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Par Karim Boukhari
Partis. LEtat divise les islamistes
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Mohamed Khalidi, fondateur
du Parti de la renaissance
et de la vertu. (AIC PRESS)
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Le PJD n'est plus le seul parti islamiste du Maroc, il devra faire face à la concurrence de deux nouveaux venus qui lui disputeront désormais son électorat.
Mohamed Khalidi peut se frotter les mains. Le député d'Oujda est désormais le chef d'un nouveau parti, Annahda Wal Fadila (ou le PRV, Parti de la renaissance et de la vertu) dont le congrès fondateur s'est déroulé dans les meilleures conditions. L'événement, qui a eu lieu le 24 décembre 2005 à Bouznika, a été dûment relayé médiatiquement par les caméras de la télévision (2M) et l'agence officielle MAP, s'offrant |
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ainsi une belle visibilité. Un avantage que n'ont pas eu d'autres nouveaux venus comme par exemple le parti Annahda, dont les fondateurs estiment que le PRV leur fait, à cause de son nom (qui comporte le mot Annahda), de la concurrence déloyale. C'est une situation anormale, nous explique Abderrahmane El Yazidi, l'un des fondateurs d'Annahda. Notre parti n'a jamais obtenu de reconnaissance officielle et directe de l'Etat même s'il n'est pas interdit. Ses activités n'ont jamais été relayées par les médias officiels. Et voilà qu'un nouveau parti (ndlr le PRV) voit le jour, obtient rapidement toutes les autorisations et nous pique déloyalement notre nom. La balle est dans le camp du ministère l'Intérieur. Pour le leader du PRV, la polémique sur le nom n'a aucune raison d'être : Après tout, renchérit Khalidi, il y a bien un Mouvement populaire et un Mouvement populaire national, nous n'avons volé le nom d'aucun parti. On peut encore ajouter, à la décharge de Khalidi et de ses amis, qu'ils avaient déjà tenté dans les années 1980, du temps du MPDC (l'ancêtre du PJD), de changer le nom du parti en Annahda. Même s'il n'a été déposé nulle part, le label Annahda appartient bien à Khalidi, confirme le chercheur Mohamed Darif, spécialisé dans les mouvements islamistes. Et puis il existe bien un parti Annahda en Tunisie, un autre en Algérie, sans oublier qu'il existe un parti Al Fadila en Irak et un PJD en Turquie.
Contrairement aux apparences, la polémique sur le mot Annahda ne relève pas de l'anecdotique. Annahda, dans le jargon politique arabe actuel, a une connotation franchement islamiste. En décidant au dernier moment de mettre Annahda (au lieu d'Al-Yakada, initialement prévu) dans le nom de son parti, Khalidi marque immédiatement l'ancrage islamiste du PRV et lui permet de disputer un terrain jusque-là réservé au seul PJD. Ce que le principal concerné ne conteste pas, du reste : Nous avons évidemment un référentiel islamique, nous comptons déjà dans nos rangs plusieurs élus locaux du PJD, je suis moi-même parmi les fondateurs du PJD, nous sommes fidèles à une ancienne ligne de conduite qui veut que l'islam soit la solution, mais un islam ouvert à tous, sans exclusion et sans fanatisme. Islamisme rassurant : s'il y avait une étiquette à coller au dos du PRV, ce serait bien celle-là. Le PRV semble reprendre le flambeau du MPDC (l'ancêtre du PJD), là où ce dernier l'avait laissé quand il a servi, en 1992, de porte-bannière à Abdelilah Benkirane et ses frères. Conservatisme et moralité, le tout sous la bannière de l'islam et du consensus politique. Un positionnement qui risque, bien entendu, de grignoter des parts de terrain au grand frère du PJD. Il n'y a aucun mal à cela, rétorque toutefois Lahcen Daoudi, l'un des dirigeants du PJD. Notre parti, de toute façon, n'a pas les moyens d'encadrer, ni de faire plaisir, à tout le monde. Le champ des partis islamistes reste ouvert et d'autres places sont à prendre. L'offre sera ainsi plurielle et si quelqu'un est mécontent ou frustré chez nous, il peut parfaitement taper à la porte de nos voisins. Le dirigeant du PJD rappelle que son parti a défendu l'homologation d'un autre parti islamiste, le Badil Hadari (lire encadré). Mais le fait d'autoriser le Badil Hadari tout en apportant sa bénédiction à l'éclosion du PRV, l'Etat affiche sa volonté d'émietter l'offre islamiste. Du coup, il semble porter un mauvais coup au PJD. L'émiettement ne touche pas tant aux partis qu'aux associations, relève Lahcen Daoudi. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Le PRV était à la base une association, de même que le PJD dans sa majorité ou le Badil. Daoudi, rejoint en cela par d'autre cadres du PJD, remarque, avec une pointe d'humour, que l'arrivée de nouveaux partis islamistes permet au PJD de quitter une position inconfortable, celle d'être la cible des attaques (des médias et de la classe politique, parfois de l'Etat).
Il est clair, malgré tout, que la nouvelle offre que représente le PRV, voire le Badil Hadari, ne provoquera pas que des rires au PJD. Si minime soit-elle, elle risque de prendre bien des parts de marché au premier parti islamiste du pays, dès les échéances électorales de 2007 auxquelles tous les nouveaux venus sont décidés à prendre part. Pour le plus grand bonheur, probablement, de ceux qui ont rendu cette offre possible. |
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Boutade. L'Etat, premier parti islamiste ?
Ce n'est qu'en décembre 2005, au bout d'une attente qui aura duré dix ans, que le Badil Hadari (Alternative civilisationnelle) a pu obtenir, enfin, son homologation. Le parti est une émanation, sans doute la plus consistante (à côté de la Haraka Min Ajl Al-Oumma) de l'ancienne Chabiba Islamiya, véritable épouvantail des années 1960-1970. Etant donné son timing in extremis, cette reconnaissance officielle ne semble avoir d'autre explication que de permettre au parti de prendre part aux élections 2007. Nous participons effectivement aux prochaines élections, confirme le secrétaire général Mustapha Moâtassim, et nous restons ouverts aux alliances, y compris dans les rangs de la gauche, mais il ne faut y voir aucun coup de pouce de l'Etat. Boudé par les médias officiels, largement ignoré par le gouvernement, le Badil n'est pas loin de retourner, à sa façon, le cadeau empoisonné que pourrait être son homologation par l'Etat. Oui, nous sommes un parti islamiste, renchérit Moâtassim, mais qui n'est pas islamiste dans un pays où l'on naît musulman et où l'Etat reste, au moins via le ministère des Affaires islamiques, le premier parti islamiste du pays ?. Voilà qui est dit ! |
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