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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

Algérie. Bouteflika, le retour

Le président algérien
à son retour de Paris,
où il était hospitalisé. (AFP)

Abdelaziz Bouteflika a repris les rênes du pouvoir. Les Algériens ont eu des frayeurs, craignant que le président ne disparaisse. Annonçant "un nouveau départ", Boutef rassure les siens mais des réformes, qui s'avèrent de plus en plus urgentes, demeurent en suspens.


Il est rentré, samedi 31 décembre, juste à temps pour signer la loi de finances 2006 après cinq semaines d'absence. Le retour à Alger du président Bouteflika a coupé court, provisoirement, aux rumeurs qui ont circulé sur son état de santé suite à “un ulcère hémorragique” et
sur ses capacités à gouverner. Le deuxième grand absent, Yazid Zerhouni, le ministre de l'Intérieur, était lui aussi présent. Apparemment remis d'une greffe de rein. Pour bonnes qu'elles soient, ces nouvelles rassurent-elles les Algériens ?

Les Algériens soulagés
Depuis l'indépendance, en 1962, l'Algérie a vécu à trois reprises un vide au sommet de l'Etat. En 1978, Houari Boumediene s'est fait soigner à Moscou d'un mal inconnu. Dans le milieu des années 80, son successeur, Chadli Benjedid, a été évacué en Belgique pour être opéré d'une hernie discale. Son retour sera discret. Enfin, en 1996, Liamine Zéroual a été soigné à Barcelone pour, disait-on, un problème ophtalmologique.
La chaleur spontanée des dizaines de milliers d'Algériens, venus assister à la descente d'avion à Alger de Bouteflika, montre à quel point les Algériens sont heureux et soulagés. Mais chacun sait désormais que la maladie de “Boutef” a fait surgir une question que l'Algérien moyen ne se posait pas : et si le Président disparaissait ?
Jusque-là, pour les Algériens, le Président était indispensable. “N'oubliez pas que pour l'Algérien lambda, Bouteflika reste l'homme qui a ramené la paix civile et qui a mis fin aux violences islamistes et à dix ans de tueries. Sur le plan international, Bouteflika a sorti l'Algérie de son aphonie. Revoir Bouteflika a rassuré la population, pour qui son retour était synonyme de continuité du processus politique”, explique un journaliste algérien d'opposition. “Même s'il venait à disparaître, l'Algérie est sur de bons rails. économiquement, nous sommes très à l'aise. Notre cagnotte renferme plus de 60 milliards de dollars. C'est un matelas financier très confortable qui nous donne une visibilité à notre programme d'investissement”, poursuit notre homme pour qui les vrais défis s'appellent privatisation du secteur bancaire, modernisation du secteur éducatif et réforme de la justice.

“Tout va bien”
La presse locale a salué ce retour. Puis les spéculations ont repris après une nouvelle éclipse entre le 4 et 10 janvier. Toutefois, depuis une semaine Bouteflika s'est remis au travail. Le magazine Les débats se demande s'il s'agit là d'un “nouveau départ ?”. Les autres titres, Le jeune indépendant, Liberté, El Khabar et El Watan mettent en avant l'offensive présidentielle. Contactée par TelQuel, la Mouradia n'a de cesse d'affirmer laconiquement que “tout va bien”.
Mais avant, il faut se demander si le blocage des institutions est lié à la maladie du chef de l'état ? Pas si sûr. Car même si cet accident de santé a produit un flottement général de l'Etat, il révèle un malaise plus profond, né depuis le second mandat de Bouteflika. Le lifting des commandements militaires, l'esprit de la réconciliation nationale, la fermeté devant l'islam radical ne font évidemment pas consensus au plus haut niveau du pouvoir. C'est peut-être aussi ce qui a pu donner cette déliquescence du pouvoir légal dans un régime autoritaire. Mais depuis le retour de “Boutef”, comme par magie, les affaires ont repris.
Concrètement, Bouteflika s'est remis à la tâche. Après avoir assisté à la prière de l'Aïd, il a surtout présidé samedi dernier le premier conseil des ministres de l'année, “le premier depuis sa maladie, en novembre dernier”. L'occasion pour lui de reprendre la main et d'exhumer le dossier de la réconciliation nationale, gelé depuis trois mois. Bouteflika en a fait un point important et a annoncé que la promulgation des textes de loi est imminente. “On a aussi parlé d'une grande tournée présidentielle dans les wilayas du sud, déclare notre journaliste. Bouteflika veut inspecter l'état d'avancement des projets de relance économique (transfert d'eau potable et construction de la nouvelle ville de Hassi Messaoud)”. L'enveloppe allouée au projet a été revue à la hausse : il s'agit de 377 milliards de dinars.

Les réformes en suspens
Bouteflika devra aussi se heurter à trois autres dossiers sensibles : la loi sur la corruption, le dialogue gouvernement-archs et la révision constitutionnelle. Il y a quelques jours, les députés de la majorité présidentielle ont rué dans les brancards en repoussant l'article de loi sur la lutte contre la corruption. Les parlementaires du FLN et du Mouvement de la société pour la paix (MSP) ont refusé de déclarer leur patrimoine comme le leur demandait Bouteflika, pour aligner l'Algérie sur les normes internationales. Surprise, mardi dernier, le FLN révisait sa position, en demandant un réexamen du litigieux article 7.
Deuxième point chaud : la question berbère. Le Premier ministre Ouyahia et les représentants des wilayas tentent de prendre langue avec les délégués du mouvement citoyen. Il s'agit de trouver une issue à la situation en Kabylie. Avec à la clé, la signature de l'accord global, au terme duquel l'Algérie s'engage à reconnaître le tamazight sans conditions. Ce serait une étape historique dans la vie de la nation.
Le débat qui alimente le plus les discussions est sans conteste celui de la révision constitutionnelle. Mais il a changé de contenu. Avant la maladie du chef de l'Etat, il s'agissait d'ouvrir la voie à un troisième mandat. C'est maintenant l'élection d'un vice-président qui est évoquée. Nul doute que tous les acteurs politiques seront attentifs aux propositions du FLN, le parti du président. D'autant plus que ce débat constitue le coup d'envoi à la pré-campagne présidentielle de 2009.



Médias. Quid des rumeurs ?

Affichant une sérénité subite, les officiels algériens, relayés par une certaine presse, ont tancé les médias marocains et français pour avoir donné dans le catastrophisme lors de l'absence de “Boutef”. Le journaliste algérien Akram Belkaïd, basé à Paris, analyse qu'“il y a eu deux temps : d'abord un silence complet puis un emballement médiatique. S'il est légitime de se poser des questions, il ne faut pas que les journaux deviennent des vecteurs de rumeurs infondées”.
à Alger, un journaliste d'un quotidien d'opposition explique qu'une “deuxième vague de spéculations est survenue après le retour de Bouteflika et une nouvelle éclipse de dix jours. Les Algériens ont commencé à s'inquiéter”. Une rumeur, insistante disait qu'à terme, il serait “remplacé” par Lakdhar Ibrahimi. Le haut fonctionnaire des Nations-Unies a même été contraint de la démentir. Une autre évoquait une rencontre à Rabat entre militaires. “Ces rumeurs correspondent à la nature véritable du système, justifie ce journaliste. Dès que le président est malade, les conclaves et conciliabules des militaires reprennent”.

 
 
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