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N° 209
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

Associatif. Le salut par le sport

(Christophe Cochain)

Deux associations de Rabat, l'Ovale et Jiwar, ont choisi le rugby et le football pour lutter contre l'échec scolaire. Essai ou but, ils ont marqué. Sur le terrain, c’est désormais prouvé : sport et études font la paire.


Mers El Kheir, à quelques kilomètres au sud de Rabat, la matinée est ensoleillée, quelques flaques d'eau parsèment un terrain de rugby en terre où bientôt du gazon poussera ; des enfants et des adolescents s'échauffent pendant que d'autres sont en cours de soutien scolaire dans une salle attenante. Nous sommes au siège de l'Association des
enfants de l'ovale, créée par Philippe Sella, international français de rugby et légende vivante, pour placer les valeurs de ce sport au cœur d'un projet éducatif et social. “Mon frère Saïd Zniber, ancien international de rugby pour le Maroc, connaissait Philippe. Ce dernier cherchait à développer les activités de l'association dans des pays où elle pouvait être utile. Saïd l'a convaincu de le faire au Maroc” explique Jamal Zniber, pharmacien et membre de l'association de l'ovale. La commune a fourni un terrain de 2,5 ha où l'association, grâce à des sponsors étrangers, a pu construire et aménager un terrain de rugby pour un montant d'un million et demi de dirhams. “Ici, il y avait un magnifique champ de plastique” raconte Christophe Cochain, conseiller en communication qui a mis son savoir-faire au service de l'association. Pour l'anecdote, les poteaux de rugby flambant neufs sont les premiers élevés au Maroc depuis 30 ans. Au Maroc, le football a chassé le rugby, sauf dans le cœur des gamins de l'association de l’ ovale qui ont abandonné les parties de ballon rond improvisées pour découvrir les valeurs d'un sport méconnu au Maroc. “Les 250 enfants de l'association se sont totalement appropriés ce terrain et le défendent. Le jour de l'inauguration, un gamin a réprimandé un adulte qui urinait contre le mur d'enceinte” raconte Jamal Zniber qui ajoute : “Le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen. On y apprend à respecter l'adversaire”. Et les filles aussi. Les entraînements sont mixtes, des gamines avec de vieux maillots du Stade Toulousain, équipe de rugby française, gambadent et plaquent d'autres garçons dans les règles de l'art : “Le rugby, on a désormais ça dans le sang” explique en riant Aziza, 16 ans, avant de rejoindre ses camarades de sport.

Le rugby, école de vie
Beaucoup de gamins ont pu canaliser leur énergie de manière positive comme Abderrazak, 15 ans, un adolescent costaud qui occupe le poste de pilier : “J'ai appris adab ici. Mes parents ne me reconnaissent pas”, déclare t-il avant de filer s'entraîner avec le reste de l'équipe. L'association a mis en place un système vieux comme le monde pour motiver les enfants : celui de la carotte et du bâton. “Ils ne peuvent jouer au rugby que s'ils participent aux cours de soutien. Les plus assidus dans leurs études et aux cours sont récompensés. On les emmène notamment, comme l'année dernière, participer à des tournois à Tanger ou Agadir” explique Jamal Zniber. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils prenaient le train et voyaient autre chose que leur quartier, des maisons modestes qui s'entassent à l'horizon à quelques encablures du terrain flambant neuf. Une fois par trimestre, les gamins ramènent leurs bulletins scolaires au centre afin que les membres de l'association puissent faire un suivi de leurs progrès. “Beaucoup d'instituteurs des écoles publiques alentour nous ont encouragés à continuer. Les enfants qui participent à nos activités sportives sont devenus plus assidus en cours” raconte Ali Laachach, ancien international de rugby marocain et entraîneur des enfants de l'ovale. Un gamin arrivé en retard à l'entraînement passe saluer Ali. “Quand ils arrivent, ils disent bonjour à tout le monde avant de rejoindre leurs camarades” explique t-il. Ali était prêt à mourir sur le terrain quand il jouait pour le Maroc. Cet amour du maillot teinté d'un patriotisme positif, il essaie, avec l'association, de l'inculquer aux enfants. “à la fin de chaque entraînement, nous jouons l'hymne national. Tous, des responsables aux enfants, respectent ce moment” raconte Ali. Aucun nationalisme de mauvais aloi derrière ce salut au drapeau, juste le désir de faire de ces gamins des citoyens à part entière.

Le football pour s'affirmer
Même son de cloche à l'association Jiwar dirigée par Zineb Khatib : “Quand vous êtes méprisé depuis votre plus jeune âge à l'école, comment voulez-vous aimer votre pays. Une fois adulte, vous n'avez plus qu'un désir, foutre le camp ailleurs” argumente -t-elle. Jiwar a choisi le vecteur du football pour réintégrer à l'école des enfants en situation d'échec scolaire. L'association a mis en place des équipes de minimes et cadets pour 60 gamins, à Menzeh, un douar dans les alentours de Rabat. Le terrain, niché au milieu de la forêt, à quelques mètres du village, est détrempé, une vache traverse le champ, coupant dans leur élan les gamins en plein échauffement. Mais cela n'arrête pas les adolescents, en maillots dépareillés, venus s'entraîner en prévision du prochain match de championnat de la ligue du Gharb. “Participer à cette compétition les a énormément motivés dans leurs études” explique Mohamed El Omari, entraîneur de l'équipe, et ancien joueur semi- professionnel, revenu dans son douar natal pour aider les jeunes du coin. L'équipe de Jiwar est d'ailleurs première de son championnat avec deux matchs gagnés sur deux matchs joués. Comme l'association de l'ovale, Jiwar demande leurs bulletins scolaires aux enfants pour récompenser les meilleurs. Ils ont pu ainsi jouer en match amical contre l'équipe des cadets du Raja et des Far. “On s'est fait laminer, mais l'essentiel n'était pas là. Avoir la possibilité de sortir du douar et de jouer contre d'autres équipes reconnues les motive d'autant plus pour étudier” explique Zineb Khatib. “Ila majabhache al kalam, yjibha al kadam” susurre timidement Hicham, stoppeur et capitaine de l'équipe. Ce sera sa seule déclaration, et c'est déjà beaucoup comparé au silence des autres qui regardent leurs chaussures pour ne pas croiser notre regard. “Les gamins d'ici sont très introvertis. On essaie de leur apprendre à s'affirmer par le sport et de les ouvrir à d'autres milieux” explique Zineb Khatib. S'affirmer dans un cadre bien établi : “On nous demande de respecter l'arbitre et ne jamais protester contre ses décisions” raconte Soufiane, 14 ans. Pour l'heure, l'association Jiwar a semé une graine, les résultats ne sont pas encore quantifiables, mais le processus est enclenché.



Préscolaire. Y a pas que le sport !

L’association Jiwar a mis en place des classes préscolaires dans deux écoles publiques de la région de Rabat, à Menzeh et à Aïn Aouda. Une autre classe de ce type devrait ouvrir prochainement à Salé. “C'est un vrai préscolaire comme celui des écoles privées. Les enfants y apprennent la psychomotricité, la sociabilité et franchissent le pas entre l'arabe dialectal et l'arabe classique” explique Zineb Khatib, à la tête de Jiwar. L'association prend en charge l'équipement des enfants, la formation et le salaire de l'éducatrice. Depuis 2001, 273 enfants ont ainsi pu se familiariser avec l'école avant le grand saut vers le primaire. Tous ces enfants passés par le préscolaire n'abandonnent jamais l'école, mieux encore, ce sont les meilleurs élèves de la classe à Menzeh comme à Aïn Aouda.

 
 
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