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N° 208
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De Montréal Mehdi S. Alaoui et Hassan Serraji

Exil. Nos célébrités au Canada

Abdelghani Dades (DR)

Au Maroc, ils ont été à un moment ou un autre des personnages publics. Pourtant ils ont choisi le Canada comme terre d'asile. Que sont-ils devenus ? Dans leurs nouvelles vies discrètes, trouvent-ils leur compte ?


Jawad Skali. Il soutient les militants
Le frère de la députée PPS Nouzha Skalli, et ancien militant actif d'Ilal Amam a fait un passage obligé de cinq ans à Derb Moulay Chérif et à la prison de Kénitra avec tout ce que cela implique. En 1986, il pose ses valises à Montréal avec un statut bien particulier : réfugié politique.
Il est très vite sollicité par les universitaires, médias et ONG canadiennes qui veulent profiter de son expertise en matière de droits de l'homme et de solidarité internationale. Il rejoint ainsi, dans les années 90, les rangs de l'association québécoise des organismes de coopération internationale. Tout en multipliant les conférences, il devient porte-parole d'Amnesty international pour sa campagne contre la torture et directeur du défunt Centre d'études arabes pour le développement. Celui qui a été un des fondateurs de l'AMDH, n'a pas pour autant coupé les ponts avec son pays d'origine puisqu'il a, à partir de Montréal, été derrière la création de l'Espace associatif. “Il a été un grand atout pour nous, et c'est un peu grâce à lui que nous existons encore”, rapporte ce militant de l'Espace.

Maurice Serfaty. Il s'occupe de requins
Fils d'un premier mariage d'Abraham Serfaty, célèbre fondateur du mouvement Ilal Amam0, Maurice goûtera lui aussi à la prison entre 1982 et 1984 pour le soutien qu'il apporte à l'organisation de son père. Il en garde, à ce jour, les séquelles. Début 2005, son copain de jeunesse, Driss Bahnini (fils de Haj Mhamed Bahnini ancien ministre du temps de Mohammed V et de Hassan II) lui propose de se lancer avec lui dans les affaires, notamment le commerce d'ailerons de requin, très appréciés par les asiatiques, dont la communauté au Canada est importante. Habitant un appartement confortable, dans le quartier multiculturel de Montréal, Côte des neiges, Maurice semble apprécier sa nouvelle vie. Il déclare, sans nuance : “Je suis tombé en amour avec ce pays”. Il y est, il y reste.

Khadija Assad et Aziz Saadallah. Ils invitent les artistes marocains
Le couple mythique de la télévision marocaine a élu domicile à Montréal fin 2003. Il est plus que probable, d'après des proches de la famille, que “leur départ a été consécutif à l'accident de circulation dans lequel a été impliqué Saadallah Aziz”. Pour rappel, ce dernier a été mis en examen et écroué en mai 2003 à Oukacha suite à un accident de la circulation qui a causé un mort et plusieurs blessés. Curieuse Coïncidence ! Une fois dans la métropole québécoise, Khadija et Saadalah, accompagnés de leurs enfants, ont continué à faire ce qu'ils ont toujours fait : du théâtre. Ils montent Assad Prod, une agence d'événementiel, qui a déjà à son actif un concert de Naïma Samih, des pièces de théâtre et des spectacles pour enfants, et qui essaie tant bien que mal d'émerger face à une concurrence des plus rudes.

Abdelghani Dades. Il bricole, même dans la presse
Connu dans le milieu de la presse pour ses passages à Al Maghrib (1982-84), la Tribune populaire (1994-98) et La Vie Economique (1996-2000), il fut également responsable de la communication à la loterie nationale et à l'Office d'exploitation des ports.

En 2000, il se retrouve à Montréal pour y représenter Caractères (Femmes du Maroc, La Vie Eco…) avec pour but l'expansion du groupe notamment “la distribution de nos produits et le lancement de nouvelles publications”. Les résultats ne suivant pas, ses employeurs décident de mettre fin à leur collaboration. Dades s'improvise alors touche-à-tout : il fait du consulting, vend du mobilier marocain, travaille dans un Fast Food… Il s'investit par ailleurs dans le communautaire en aidant à la création d'associations ou d'événements en faveur du Maroc sans pour autant oublier ses premières amours, la presse, puisqu'avec un associé il fonde un groupe, Atlas Média, dédié aux Marocains du Canada.

Nour. Il coiffe toujours… et plus librement
Ce coiffeur du quartier Gauthier, a été, durant les années 90, le figaro attitré d'un certain nombre de Casablancaises. “C'était à la mode de se faire coiffer chez Nour” raconte cette ancienne cliente. N'empêche qu'il plie bagage en 1997. “Mon frère, installé à Montréal, m'a suggéré de le rejoindre, alors je me suis dit : pourquoi pas ?”. Débrouillard, il trouve du travail dès son arrivée. “Au début, ce n'était pas facile. Je passais mes journées à attendre l'arrivée des clients alors qu'au Maroc, ils affluaient vers mon salon”. Et ce n'est qu'au bout de dix mois que la prestigieuse galerie commerciale Ogilvy lui propose de rejoindre ses rangs. Huit ans plus tard, il coiffe toujours pour la même enseigne et habite un appartement cossu du centre-ville. Des regrets ? “Pas du tout, je vis une expérience enrichissante grâce à une qualité de vie et une liberté extraordinaires. Au Maroc, il y avait des yeux partout, alors qu'ici, on vit dans l'ombre”.

Charles Dahan. Il a fait son deuil de l'ONA
Ce patron en vue à l'époque où il prend la tête de Gallia Industries et Chimiproduit respectivement en 1976 et 1978, deux fleurons de l'ONA cédés aux Libyens en 1995, décide de quitter le navire en 1997. Pour lui, “L'incompétence de Fouad Filali parachuté à la tête du groupe a été la cause de (son) départ”. Direction Montréal où ses deux filles sont installées. Il se lance alors dans le montage d'une unité de production de bouchons, mais des problèmes de financement viendront à bout de son projet. Sa demande est tellement bien ficelée que la fiduciaire avec laquelle il a affaire lui propose un poste d'auditeur. Aux dernières nouvelles, il s'est vu offrir un emploi prestigieux au sein d'une banque d'affaires privée. Malgré le souvenir amer de son expérience marocaine, il demeure un amoureux inconditionnel du Maroc qu'il dit être sa patrie. Et ce n'est pas pour rien qu'on vient de lui proposer la présidence de la Chambre de commerce maroco-canadienne.

Jawad Andaloussi. Il survit grâce au foot
Âmou pour les intimes, est une icône du foot marocain. Champion d'Afrique en 1976 en Éthiopie avec à la clé 50 sélections en équipe nationale, ce pur rajaoui, trois fois vainqueur de la Coupe du trône, est allé évoluer à Hong Kong. En 1990 il devient formateur des jeunes au Raja puis entraîneur du Moghreb de Tétouan, et du Rachad Bernoussi. Avec un tel palmarès, Âmou est cependant contraint d'émigrer au Canada en 2002. “J'aurais aimé rester mais le manque de perspectives professionnelles m'a poussé à quitter pour assurer l'avenir de mes enfants”. Rapidement, il prend en main des équipes locales semi-professionnelles : les Dynamites et les Conquérants de Laval. On le charge également d'entraîner la sélection des Marocains du Canada qui participent à de nombreux tournois. En parallèle, Âmou gère un centre de formation pour jeunes footballeurs qu'il a fondé, il y a moins d'un an.

Kamal Bekkari. Il se prélasse au bord du lac
Copilote de l'avion royal mitraillé par Kouera et Cie lors du coup d'état de 1972, il demeurera l'un des pilotes attitrés de Hassan II et commandant de bord à la RAM jusqu'à la retraite. Il rejoint le Canada en 2001 où ses enfants sont déjà installés. C'est d'ailleurs la raison qu'il invoque personnellement : “Je suis venu ici pour vivre ma vie auprès de ma famille et loin des projecteurs”. Les Bekkari, installés au bord d'un lac non loin de Montréal, sont les voisins de Céline Dion. Seules quelques maisons les séparent. Ils vivent pleinement leur retraite. Plus pour longtemps selon l'intéressé : “Mon but est de ramener tout le monde dans une ou deux années”.

 
 
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