Success Story. Beur et branché
1997, cinq banlieusards du 92 décident de lancer une marque de street wear 100% beur. Ils lappelleront Billal et iront à la conquête de lEurope. Zoom sur une success story.
Milieu des années 90. Dans les banlieues françaises, la recherche identitaire a pris une nouvelle forme dexpression. Celle dune rivalité inter-banlieues où le dicton Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es devient :Fais voir ce que tu portes. Je te dis de quel département tu es. Lattitude prend la tournure dun effet de mode. Ici et là, des marques de street-wear se créent, se développent et |
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fleurissent, poussées par le besoin des jeunes de la banlieues dimposer leur style, leur identité.
Dans le 92, une bande de beurs dorigine marocaine, quatre frères (Younès, Mohamed, Mohcine et Zakaria), et leur pote et compagnon daffaires Rachid, flairent le filon. Ils décident de se lancer, mais tout doucement, à tâtons. Ils font confectionner une série de modèles de tee-shirts et se pointent au Sentier pour les proposer à preneur. Amen. Lidée accroche du premier coup et les clients ne se font pas prier. Au bout de quelques mois, la marque se fait connaître et apprécier, au-delà même des espérances de ses instigateurs. Des tee-shirts, on passe aux sweats, pantalons... jusquà faire des collections complètes. Quatre ans plus tard, en juin 2001, la marque est déposée. Et nos beurs revendent leur business initial une société de transport- pour se consacrer à leur nouveau bébé, Billal.
Billal, un discours, une identité
Nous avons choisi ce nom en référence au premier esclave affranchi dans lhistoire de lislam, raconte Zakaria. La couleur est annoncée. Plus quune simple marque, cest un discours, une carte de visite et une philosophie de la vie que Billal souffle. Une voix banlieusarde qui vous crie à loreille des slogans du genre Billal fait tomber les barrières ou encore Osez affronter le bitume. Et ça marche !
Petit à petit, les Lacoste, Nike, Reebok et autres le Coq sportif se font rafler des parts de marché. Le consommer local prend tout son sens. Dabord, ce sont les gars du 92, puis ceux des autres départements, puis arrive le moment de viser plus loin, plus gros.
Nos cinq gars décident de consolider lidentité de la marque, avec des noms, des visages, des prescripteurs
beurs jusquau bout. Voyons voir ! Qui sont ces prescripteurs ? Rappeurs, DJ, danseurs, sportifs, voire même des acteurs
on na jamais que lembarras du choix. En tête de liste de tout ce monde, The DJ Abdel à ne plus présenter, est officiellement habillé par Billal.
A côté de ça, on organise des évènements, des concerts Rap , RNB
on sadosse à dautres, on colle ses bannières dans des compétions sportives. Personne néchappe à la fièvre. On va jusquà faire poser des candidats de la StarAc ou de Koh-lanta, sapés Billal du tout au tout.
Billal, une griffe en vogue
Le temps passe et les adeptes du Billal fait tomber les barrières se multiplient par centaines. De son côté, la marque élargit ses gammes. Street-wear, sportswear mais aussi du fashion wear parce quil faut rester dans le vent et en offrir à tous les goûts. Plus que les DJ, rappeurs et autres chanteurs de RNB, ce sont dautres stars du showbiz qui saffichent volontiers avec des sweats Billal. De Sami Naceri à Nadia Farès en passant par le chanteur de Zebda ou encore par Assia (interprète du tube Dini maak). Billal va jusquà habiller Sami Bouajila dans le film Nid dguêpes.
Et voilà, le tour est joué, Billal nest plus une simple marque de banlieue née dans la foulée dun effet de mode, cest une manière daffirmer ce quon est. Un beur, fier et branché. Cest aussi une marque labellisé Rap, RNB.
En chiffres, la success story se traduit par 200 points de vente en France avant de conquérir lEurope entière. Allemagne, Suisse, Belgique, Espagne, Italie, partout la marque fait fureur. Et à partir de 2006, elle sera présente aussi aux Etats-Unis. Quatre points de vente à New York et dautres en négociation à Miami et Los Angeles.
Le Maroc, back to the roots
Il y a deux ans, alors même que la marque nest pas distribuée au Maroc, les premières imitations de Billal sont accrochées sur les devantures des échoppes de Derb Ghallef. Du sports wear essentiellement, vendu deux fois moins cher.
Dans les compét de quartiers, les concerts de Rap et jusquau Boulevard des jeunes musiciens, les djeuns saffichent avec leurs faux-Billal. Le marché est jugé prêt pour accueillir la marque. Et les gars de Billal nattendront pas plus longtemps pour se jeter à leau. Contrefaçon ou pas, ils décident de simplanter. Et comme à laccoutumée, ils y vont prudemment, à tâtons. On na pas peur de la contrefaçon. Les clients ne sont pas bêtes. Ils feront la différence entre les deux qualités. Dailleurs, pour combattre le faux, ils investissent son terrain. Ils ne commenceront pas dans les vitrines ultra-chics et expertes en merchandising du Maârif, mais à la Korea de Derb Soltan. Pas bête. Suivra ensuite le reste, Maârif et Alpha 55 à Casa, puis dautres points éparpillés dans le pays, de Marrakech à Fès. Désormais, du vrai Billal, on en trouve même à Oujda. Une vache à lait ? Certainement pas. à ce jour, on na toujours pas gagné dargent au Maroc. On sy installe parce que cest notre pays. Lidentité encore ? Peut-être bien, mais aussi beaucoup de perspicacité.
En octobre 2005, pour leur première véritable action publicitaire marocaine, ils habillent les finalistes du pied en or et, cerise sur la gâteau, les H-Kayne, aujourdhui idoles de toute une génération sy produisent, portant leur griffe. Ils feront ensuite quelques apparitions en tenue Billal en concert, sur un plateau télé puis dans la rue dans leur Meknès natal. Leffet ne manque pas sa cible et Billal sapprête dailleurs à signer avec les H-Kayne un contrat de sponsoring. Avec ça, les gars du 92 sont sûrs de faire pencher la balance pour eux. La contrefaçon ne fera pas le poids.
Mais tout nest pas rose cependant. Pour sa vie marocaine, Billal doit faire face à bien dautres soucis, autrement plus officiels. Il y a près de 10 mois, lorsquils sapprêtaient à faire entrer leur première grosse livraison, leur conteneur a été pillé dans les dépôts de la douane. 70% de la marchandise ont disparu et à cette date, aucune piste na pu être identifiée. On ny peut rien, mais ça ne va pas nous décourager. Si le portuaire est risqué, on le laisse tomber. Désormais, on opte pour le transport routier, parole de transporteurs quils étaient avant la reconversion.
Et si tout se passe bien, Billal aura sa propre enseigne marocaine dici 2007. Une conquête qui a démarré en douce mais qui fera du bruit désormais. Les gars de Billal ont dores et déjà imaginé la suite : un gros concert, le printemps prochain, avec de grosses pointures du Rap, RNB et Djing beur. Et bien sûr le tout, labellisé Billal. |