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N° 207
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Cerise Maréchaud

Radio. Nouvelle vague sur les ondes

(AFP)
Dans trois mois, un cru 2006 de nouvelles radios viendra chambouler l’horizon monotone de l’audiovisuel marocain. Plus jeunes, plus urbaines, plus loquaces, plus libres mais aussi plus marocaines… Vive la libéralisation !


Médi I, RTM, 2M, Sawa ou encore
Radio FM… Elles se comptent sur les doigts d’une main et n’ont qu’à bien se tenir. Depuis le feu vert donné à l’unanimité par le Parlement marocain à la libéralisation des ondes en mars 2005, les créateurs de nouvelles stations potentielles font feu de tout bois pour prendre part à
l’ébullition nouvelle d’un paysage audiovisuel depuis trop longtemps sclérosé. Certains font déjà mijoter leur projet depuis des années, sans (presque) jamais perdre l’espoir de voir la monolithique mainmise de l’Etat sur les fréquences lâcher du lest.
C’est désormais chose faite. Le 19 décembre 2005, les derniers dossiers arrivaient complétés sur le bureau de la Haute autorité de la communication et de l’audiovisuel (Haca). à son équipe, désormais, de trancher en son âme et conscience entre ces 44 alternatives sonores à nos programmes actuels, sagement officiels et aveuglément orientalisés. Verdict en mars 2006. Mieux vaut ne pas tirer trop de plans sur la comète en rêvant d’un ciel radiophonique constellé de nouvelles stations. “Seulement” cinq ou six fréquences, une dizaine au maximum, selon de nombreux observateurs, seraient attribuées au final.
Mais ne râlons pas trop vite, car c’est déjà un sacré courant d’air que promet la loi. Ceci dit, puisque les ondes vierges ne seront assaillies que par quelques happy few, autant s’adresser aux dossiers les mieux ficelés (ceux dont on parle, ceux qui parlent touts seuls), bref, ceux que l’on écoutera sûrement (on le leur souhaite) dès demain.

L’attente d’une génération
“Il y a un réel besoin d’une radio qui soit le miroir musical de la marocaine, à commencer par sa jeunesse, insiste Mehdi Benslim, 25 ans, co-fondateur d’une radio jeunes dont il préfère encore couver le nom, formé à l’école de radio FJ à Paris. Stop à la libanisation de nos fréquences, nous tenons à promouvoir les artistes marocains, relayer la jeune scène musicale, être partenaire de festivals...”.
Tout un programme, prometteur et enthousiaste, que partagent nombre de ses concurrents. Entre autres, Fawzi Chaâbi, fils de la très beldi holding, associé à DJ Abdel (ça fait tout de suite plus “in”) pour monter une radio version R’n’B et soul, spéciale dédicace à ces dames. “C’est Fawzi Chaâbi qui est venu me chercher, explique le roi de la scène hip hop française. Je tiendrai un rôle essentiellement artistique, tout en essayant d’être présent deux jours par semaine”. à suivre de très près également, Hit radio, que couve Younès Bou Mehdi, aussi passionné de musique que frustré du manque de médias musicaux dans l’horizon marocain, qui a su trouver dans le groupe Start (spécialiste ès ondes générationnelles comme AdosFM, Voltage, Vibrations) un allié de taille. “Un des projets les plus viables”, estime pour sa part Momo Merhari, co-organisateur du Boulevard des jeunes musiciens, que plusieurs porteurs de projet ont contacté durant les derniers mois. “C’est encourageant, mais il faut garder les pieds sur terre. Ce n’est pas si facile de coller à l’esprit de l’évènement et, du coup, il n’y a pas tant de choix que ça”.
Toujours est-il qu’une radio jeune ne s’inscrit pas strictement dans la musique, mais aussi dans un esprit urbain, dynamique, efficace et informé. C’est le cap qu’a pris Ali Belghiti, promoteur de BTM Productions, avec CasaNova, destinée aux 15-40 ans, qui se veut pétrie d’infos pratiques et de bons plans entre les plages musicales et boostée par des publicités locales. “Une chose est sûre, poursuit cet observateur, quelle que soit la thématique ou la cible de la radio, la Haca veut des dossiers blindés, pas des radios qui vont fermer au bout de six mois”.

Radios fauchées s’abstenir
Le cahier des charges de l’Autorité l’indique clairement : 10% au moins du capital de la radio doit être détenu par un opérateur technique ayant une solide expérience dans l’audiovisuel. Ce porteur de projet insinue même que, dans un discours récent, le directeur général de la Haca, Ahmed Akhchichine, encourageait sans ambiguïté les partenariats étrangers. “Beaucoup de candidats pour embellir leur
dossier, font appel à des opérateurs français, mais qui ne sont pas forcément légitimes... Ici le contexte culturel est très différent, les étrangers ne vont rien apporter en terme de concepts...” Pour autant, chacun y va de sa botte secrète. Universal music, par exemple. “Il s’agit d’un soutien symbolique plus que financier, rectifie le co-fondateur de cette radio musicale pour jeunes. Ce, dans le cadre d’un échange. On peut leur dénicher de nouveaux talents, et bénéficier de leur carnet d’adresses pour s’assurer des interviews, des opérations, des plateaux…”
Comme le nom de sa radio en devenir l’indique, le père de CasaNova, Ali Belghiti, est en contact depuis les années 90 avec le président fondateur du groupe Nova, Jean-François Bizot, ainsi qu’avec l’animateur vedette de Canal+, Ariel Wisman, qui gérerait l’habillage artistique de la chaîne. Mais qui dit branché ne dit pas forcément plein aux as, et pour Ali Belghiti, CasaNova fait encore figure de “R4 auprès des Porshe Cayenne que sont les gros groupes radios des ondes françaises”.
Anouar Zyne, également, préfère assurer ses arrières. Le fondateur de Famila radio, chaîne nationale voulant offrir un cocktail de divertissement, de musique, de culture et d’infos pratiques, a dégotté pour partenaire Pascal Argence, lui-même associé d’Ardisson et autres Arthur ayant lancé de nombreuses radios dans l’Hexagone. “Aujourd’hui, il faut être multidimensionnel pour s’en sortir”, conclut en businessman averti le directeur des successfull petits mags urbains gratuits.

Dans les starting blocks
Aujourd’hui, tous les concurrents sont en lice. Une fois les fréquences octroyées à cette première vague de nouvelles radios, celles-ci auront de six à neuf mois maximum pour concrétiser leurs desseins et émettre normalement. Certaines devront attendre la rentrée 2006 pour voguer en vitesse de croisière, mais la plupart peaufinent déjà leurs jingles et affûtent leurs grilles de programmes, sachant qu’avoir un studio adapté (l’un au dessus de Platinium, un autre à Sidi Maârouf...) à disposition fait partie de l’examen de passage. “On est prêt à réagir dans les deux mois”, assure pour sa part Younès Boumehdi de Hit radio. C’est que le projet est sur le feu depuis plus de douze ans. “Déjà en 1994, on parlait beaucoup de la libéralisation de la presse. C’était l’époque du forum Intercom, Nostalgie est même venue faire un tour au Maroc... Le débat s’est vite refermé”. Un autre candidat complète : “à cette époque, Médi I avait conclu un accord spécifique avec l’Etat, interdisant à d’autres radios de passer de la pub”. Aujourd’hui, il semble enfin qu’on puisse tirer un trait sur cette époque. “La nature de l’info va être transformée et les habitudes chamboulées, se réjouit ce candidat. Comme ce qui se passe pour la presse écrite depuis quatre cinq ans”. Ondes libéralisées, paroles libérées ?

 
 
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