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N° 208
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB se demande si Monsieur le ministre de la Justice va se poursuivre lui-même…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C'est en s'égarant dans les pages “politique” d'un estimable journal que notre héros Zakaria Boualem est tombé sur cette étonnante déclaration de notre non moins étonnant ministre de la Justice. Voici ce qu'il dit : “Le Parquet se tient prêt à poursuivre quiconque sera impliqué dans le publication de messages visant à désespérer le citoyen”. Le Guercifi a lu et relu cette phrase pour être certain qu'il avait bien compris le message de Monsieur le ministre de la Justice. Parce que s'il y a une chose qui désespère profondément Zakaria Boualem, c'est bien cette déclaration de Monsieur le ministre de la Justice. Justement... Du coup, Zakaria Boualem se demande si Monsieur le ministre de la Justice, pour rester cohérent, va se poursuivre lui-même. Un homme qui se poursuit lui- même, logiquement ça tourne en rond. Pourtant, Zakaria Boualem, qui a étudié la mécanique des fluides, estime que Monsieur le ministre de la Justice ne tourne pas en rond, il s'enfonce. Ce n'est pas incompatible, remarquez, les chignoles font pareil. Zakaria relit encore la phrase puissante du ministre. Et plus il la relit, plus il a l'impression pénible qu'on le prend pour un crétin. Ou alors, à la limite, un gamin, un gamin qu'il ne faut pas désespérer, le pauvre, qui ne doit pas regarder des films avec du sang dedans ou écouter des blagues sexuelles. Oulala... Il est condamné, pour garder le moral, à se limiter à la page une du Matin du Sahara, et, les soirs de fêtes, à regarder la sahra fannia avec des chanteurs à cravate. Comme ça, il sera content, il continuera à travailler comme un crétin, à payer ses 44% d'IGR sans avoir droit au moindre service public en retour et surtout sans poser de
questions. Pardon, j'ai dérapé. Il y a un service public en retour. Le service public implacable assuré par la justice de notre pays, qui assure tellement bien son service en retour qu'elle est capable de se retourner contre Zakaria Boualem lui-même. Bon, on le prend pour un gamin, disions-nous. Habiter au Maroc, c'est comme si on habitait chez ses parents. On prend soin de nous, on s'inquiète de savoir si on n'est pas désespéré. Zakaria Boualem n'est pas limité par des lois logiques, mais par l'humeur du système parental. Comme chez son père, il n'a pas le droit de mettre la musique trop fort, par exemple, il n'a pas le droit d'avoir la télécommande. ça n'a rien à voir avec la démocratie, c'est comme ça. Il peut s'amuser, mais à condition qu'il n'exagère pas. La notion "d'exagérer", bien sûr, ne dépend pas du code pénal mais bien de l'humeur du système, transformé en papa adoptif. Il ne faut pas qu'il existe trop fort, en fait, puisqu'il n'est pas chez lui. Pour s'affranchir du système parental, il y a deux solutions. La première, c'est d'assurer son autonomie financière. Comme chez nous, puisque ceux qui ont beaucoup d'argent n'ont pas de problèmes avec la justice. Il y a aussi la solution numéro deux, qui consiste à plier bagages. Et c'est ainsi que le h'rig devient une fugue généralisée, rien de moins. Et tout devient logique. Du coup, Zakaria Boualem est content. Il aime bien quand ça devient logique. ça le rassure, même si la logique en question lui semble douteuse. Il sait qu'il habite chez ses parents, il sait qu'il les dérange un peu, qu'ils sont irritables. En bon garçon, il fera désormais le maximum pour se faire tout petit. Il ne fera rien qui puisse les contrarier, ou alors il se cachera. Il se coiffera avec une raie sur le côté, il mettra des mocassins à glands, il mangera de tout, même de la m'loukhiya s'il le faut, il demandera l'autorisation avant d'aller au café avec ses copains, jusqu'à quelle heure il a le droit de rester dans la rue ; il ramènera son bulletin trimestriel signé par son employeur. Et, s'il est un peu désespéré malgré ce beau programme, ben… il ne le dira pas à son papa, qui s'inquiète beaucoup pour lui.

 
 
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