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N° 207
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Le Forum a existé pour enfanter l’IER”

Antécédents
Salah El Ouadie
Membre de l’IER
1952. Naissance à Salé.
1984. Sortie de prison.
1985. Publication d’un premier recueil de poèmes.
1991. Naissance de sa fille Najoua.
2004. Coup d'envoi de l'IER.
Smyet Bak ?
Mohamed Ben Larbi Ben Ali Assafi.

Smyet mok ?
Touria Bent Ahmed Seqat.

Nimirou d’la carte ?
BE 99 4 22. Je l’ai eu à ma sortie de prison en 1984. Il est remarquable. Je ne sais pas si ça a été fait exprès.

Depuis que vous avez été nommé à l’IER, vous n’avez plus jamais été dans votre assiette. Comme quoi, ça n’a pas été un exutoire pour tout le monde…
C’est un sentiment double. D’une part, la conscience aiguë que je participe à un travail historique, de l’autre, l’angoisse répétée d’écouter tant de malheurs et de souffrances.

Vous avez créé le Forum, initié l’IER. Votre deuxième enfant n’a pas tué le premier ?
J’y ai participé, je dirais. Le
Forum n’aura existé peut-être que pour contribuer à l’enfantement de l’IER. On est passé d’un projet de victimes à un projet de portée sociétale. C’est un rêve qui se réalise et qu’on a rarement l’occasion de vivre.

Quel était votre objectif lorsque vous avez intégré l’IER ? En une idée…
J’avais des hypothèses sur l’avenir, j’avais l’occasion de les vérifier. Vérifier la capacité de notre pays à réussir sa transition.

Et votre bilan, en une idée ?
J’ai peur d’être nombriliste. J’espère que cette expérience méritera d’être jugée comme un tournant dans notre histoire.

Quand vous vous regardez dans la glace, vous ne vous dites pas que vous avez été dupé ?
Je ne dirais pas dupé. Mais tendu vers un but en prenant à chaque moment le soin de regarder où je mettais les pieds pour ne pas rater une opportunité de cette envergure.

Que devient le poète ? On ne le voit plus…
Il existe. Il y a même des enfants en gestation. Il y a moins de six mois, j’ai même publié un long poème.

Comment avez-vous réagi quand vos camarades vous ont accusé de trahison ?
Ceux qui m’ont accusé de trahison ne sont pas des camarades. Paradoxalement, ça m’a conforté dans mon choix. Ce sont eux qui se sont trahis.

Qui se sont montrés sous leur vrai visage, c’est ce que vous voulez dire ?
Si vous voulez.

Vous ne regrettez pas d’avoir assisté à l’exhumation des corps du charnier du Hay Mohammadi alors que le mandat de l’IER a expiré ?
Pas du tout. Le mandat de l’IER expirera demain (NDLR : le jour de la présentation du rapport au roi). Nous étions simplement tenus de rendre notre rapport le 30 novembre.

Durant votre mandat, des exactions collectives d’islamistes ont eu lieu. Ce n’est pas démotivant ?
Le caractère massif est discutable, pas les dérapages. Sur l’instant, ça m’a mis en colère mais je réagis en pensant à la durée et à la dynamique.

Vous pardonnez ces dérapages ?
Aucun dérapage n’est pardonnable. A partir d’aujourd’hui, chaque responsable doit être comptable de ses actes.

Vous avez déjà déclaré que certaines parties n’ont pas coopéré avec l’IER. De qui parlez-vous ?
Je préfère évaluer le degré de coopération dans son ensemble. Il est positif. Sinon, vous aurez votre réponse dans le rapport final.

Vous auriez été aussi positif sans votre passage à l’IER ?
Il est incontestable que mon passage à l’IER m’a donné de nombreux motifs d’espérance.

Est-ce que votre rapport a été retouché par le Palais ?
Pas du tout.

“Notre état ne s’améliorera que lorsque j’embrasserai la main que j’aime… et non celle qui m’est tendue, et sur ma tête, une Chéchia”. Vous diriez encore ça aujourd’hui ?
Mes poèmes sont comme mes enfants. Je n’en renie aucun.

Vous êtes fier de vous ?
Je laisserai ce jugement aux autres. Je suis fier d’avoir travaillé avec une équipe extraordinaire. C’était un cadeau de la vie.

Vous avez déjà le titre de vos mémoires ?
C’est trop pour une seule vie.

 
 
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