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Par Nadia Benkacem
Midelt. Les moines de l'Atlas
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Les moines de Tibhirine
en compagnie de Jacques
Derrida. (MAP)
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Qui se souvient des moines trappistes assassinés à Tibhérine en Algérie, en 1996 ? TelQuel a retrouvé deux survivants de ce massacre à Notre-Dame de l'Atlas, où des surs franciscaines leur tiennent compagnie et prêchent par l'exemple.
Nous sommes là pour prier, méditer et faire de bonnes confitures, plaisante le père Jean- Pierre, ce vaillant septuagénaire au regard espiègle et au sourire si doux, dont l'horreur vécue en Algérie ne semble avoir nullement entamé la sérénité..
De Tibhirine à Midelt |
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C'est à Midelt en plein Moyen Atlas, là où les écarts de température sont des plus rudes, que le si tristement célèbre monastère de Tibhirine en Algérie a trouvé refuge. Il continuait, au plus fort de la tragédie algérienne, à abriter un groupe de réflexion et de prière islamo-chrétien, le Ribat Essalam, avant d'être décimé en 1996 par le GIA ou, selon certains, par une organisation armée nettement plus conventionnelle. C'est le symbole d'espoir représenté par cet ultime espace de dialogue interreligieux qui est anéanti lorsque sont éliminés dans d'atroces conditions sept des neuf moines de Tibhirine. Les deux seuls survivants de ce funeste massacre sont transférés, dans un premier temps, dans une annexe à Fès. Mais la vie monastique ne s'accommodant pas aisément de la vie urbaine, c'est à Midelt auprès de leurs surs en religion, les franciscaines de Marie, qu'ils s'établissent définitivement en juillet 2000. Depuis, ils s'emploient à réaliser leur idéal spirituel en démontrant tous les jours que la fraternité entre les peuples est possible. Nous nous enrichissons au contact de l'autre et quand nous pouvons mettre à profit nos modestes capacités pour aider ceux qui souffrent, nous savons alors que notre présence n'est pas vaine, nous dit le père Jean-Pierre. C'est un moine inquiet qui nous demande de respecter leur souci primordial de discrétion alors qu'il est occupé à diriger les travaux de réfection de la chapelle du monastère avec deux ouvriers du village. Rendez-vous compte, des gens comme nous, passer trois fois à la télévision, ce n'est pas bien !.
Contexte difficile
C'est pour les besoins d'un portrait consacré à Hassan Aourid, enfant de la région et aujourd'hui wali de Meknès, que ceux-ci ont été naïvement mis en scène devant les caméras. Ils en gardent un souvenir mitigé, d'autant qu'il leur laissera le pénible sentiment d'avoir été floués. Aujourd'hui ils sont quatre, sous la conduite du prieur Jean-Pierre Flachaire, à perpétuer la tradition chrétienne en pays musulman, sans tergiverser avec les consignes de l'Archevêché : Pas de provocation inutile ni de trop grande visibilité en ces temps troublés. Présence paisible donc qu'atteignent parfois les turbulences politiques. Ils ont ainsi été directement fustigés lorsque, l'été dernier, deux religieux des Canaries ont été expulsés de Laâyoune par les autorités, un journaliste ne manquant pas de relever l'appartenance des frères de Midelt au même ordre religieux (trappiste) et de faire un raccourci facile entre les desseins des uns, au comportement intempestif, venus le temps d'une visite, et ceux des autres, installés, sur place, plus respectueux des traditions. Amalgame entre évangélisateurs et hommes de Dieu sciemment entretenu par nos réactionnaires, visant par-là à jeter l'anathème sur tout ce qui relève de près ou de loin de la chrétienté. Mais il semble difficile de voir en ces hommes simples, occupés à cultiver leur terre et à s'abîmer dans la prière, une quelconque menace pour notre Islam conquérant. Est-il utile de rappeler que, même aux temps de la plus forte présence chrétienne en Afrique du Nord, toute idée de conversion des populations autochtones fut abandonnée par les fameux Pères blancs , missionnaires en Afrique dès la fin du 19ème siècle ?
Des trappistes discrets
Les moines trappistes de Midelt ont un mode de vie très austère car ils appartiennent à l'ordre le plus rigoureux des cisterciens, celui de la stricte observance. Leur nom de trappistes provient d'un mouvement de réforme qui a commencé à partir du monastère français de Notre-Dame de la Trappe en Normandie et dont la doctrine prône le retour aux fondements de la vie monastique originelle. La règle de leur ordre impose des principes d'obéissance, de silence, de pauvreté et d'humilité dans une vie de travail et de méditation des textes sacrés. A Notre-Dame de l'Atlas, les moines participent à sept offices communautaires par jour, le reste du temps étant consacré aux cultures potagères, à l'entretien des bâtiments et du jardin. Tout cela, bien sûr, dans un silence que ne vient troubler que le piaillement des oiseaux ou la sonnerie stridente qui annonce parfois l'arrivée de frères en religion venus pour quelques heures, quelques jours ou quelques mois, faire retraite dans l'hôtellerie du monastère.
Des franciscaines entreprenantes
À côté de ces moines silencieux, revenus de l'enfer algérien, s'activent des surs franciscaines. Leur monastère, séculaire, est adossé à Notre-Dame de l'Atlas. Une femme à la silhouette étonnamment juvénile descend, d'un saut énergique, de la plage arrière du pick up Peugeot. Elle effectue, plusieurs fois par jour, une navette entre Midelt et Tatiouine à quelque quinze kilomètres de là. Elle accomplit ensuite d'un pas alerte les dix minutes de marche qui séparent la ville moderne de Ksar Taakit où se situe la Kasbah Meriem, atelier de tissage et lieu de vie des surs franciscaines. Arborant sur la tête le foulard noir aux rubans chatoyants et la jupe longue des berbères de l'Atlas, elle devise en amazigh avec tous ceux qui viennent la saluer. Elle, c'est sur Marie qui vit au Maroc depuis quatre ans. Seuls ses yeux d'un bleu profond et son magnifique teint d'Irlandaise la trahissent. Avant, dans une autre vie, j'étais la parfaite occidentale moderne, je vivais à Dublin, je travaillais
. Sur Marie vit à Tatiouine et avec deux autres religieuses, anime une coopérative de tissage de tapis. Aux beaux jours, elle grimpe à flanc de montagne à dos de mulet pour aller à la rencontre des tribus nomades. Elle s'emploie alors à leur prodiguer les soins de base, à aider à la pré-alphabétisation des plus jeunes ou encore à veiller à l'avancement des travaux de tissage des femmes de la coopérative.
Tous les vendredis, jour du souk hebdomadaire à Tatiouine, les tisserandes nomades descendent dans la vallée pour vendre leur production et acheter pains de sucre, huile, thé, farine
Sur Marie portera ensuite les plus belles pièces à l'atelier principal de Midelt où sur Térésa, installée derrière sa machine à coudre, supervise les travaux. Toutes les deux prêchent par l'exemple. Rqia est catégorique : Je travaille ici depuis de très longues années et je n'irais ailleurs pour rien au monde, j'ai enfin su ce que veut dire être traitée d'égale à égale. Rqia nous fait visiter la salle de vente et d'exposition des produits de l'atelier : tapis aux couleurs vives, couvertures en pure laine, nappes et napperons finement brodés s'entassent en attendant l'hypothétique visiteur et surtout les deux expositions-vente annuelles organisées à Casablanca. Grâce à l'église ? Je viens d'un pays, l'Irlande, où l'église catholique est forte, elle est partout. La voir ici évoluer dans l'humilité la plus totale permet de tout relativiser, ce qui est essentiel. Et justifie la présence de Marie et ses soeurs. |
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À Midelt et ailleurs.
Les franciscaines, en perte de vitesse
Cest depuis 1926, à l'initiative de la femme d'un officier français de la ville, que les surs franciscaines de Marie ont soigné, alphabétisé, éduqué des milliers de Marocains démunis de Midelt et des régions avoisinantes. Axant par vocation leur travail sur l'amélioration des conditions de vie des femmes les plus pauvres, elles sont, partout ailleurs au Maroc, à l'origine de cette institution que demeure encore aujourd'hui la Goutte de lait. Elles ont été aussi en charge de plusieurs orphelinats et établissements scolaires réputés et nombreuses sont leurs anciennes élèves qui continuent à les évoquer avec nostalgie. Aujourd'hui, leur présence dans le pays se réduit inexorablement. Crise des vocations d'un côté et crispation des moeurs de l'autre en sont doublement responsables. |
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