laânigri. La DGED est, depuis quelques mois déjà, sous le commandement de Mansouri, et les renseignements militaires dépendent directement du chef d'Etat-major qui n'est autre que le roi lui-même. En restructurant les services, le roi a personnellement veillé à verrouiller un pan important de sa politique, à telle enseigne que même ses collaborateurs les plus proches ne sont guère associés ou informés de certaines initiatives sur des dossiers sensibles. Contrairement à son père, Mohammed VI a verrouillé le renseignement à tel point que les services occidentaux enragent de ne pas avoir accès, comme par le passé, à des informations sensibles, note amèrement un ancien diplomate français en poste à Rabat.
Aujourd'hui, ces mêmes services - pourtant largement décriés sous Hassan II - ont pris une telle place dans l'appareil marocain que certains observateurs se demandent si leur travail ne va pas, encore une fois, remplacer la politique et l'action diplomatique, avec tous les risques qu'une telle option comporte. D'autant que les services commettent encore de nombreuses erreurs, très préjudiciables à la position du royaume dans un environnement déjà très complexe. On cite à cet égard, les bourdes de la DGST, dénoncées régulièrement pour la sous-traitance de la torture opérée pour le compte des Américains. Coïncidence ou réaction politique, Hammouchi prend acte de sa nomination au moment où les suspicions au sujet des prisons secrètes de la CIA battent leur plein. Dernier témoignage en date, celui de l'étudiant éthiopien, Mohamed Binyam (27 ans), qui a révélé à la presse anglaise avoir été torturé par les hommes de Harrari, en présence de leurs commanditaires de la CIA. Ce qui semble en contradiction avec la volonté affichée du roi de créer des services en rupture nette avec les pratiques des années de plomb. Faut-il en déduire que Hammouchi ne mangerait pas de ce pain (américain) ? Rien ne l'indique. John Le Carré a écrit un jour : Les services secrets sont l'inconscient des démocraties. Au Maroc, il faudrait que les démocrates se manifestent pour que les services leur ressemblent.
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Hammouchi. Dessous d'une nomination
La nomination, le 15 décembre, de Abdellatif Hammouchi à la tête de la Direction générale de la surveillance du territoire fut une grosse surprise pour la communauté du Renseignement. Pourtant, si le limogeage de Ahmed Harrari n'était pas pressenti, sa disgrâce était dans l'air. On sentait bien que l'homme n'était plus en odeur de sainteté auprès du roi depuis quelques mois rappelle un sécuritaire. L'homme que Hamidou Laânigri avait particulièrement recommandé pour gérer les affaires internes de la centrale de Témara, a été finalement jugé d'une efficacité médiocre au regard des défis posés par le terrorisme et la menace islamiste. Si on ajoute à cela une gestion financière qui laisse à désirer et des rapports conflictuels avec la base, on comprend mieux son départ. On parle aussi d'une conversation en aparté qu'aurait eu Sarkozy avec le souverain lors de sa dernière visite à Paris. Le ministre français de l'Intérieur se serait ainsi plaint du manque de coopération du chef de la DGST avec son homologue français. |
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