Cest une chose positive de voir les autorités marocaines affirmer leur volonté de rompre avec les pratiques anciennes, et de chercher à donner un souffle nouveau aux relations complexes qu'elles entretiennent avec les Marocains de l'extérieur. Nous savons que si cette relation est reconstruite sur des bases saines et transparentes, chaque partie en retirera le meilleur bénéfice. De part et d'autre, le désir d'une réconciliation semble immense. Mais pour construire une stratégie durable, il importe de la fonder sur des bases rationnelles et mesurables. En premier lieu, apprenons d'abord à nommer les phénomènes avec des noms appropriés. Aucun Marocain vivant à l'extérieur ne peut se reconnaître dans cette malheureuse formule
MRE, Marocains résidant à l'étranger. Le mot résidant enferme en lui un sentiment de provisoire, ce qui n'est plus le cas depuis longtemps. L'immense majorité d'entre nous sont des citoyens à part entière des pays où ils vivent. En second lieu, il est nécessaire de reconnaître leur poids déterminant dans l'évolution de l'économie marocaine. Au-delà des chiffres des transferts de devises, les décideurs devraient leur accorder une place en conséquence dans les lieux qui déterminent les choix stratégiques. Comme beaucoup d'entre nous sont d'origine rurale, il serait astucieux de les associer aux chambres d'agriculture ou à tout autre organisme s'occupant du monde rural. Sur le plan des transformations des mentalités, la participation des Marocains de l'extérieur peut s'avérer fructueuse. Nombre d'entre nous sont diplômés des meilleurs établissements occidentaux et mènent une vie professionnelle au sein de groupes économiques dont l'influence n'est pas négligeable. D'autres, s'activent dans des établissements à vocation publique. Tous peuvent apporter au Maroc un sang nouveau grâce à leur savoir-faire et à leur rejet de l'arbitraire et de la corruption. Loin de moi l'idée de prôner un retour massif de ces compétences, ce serait illusoire. Plutôt une participation mineure en nombre mais majeure en dynamisme. Pour aborder tous ces chantiers, les Marocains, ont à accomplir une véritable révolution mentale. Il leur faut apprendre vite à être marocains autrement que sentimentalement. Ceux qui vivent au Maroc ont à reconnaître que l'apport des Marocains de l'extérieur a été important dans des domaines fondamentaux pour l'évolution des moeurs. Ils ont été de tous les combats pour la démocratie. Ils ont soutenu, voire même initié avant ceux de l'intérieur, des revendications considérées par le passé comme des tabous. Ceux qui vivent ailleurs doivent aussi prendre conscience que le Maroc traverse une période cruciale et quils ont lobligation morale de l'aider à passer le cap. Mais il appartient en tout premier lieu à l'état marocain de donner l'exemple. Par des accords bilatéraux, il pourrait consolider les droits des Marocains dans le sens de plus de liberté. Je pense par exemple aux droits des femmes en Occident, qui restent supérieurs à ceux des femmes au Maroc malgré l'évolution notable de ces dernières années. Le Maroc gagnerait aussi à accorder les mêmes privilèges à ses citoyens de l'extérieur qu'à ceux de l'intérieur et doit choisir : s'ouvrir ou s'enfermer. Les Marocains de l'extérieur sont vraiment une chance pour lui, à condition des les prendre pour des acteurs majeurs.