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N° 207
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Téléphonie fixe. À vos marques...

(TelQuel)
Le décret d'application portant sur l'ouverture à la concurrence de la téléphonie fixe tombera d'un jour à l'autre. Les deux challengers de Maroc Telecom se préparent à l'attaque. La bataille se concentre sur les entreprises.


Mauvaise nouvelle : la téléphonie fixe est toujours sous monopole. Le décret d'application devant ouvrir le marché aux deux nouveaux entrants n'a pas encore été publié. Il faut attendre la tenue d'un conseil des ministres pour qu'il soit validé par le roi. En attendant, les deux nouveaux prétendants aiguisent leurs armes. La bonne nouvelle, elle,
réside dans la future intensification de la concurrence. Médi Telecom et Maroc Connect lanceront leurs offres commerciales juste après le feu vert réglementaire. “Le Marché va exploser”, s'enthousiasme déjà un top manager de Médi Telecom. Le monopole brisé, la téléphonie fixe et l'Internet connaîtront une nouvelle vie. Rappelez-vous l'ouverture de la téléphonie mobile à la concurrence. C'était en 1999, les agences de distributeurs de Médi Telecom avaient connu un engouement (un surbooking plutôt) immédiat. Allons-nous vivre cela pour le fixe ? Pas vraiment.

Une cible : les entreprises
Ne vous attendez pas à ce que les deux nouveaux opérateurs viennent taper à votre porte pour vous offrir un produit révolutionnaire. Le gros des offres commerciales sera concentré sur les entreprises. C'est le marché le plus juteux. Pour l'heure, les offres relèvent du secret défense. Chacun des opérateurs veut prendre une longueur d'avance sur son concurrent. L'effet de surprise est donc capital. Mais d'ores et déjà, des indiscrétions parlent d'offres portant sur des packs groupés comprenant la téléphonie fixe, le fax, l'Internet et la transmission de données. Pour Médi Telecom, la carte du mobile jouera certainement et sera intégrée à l'offre globale. C'est ce qu'on appelle l'offre “flotte”. Aussi, les enjeux ne sont-ils pas les mêmes pour les deux nouveaux entrants.
Pour Maroc Connect, dont on ignore tout sur le redéploiement de son réseau (à part son partenariat avec l'ONE), l'attaque portera sur le portefeuille existant. Rappelons en effet que le challenger était, jusqu'à la veille de l'obtention d'une licence fixe, un fournisseur d'accès. En d'autres termes, il louait une bande passante chez Maroc Telecom pour la fragmenter et la revendre à ses clients. Il offrait des services après vente, certes, mais son business dépendait totalement de l'opérateur historique. Son premier réflexe, maintenant qu'il détient une licence d'exploitation en propre, sera de maintenir son parc en le prémunissant des attaques de la concurrence. La rapidité du redéploiement des infrastructures de Maroc Connect est donc cruciale. Sauf que des sources bien informées estiment que Maroc Connect ne sera prêt qu'en mars ou avril prochain. “En tout cas, selon le cahier des charges, nous disposons de huit mois pour être prêt et je ne peux rien dire de plus”, nous déclare Karim Zaz, patron de Maroc Connect. Aussi, pour ne pas se laisser devancer, est-il obligé de suivre les offres tarifaires des concurrents en maintenant la capacité louée auprès de Maroc Telecom. Il n'y aura pas de campagne de communication, tout se fera par du porte-à-porte auprès des grands comptes.
Médi Telecom, lui, est en position de tir. “Nous avons des offres pour tous les segments du marché”, martèlent les cadres de l'opérateur. Mais il ne faut pas se laisser duper. Il n'y aura pas d'offres sur le domestique, pas pour l'instant en tout cas. Les entreprises, elles, seront régalées. Notons d'emblée que la bataille sera rude pour le marché des centres d'appel. Maroc Telecom, a déclenché le tir de mortier : la liaison louée pour les centres d'appel a été baissée de 20% (90.000 dirhams hors taxes par mois avant la baisse). “L'opérateur historique a eu vent de nos tarifs communiqués à notre réseau de distribution et a anticipé”, confie un cadre de Médi Telecom. “Faux”, rétorque un proche de Abdesslam Ahizoune, président du directoire de l'opérateur historique. Selon lui, Maroc Telecom a préparé une nouvelle grille tarifaire pour faire face à la concurrence. Chose tout à fait prévisible. Les concurrents convoiteront le parc existant, donc déjà servi par Maroc Telecom. Et ce dernier ne se laissera pas faire. Pour preuve, Ahizoune sort de sa manche la carte des PME en lançant une offre discrète de 2 à 4 mégas à moins de 800 dirhams. Une PME peut ainsi disposer de dix fois la capacité actuelle en misant moins d'argent. Maroc Telecom veut ainsi verrouiller le marché très porteur des petites entreprises. Médit Telecom est obligé de suivre pour se faire une place au soleil.

Et les particuliers ?
En revanche, rien ne sera offert aux particuliers de la part des deux nouveaux entrants. Il faut attendre septembre. Les états-majors des deux challengers refusent de parler de ce segment. Ce qui est sûr, c'est que, contrairement à la branche des entreprises, l'enjeu du domestique se joue dans l'Internet. A titre indicatif, sur le segment de l'entreprise, la simple téléphonie fixe draine plus de 50% du chiffre d'affaires global des télécoms. Or, qui dit Internet, dit contenu et équipement. En effet, le boom de l'Internet nécessite d'abord un parc conséquent. L'étude réalisée par l'Agence nationale de la réglementation des télécommunications (ANRT) en juin 2004, souligne (pour la énième fois) que l'élargissement du parc d'abonnés à l'Internet dépend des équipements des ménages. Les prix des ordinateurs demeurent assez élevés pour une grande partie des foyers. Maroc Telecom l'avait compris, mais il avait raté sa sortie. L'opérateur historique avait lancé une campagne qui offrait des ordinateurs à 2500 dirhams. Des déboires entre l'opérateur et ses partenaires ont condamné l'opération à l'échec. Médi Telecom réussira-t-il là où Maroc Telecom a échoué ? Pas sûr. “Nous ne savons pas encore s'il faut subventionner l'équipement. Notre décision n'est pas encore prise”, se limite-t-on à répéter à Médi Telecom.
L'autre obstacle à Internet réside dans le manque de contenu adapté. Cela aussi, l'étude de l'ANRT l'avait souligné. A part quelques tentatives isolées, comme celle de la CNSS, le Web utilitaire s0marocain est pauvre. Il reste le filon de la convergence entre la téléphonie et l'audiovisuel. C'est ce qu'on appelle la télévision par téléphone. Dans le langage des spécialistes, le mot magique est “le dégroupage”. C'est une technique qui permet de dégrouper la capacité d'une ligne téléphonique pour qu'elle serve au transport de la voix, de l'audiovisuel et de l'Internet. Au Maroc, le dégroupage est prévu en 2007, soit 18 mois après l'attribution des licences fixes. Là aussi, un doute demeure au sujet du contenu. Les opérateurs s'allieront-ils avec des distributeurs de bouquets internationaux ? Une option à ne pas écarter.



Maroc Telecom.

Enjeu : Sauvegarder son marché (50% de son chiffre d'affaires actuel)
Force : Infrastructure globale et déjà opérationnelle
Faiblesse : Service après-vente peu performant.



Médi Telecom.

Enjeu : conquérir 30% du marché d'ici 2009
Force : expérience internationale de la maison-mère Telefonica
Faiblesse : “Wi-max”, nouvelle technologie du fixe au stade expérimental.



Maroc Connect.

Enjeu : passer du statut de fournisseur d'accès à celui d'opérateur télécom
Force : parc d'abonnés Internet déjà existant
Faiblesse : pas encore d'infrastructure, dépend toujours de Maroc Télécom.

 
 
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