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Par Bart Schut
Hollande. Sexe, drogue et racisme
Le leader néerlandais d'extrême-droite, Pim Fortuyn, abhorrait les Marocains mais couchait avec les plus jeunes moyennant de la drogue. Trois ans après sa mort, le scandale fait rage et l'agent des services secrets qui détenait l'information est dans l'embarras.
Cest sûrement le cauchemar de tout agent secret. En novembre, un membre des services secrets hollandais reçoit une visite inattendue. À sa porte Peter R. De Vries, le chroniqueur judiciaire le plus célèbre du pays. Il lui tend deux disquettes et lui confie : Je crois qu'elles vous |
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appartiennent. Elles contiennent des fichiers confidentiels. Vous les avez laissées dans le coffre d'une voiture de location
. Une blague ? Pas selon Peter R. De Vries qui anime un show sur la chaîne SBS 6. C'est lui qui a révélé toute l'affaire. Cette fâcheuse expérience serait donc arrivée à un agent de la branche rotterdamoise des services. Pis encore, les deux disquettes ont passé près de deux ans dans les tiroirs de la société de location avant d'atterrir entre les mains de la presse. Mais la véritable bombe, c'est le contenu des fichiers : la vie sexuelle clandestine de Pim Fortuyn, le charismatique et populiste leader d'extrême-droite. Celui-là même qui a fait voler en éclat le modèle néerlandais de la tolérance, le fameux vivre et laisser vivre, socle de la Hollande multiculturelle - le politicien l'a d'ailleurs payé de sa vie,assassiné par un militant d'extrême-gauche en 2002.
Evidemment, dans son pays, la vie sexuelle des politiciens n'intéresse personne. Le problème ? Eh bien, Pim Fortuyn, ouvertement homosexuel, organisait des orgies avec ses amis durant lesquelles ils avaient des rapports sexuels avec de jeunes Marocains, rapports rémunérés par de la drogue. L'âge des Marocains ? Le AIVD, seul à savoir la vérité, reste discret là-dessus. En revanche, Peter R. De Vries affirme qu'ils avaient moins de 18 ans. Sachant qu'aux Pays-Bas, le sexe entre deux personnes consentantes est légal à partir de 16 ans, il n'est pas illégitime de penser que ces jeunes Marocains pouvaient avoir cet âge-là ou moins
Toujours selon De Vries, les disquettes contiennent des témoignages d'un informateur du AIVD sur ces orgies homosexuelles secrètes, tenues dans le domicile d'un politicien socialiste à Rotterdam. Il y décrit des scènes insoutenables : les jeunes Marocains, prostitués pour la plupart, enchaînés aux murs, dans des pièces rappelant les chambres de torture médiévales
Des révélations que le AIVD n'a jamais nié jusqu'à présent. De tels agissements sont inqualifiables ! Et dire que cela se passait chez un homme de gauche !. Khadija Aarib, députée marocaine aux Pays Bas, est scandalisée.
C'est d'ailleurs cette hypocrisie que la presse a d'abord relevée au moment où le scandale a éclaté. N'était-ce pas ce même Fortuyn qui voulait être ferme avec l'immigration et l'Islam ? C'est bien lui qui a fait sa gloire à coups de positions radicales contre les Marocains ? Et toujours lui qui était favorable à une révision de l'article premier de la constitution hollandaise, selon lequel l'égalité est garantie à tous, quels que soient la race, le sexe ou la religion ? Hypocrisie ? Aucunement, dans l'esprit du leader disparu. De Vries rapporte les propos de l'informateur des services secrets qui aurait entendu Fortuyn affirmer C'est comme cela qu'il faut traiter ces Marocains. D'abord, on les b
et ensuite on les jette dehors !. Choquant, mais pas improbable. En 2002, durant un débat télévisé, pris à partie par son adversaire socialiste qui l'accusait de ne rien connaître des Marocains des Pays Bas, Pim Fortuyn, sans se démonter, sourit et répond : Que voulez-vous dire ? Je couche avec eux !. N'a-t-il pas affirmé par ailleurs que la pédophilie est comme l'homosexualité ou l'hétérosexualité. On naît avec et on n'y peut rien.
Membre du conseil de la ville de Rotterdam, Brahim Bouzrik ne cache pas sa colère. C'est impardonnable ! La pire chose que vous puissiez faire à des parents marocains c'est de toucher à leur enfant. Etrange réponse : M. Bouzrik pense-t-il que des parents néerlandais seraient moins outragés ? En tout cas, il va sans dire que lui, comme le reste de la communauté marocaine, est sous le choc. Khadija Aarib compte suivre le dossier de très près : J'espère que tout cela n'est pas vrai mais si ça l'est, il faudra mener une enquête sur cette affaire !, demande-t-elle.
Des organisations marocaines à Rotterdam se sont adressées, il y a un mois, au maire de la ville, exigeant une enquête sur de possibles liens entre le scandale Fortuyn et des réseaux pédophiles abusant d'enfants marocains. En vain. Ivo Opstelten a opposé une fin de non recevoir à leur pétition, signée pourtant par 33 associations et mosquées. Son argument : le Parquet de la ville a déjà décidé que les preuves étaient insuffisantes pour lancer une telle investigation. Ce qui fait dire à Mohamed Talbi, le porte-parole des organisations et des mosquées marocaines à Rotterdam que les autorités hollandaises se désintéressent de l'affaire car les victimes sont marocaines. Les autorités arrivent toujours à trouver les jeunes de notre communauté quand ils enfreignent la loi. Maintenant qu'ils sont des victimes possibles de ce crime horrible, le silence règne. Victimes ? une minute
Ces jeunes vendaient leurs corps à en croire l'informateur de l'AIVD. C'est un secret de polichinelle. Il y a de jeunes Marocains qui se prostituent. Parfois, ils sont mineurs. Pour les familles, c'est un tabou mais il faut aujourd'hui le briser. Elles doivent porter plainte. Et si elles ne le font pas, le Parquet n'a rien à se mettre sous la dent. Pas de victimes, pas de procès.
La fièvre des premiers jours est retombée, du moins dans les médias. Aujourd'hui, la presse ne prête plus attention à ce qu'a fait Fortuyn ou pas. Une explication objective est que ni l'homosexualité ni la prostitution ne sont criminalisées aux Pays -Bas. Une autre serait que Fortuyn n'a jamais caché ses goûts sexuels. Et puis, traditionnellement, la presse épargne la vie privée des politiciens. Sa notoriété sera-t-elle entachée par cette affaire ? L'engouement pour le dandy à la tête rasée, qui roulait en Rolls, affichait des manières d'aristocrate tout en tenant un discours racoleur, était proprement incroyable. Exemple : en 2004, quand les Néerlandais ont été invités à choisir la personnalité la plus prestigieuse de leur histoire, ils n'ont pas élu Guillaume le Taciturne, père de la nation et héros de l'indépendance ni Rembrandt, ni Vincent van Gogh. Ils ont ignoré la légende universelle de l'holocauste, Anne Frank. Même le meilleur joueur de foot européen, vedette de tous les temps, Johan Cruijff n'a pas eu leur faveur. Aucun d'eux n'a pu battre Fortuyn. Et s'il n'avait été fauché en plein gloire, il aurait fêté le raz-de-marée de son parti aux législatives de 2002. |
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Les services et les Maroco-hollandais.
Des bavures à répétition
Comment un agent secret peut-il oublier des disquettes contenant de l'information classée top-secret et extrêmement sensible, dans une voiture de location ? Comment peut-il mettre deux ans à le réaliser... lorsqu'un journaliste les lui présente ? Ce n'est pas la première bavure des services néerlandais. Le manque de protection dont a souffert le cinéaste Theo van Gogh a souvent été attribué au refus de l'AIVD de partager avec la police d'Amsterdam ses renseignements sur la radicalisation de son assassin, le Mohamed Bouyeri. Il y a aussi cette autre bêtise en 2004, d'un autre agent de l'AIVD qui n'a jamais retrouvé son ordinateur portable oublié dans un train, alors que son disque dur contenait des fichiers confidentiels sur le fameux réseau islamiste terroriste aux Pays- Bas, le groupe Hofstad. Mais peut-être la plus grave erreur de ces services secrets a-t-elle été l'affaire Outman Ben Amar, un Maroco-néerlandais. Cherchant désespérément des collaborateurs qui parlent darija et berbère après les attentats du 11 septembre, l'AIVD le recrute en octobre 2003 comme interprète. Il traduit des informations secrètes comme les conversations téléphoniques entre membres du Groupe Hofsatd. Il y a moins de deux mois, un juge néerlandais condamnait Ben Amar à quatre ans et demi de prison
pour avoir livré ces informations au même Groupe Hofstad ! |
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