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Par Driss Bennani
Autonomie. Partis pris sur le Sahara
En novembre 2005, Mohammed VI a demandé à voir comment les partis politiques conçoivent concrètement l'exercice de l'autonomie au Sahara. Leurs copies ne sont pas encore prêtes. Mais les grandes lignes se dessinent déjà.
Le 6 novembre 2005, le roi rendait enfin officiel ce que susurrait aux médias (depuis quelques semaines) son secrétaire d'état aux affaires étrangères. Le Maroc est prédisposé à trouver une solution politique négociée qui confère aux provinces du Sud une autonomie permettant à leurs populations de gérer leurs propres affaires régionales dans le |
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cadre de la souveraineté du royaume, avait annoncé Mohammed VI dans son discours. Quelques paragraphes plus loin, le roi affirme avoir décidé (cette fois) de consulter les partis politiques
pour voir comment ils conçoivent concrètement l'exercice de l'autonomie
en vue d'affiner la proposition que le Maroc compte présenter à ce sujet. Clairement, le roi pose une colle aux partis politiques, habitués à déléguer la gestion de la cause nationale au palais. Dans son discours, il a été très clair (appréciez la formulation) : il veut voir comment les partis envisagent l'autonomie pour affiner la proposition officielle du pays. Plus qu'une consultation, le roi a donné un devoir aux politiques, analyse un observateur.
Les premières déclarations de satisfaction télévisées passées, il fallait (théoriquement) se mettre au travail. Premiers à se jeter dans le bain, les islamistes du PJD. Ils annoncent la tenue, début 2006, d'une conférence internationale sur les modèles d'autonomie dans le monde (toujours en préparation). D'autres partis leur emboîtent le pas et organisent des conférences, des visites sur place, etc. Toujours est-il que près de trois mois après le discours du roi, rien n'a encore filtré sur les propositions concrètes des partis politiques.
Istiqlal - USFP : RAS
Abbas El Fassi revient tout juste de Dakhla où son parti a tenu un impressionnant meeting dans le stade de la ville. Qu'a-t-il dit aux Sahraouis ? Grosso modo, qu'il fallait prendre d'urgence une décision favorisant la délégation de larges prérogatives aux provinces du Sud. Le parti n'a pas encore finalisé sa proposition mais El Fassi a déjà vendu la mèche à Dakhla, le parti penche vers une régionalisation élargie sous souveraineté marocaine. Un cadre du parti affirme que la réflexion butte sur un point élémentaire : L'idée de déléguer des compétences importantes au pouvoir local est aujourd'hui admise. La question est maintenant de savoir si le modèle sera élargi à toutes les autres régions ou pas. Autant dire que tout reste à faire
En attendant, le même cadre dit clairement sa préférence (et celle d'une grande partie de décideurs) au transfert de compétences aux organes déjà existant au Sahara (conseils de la région, provinciaux, etc), à condition qu'ils soient parfaitement élus. Bref, les istiqlaliens ne sont pas encore au point. Leurs alliés de l'USFP ne sont pas plus avancés. Une commission du Bureau politique planche sur une ébauche de proposition, dans l'esprit des orientations de Sa Majesté. Elle travaille sur la proposition de deux scénarios, minimal et maximal, prévoyant respectivement une autonomie élargie ou une autonomie politique. Nous ne nous limitons pas à cela, nuance Nouzha Chakrouni, le parti s'active de plus en plus dans le sud et cherche à s'implanter dans la région. Elyazghi et ses amis se rattrapent comme ils peuvent.
PJD, premier de la classe
Après avoir inspiré la caravane Silat Arrahim, le PJD passe à la vitesse supérieure. à l'occasion de la tenue de son dernier conseil national, le secrétariat général du parti a préparé une première plateforme de débat, soumise à un atelier consacré à la question du Sahara. Il en ressort quelques recommandations qui formeront, à coup sûr, l'ossature du rendu islamiste. Pour Lahcen Daoudi, l'autonomie doit être appliquée aux Sahraouis immédiatement, sans attendre un accord avec l'Algérie. Elle doit également être appliquée selon une extension spatiale de manière à englober toutes les tribus sahraouies que le découpage de 1975 a exclues. Le Maroc est chez lui, il doit gérer l'élément humain et pas la terre. Le PJD propose également l'élection d'une assemblée locale, organe régional suprême. Daoudi pose une condition à l'élection de cet organe : fixer un quota majoritaire de candidats sahraouis. Clairement, que 60% des personnes qui se portent candidates soient d'origine sahraouie, et que les 40% restantes soient ouvertes aux habitants non sahraouis du sud. L'astuce garantit ainsi que la majorité de l'assemblée sera constituée de locaux. Quelles prérogatives attribuer à cette assemblée locale ? Ce n'est pas encore finalisé mais cette assemblée peut gérer la taxe sur l'exploitation des phosphates, la pêche côtière et laisser celle de haute mer à l'état central. Elle aura un pouvoir proportionnel aux richesses qu'elle est amenée à gérer, confie Daoudi. Comme tous les autres partis, le PJD inscrirait volontairement l'autonomie du Sahara dans le cadre d'une véritable politique de régionalisation dans tout le pays. Et demain, une région peut-elle postuler à l'autonomie ? Niet, le parti d'El Othmani est catégorique là-dessus. Au Sahara, un problème politique est posé. L'autonomie est le prix à payer pour le résoudre, tranche Daoudi.
PSU, l'outsider ?
Au PSU, on pousse la réflexion un peu plus loin. Une autonomie politique poussée ne fera que du bien à notre système politique, commence par affirmer Mohamed Sassi qui explique l'esprit de la proposition de sa formation : l'autonomie peut être graduelle, et les compétences transférées de manière contractuelle entre le centre et la région selon la capacité de gestion de cette dernière. La région est également supposée disposer d'un parlement et d'un gouvernement locaux. Fidèles à eux-mêmes, les gauchistes du PSU mettent un préalable à tout cela : des réformes politiques profondes. Que peut bien faire un gouvernement local si le gouvernement central continue à faire de la figuration ?, se demande Sassi. Selon le PSU, la proposition officielle d'autonomie doit impérativement séduire les jeunes sahraouis, aujourd'hui encore sous le charme des thèses indépendantistes. Une forte proposition marocaine nous évitera également le risque d'une éventuelle internationalisation de l'affaire, scande Sassi. Du coup, le PSU préconise une réforme constitutionnelle qui confère de réelles prérogatives au gouvernement central et permette aux autres régions de postuler à l'auto-gestion quand elles s'y sentent prêtes. Rien que ça ! |
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Indépendantisme. Laccalmie ?
Parallèlement au meeting du parti de l'Istiqlal à Dakhla, le jeune Hamdi Lambarki (dont la famille accuse les GUS de l'avoir tué) a été inhumé dans la région de Laâyoune. Quelques sites indépendantistes ont véhiculé des photos montrant la dépouille du défunt couverte d'un drapeau du Polisario, tandis qu'une vidéo montrait une manifestation pro-polisario qui se déroulait à proximité. Des sources de la région confirment ces faits et tentent den minimiser la portée . Tout ce cafouillage a duré quelques minutes. Les notables de la tribu sont intervenus pour demander aux jeunes indépendantistes de respecter l'intimité du deuil de la famille, explique un observateur. Quelques jours plus tard, Aminatou Haydar était accueillie en grande pompe à sa sortie de prison sans que les autorités bougent le petit doigt. à quoi bon, de nouveaux affrontements donneraient de nouvelles interpellations, analyse notre observateur. |
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