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Par Salma Mestiri
Sharon mourant. Israël dans le coma
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Conseil des ministres à Tel Aviv,
le 4 janvier. Au centre, le fauteuil
vide dAriel Sharon. (AFP)
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à l'heure où nous mettons sous presse, Ariel Sharon se trouve encore entre la vie et la mort. Il vient de créer un nouveau parti et les sondages le donnent gagnant aux élections générales du 28 mars prochain. Sa disparition ouvrirait une période d'incertitude.
Les Israéliens retiennent leur souffle. Alors qu'il se reposait dans sa ferme du Néguev, leur Premier ministre, Ariel Sharon, s'est plaint de fortes douleurs à la poitrine et a été transporté d'urgence à l'hôpital, à Jérusalem, peu avant minuit le 4 janvier. Depuis, tout le pays est dans |
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'expectative : victime d'une attaque puis d'une hémorragie cérébrales très graves, Ariel Sharon a subi deux opérations, dont l'une a duré sept heures. Le 5 janvier, le Bulldozer a été placé dans un coma profond sous respiration artificielle pour au moins 24 heures afin de maintenir une faible pression dans la boîte crânienne, a expliqué le directeur de l'hôpital, en précisant que son état était grave mais stable. Première conséquence de l'hospitalisation d'Ariel Sharon : Chaque Israélien est devenu un spécialiste en médecine au cours des dernières semaines, surtout dans le domaine des attaques, et tous ceux qui ont entendu les rapports [médicaux sur la santé d'Ariel Sharon] ont pu comprendre que cette fois, c'était plus grave, d'après le quotidien israélien de gauche Haaretz.
Vacance de pouvoir
À presque 78 ans, et avec un demi-siècle de carrière politique derrière lui, l'ancien membre de la Haganah (milice clandestine chargée de la défense des juifs sous le mandat britannique) est un pilier du paysage politique israélien quasiment depuis la création de l'Etat en 1948. Avec son hospitalisation, trois mois avant des élections générales où il était donné vainqueur, Israël se retrouve plongé dans l'incertitude politique. L'hospitalisation de Sharon ne signifie pas la vacance du pouvoir, mais un grand vide dans la vie politique israélienne. Même si l'intérim est assuré par le vice-Premier ministre Ehud Olmert, son absence risque d'ouvrir la voie à une période de turbulences sur la scène politique, déjà bouleversée depuis plusieurs semaines par le même Sharon. En novembre, ce dernier a en effet claqué la porte du Likoud, parti qu'il a créé en 1973 et où il rencontre de plus en plus d'oppositions depuis qu'il a décidé le retrait des colons israéliens de Gaza. Il a alors créé un nouveau parti, Kadima (cf encadré), changeant la donne de la traditionnelle division des partis en Israël : Likoud à droite, Parti travailliste à gauche. Il est difficile d'imaginer le système politique sans Sharon. Au cours des cinq dernières années, pendant lesquelles il a été le Premier ministre peut-être le plus fort et le plus dominateur que nous ayons eu depuis David Ben Gourion [premier Premier ministre d'Israël], toute l'opposition s'est diluée et éparpillée, estime Haaretz.
Menaces sur le processus de paix
Si l'ancien faucon ne s'est pas transformé en colombe, beaucoup s'accordent malgré tout à penser qu'Ariel Sharon était peut-être le seul homme politique israélien à pouvoir faire avancer les pourparlers de paix avec les Palestiniens. Quel serait l'avenir du processus de paix si le Premier ministre disparaissait ou ne pouvait plus exercer le pouvoir ? Le retrait israélien des territoires occupés, débuté en août dans la bande de Gaza, continuerait-il en Cisjordanie comme l'a promis Sharon ? Son hospitalisation crée naturellement une incertitude autour du processus en cours. (
) Il faut des prises de position politiquement fortes, ce qui demande du courage politique, et Sharon a incontestablement signifié que le processus a pris une nouvelle cadence, considère la ministre suédoise des Affaires étrangères, Laila Freivalds. Certains dirigeants palestiniens se montrent inquiets de la situation : Saëb Erakat, le principal négociateur palestinien, a ainsi estimé qu'une disparition de Sharon risquait de provoquer une escalade des violences avec les Palestiniens. Mais le Hamas et le Jihad islamique, deux mouvements radicaux palestiniens, se sont empressés d'exprimer leur satisfaction; le premier assure que le Proche-Orient sera un meilleur endroit sans le Premier ministre israélien, tandis que le deuxième a déclaré que Dieu en a[vait] eu assez de Sharon, le bourreau de Sabra et Chatila, et en a débarrassé le monde.
Un bourreau, vu de Palestine
Telle est l'image que laisse Ariel Sharon chez les Palestiniens en particulier, et dans le monde arabe en général. Pour beaucoup il restera toujours celui qui, bien que ministre de la Défense à l'époque, n'a rien fait pour empêcher les massacres de Palestiniens par des milices libanaises chrétiennes en 1982, dans les camps de Sabra et Chatila, alors entourés par l'armée israélienne. Taleb Oqla, un Palestinien rescapé du massacre, assure ainsi qu'il n'a pas fermé l'oeil la nuit de l'hospitalisation de Sharon, guettant l'évolution de son état de santé. Pour lui, Sharon s'en va trop tôt parce qu'il aurait dû être jugé pour ses crimes. Et Silvio Berlusconi a eu beau déclarer que même du côté des Palestiniens, Ariel Sharon était estimé, cela n'a pas empêché de jeunes Palestiniens de distribuer des chocolats et des bonbons dans les rues de Rafah pour fêter l'hospitalisation de celui qu'ils considèrent comme un boucher. Ariel Sharon est également accusé d'avoir déclenché la deuxième Intifada, en visitant, le 28 septembre 2000, l'esplanade des Mosquées.
Campagne pour les élections, accusations de corruption
tout cela aura-t-il eu raison de la santé de celui que les Israéliens ont longtemps surnommé le Téflon, parce que tout glissait sur lui sans laisser de traces ? Même si Ariel Sharon échappe à la mort, il est probable qu'il conserve des séquelles de son attaque cérébrale. Certaines sources ont même avancé qu'avant son hospitalisation, tout le bas de son corps était paralysé. Quel que soit son état de santé , Israël et le Proche-Orient s'apprêtent à affronter des semaines difficiles. |
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Un parti mort-né ?
Quel avenir pour Kadima ?
Sharon, c'est Kadima, et Kadima, c'est Sharon. Pour le quotidien israélien Maariv, il n'y a pas de doute : l'avenir de Kadima (En avant, en hébreu) est entièrement lié à celui du Premier ministre. Le parti, créé par et pour Ariel Sharon, n'a pas pour le moment de véritable programme. Il rassemble des personnalités politiques d'horizons divers, venues du Likoud (droite, ancien parti de Sharon), comme du Shinouï (parti laïc) et du Parti travailliste (gauche), qui pourraient se déchirer et se diviser si Sharon venait à disparaître. Pour l'instant, les sondages continuent à donner Kadima gagnant aux élections du 28 mars prochain, même en l'absence de son fondateur. Reste à savoir si les électeurs de droite, qui ont suivi Sharon les yeux fermés, ne seraient pas tentés de retourner vers le Likoud si Kadima penchait trop vers la gauche à leur goût . Et même si Shimon Pérès, prix Nobel de la paix qui a quitté le Parti travailliste et soutient le nouveau parti, devait en devenir le dirigeant. |
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