Autonomie. Partis pris sur le Sahara
Presse. Embargo sur l'image royale
Partis. L'USFP a peur de la démocratie
Justice. Père malgré lui
Associatif. Le salut par le sport
Reportage. Samedi soir avec un guerrab
Algérie. Bouteflika, le retour
France. L'immigration jetable
CGEM. Cherche président désespérément
Inancement. Le miracle (ou presque) du cinéma marocain
N° 209
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

Abdelkrim Khattabi (AFP)

Histoire. Khattabi restera en Egypte

Contrairement aux bruits qui ont couru depuis l’arrivée de l’Instance équité et réconciliation, le rapatriement du corps de Abdelkrim Khattabi, qui repose depuis 1963 dans un cimetière du Caire, n’est plus d’actualité. “L’IER a effectivement tenté de régler le question via le rapatriement du corps, nous explique Mimoun Charqi, membre du groupe de recherche Abdelkrim Khattabi qui suit de très près le dossier, mais les conditions sont loin d’être réunies”. Le chercheur met en avant la position de la famille du héros du Rif : “Saïd Khattabi (ndlr : fils d’Abdelkrim, qui vit en égypte) maintient que la priorité n’est pas de
rapatrier le corps mais de réécrire l’histoire d’Abdelkrim et du pays, c’est un préalable à toute réconciliation éventuelle avec le passé”. L’autre préalable défendu - à raison- par le clan Khattabi est le désenclavement et le développement humain du Rif qui, près d’un demi-siècle après la mort d’Abdelkrim, reste toujours en suspens. Ces actualités interviennent au moment où l’un des représentants les plus en vue de la famille Khattabi, son neveu Omar, est hospitalisé à Paris. A près de 80 ans, l’état de santé du docteur s’est brusquement détérioré il y a quelques semaines. Il a commencé par être hospitalisé à la clinique Sheikh Zayed à Rabat. “Mais il a fallu l’intervention royale, nous explique une source bien informée, pour que le malade bénéficie d’une plus grande attention et soit traité avec les égards dus à son statut”. Le malade a été, depuis, transféré dans une clinique parisienne où il reçoit toujours des soins, son état, comme on nous l’a confirmé, étant jugé inconstant.


Justice. Lâafora toujours en prison

Abdelaziz Lâafora, ancien gouverneur impliqué dans les scandales financiers de Casablanca, est toujours détenu à la prison de Oukacha. Un jugement de la Cour de cassation vient pourtant de lui accorder la “préférence de juridiction” (autrement dit la non-compétence des tribunaux ordinaires pour le juger) accordée aux anciens ministres, gouverneurs, walis, etc. “Il n’y a plus aucune justification légale à la détention de mon client, nous a déclaré son avocat Me Kharbachi. C’est un scandale que de garder Laâfora en prison, le juge d’instruction n’avait aucune compétence pour l’interroger”. Une conférence de presse devait avoir lieu cette semaine à la Cour d’appel pour expliquer sa libération (qui n’a finalement pas eu lieu). Il est en prison depuis février 2004.


Prostitution. Scandale en vue à Marrakech ?

Une chaîne de télévision espagnole, Antena 3, devait diffuser jeudi soir un reportage explosif sur le tourisme sexuel au Maroc. D’après un membre de l’Association du Sahara marocain, qui avait pu visionner les séquences montées, le film a été réalisé il y a près de deux mois par quatre reporters déguisés en touristes, équipés d’une caméra cachée. “On les voit passer devant une école à Marrakech et s’entendre dire par leur guide : allez-y choisissez, celles que vous voulez (parmi les collégiennes). On les voit encore solliciter une femme mûre qui leur propose sa propre fille !”. Deux commentaires : le premier est que ces images font mal au Maroc, le deuxième est qu’elles correspondent le plus souvent à une réalité inaliénable.


Essaouira. Moutons contre ordinateurs

Guéguerre bien sympathique entre les deux hommes forts d’Essaouira : l’homme d’affaires Miloud Chaâbi et le conseiller royal André Azoulay. Quand le premier distribue 1500 moutons à l’occasion de l’Aïd, le deuxième réplique en distribuant 10 000 ordinateurs aux ménages de sa ville natale. Les ordinateurs seront fournis par une association espagnole qui va lancer dans un premier temps cinq centres dotés d’un logiciel pédagogique, de façon à relier ces centres aux ménages souiris. Le projet dans sa globalité est géré par l’association Mogador, dont Azoulay est le président.


Harcèlement. Immigrés vs immigrées

L’information, relayée par un journal local, a provoqué un petit scandale en Espagne. “Des ouvrières marocaines dans les champs de Murcia (Est de l’Espagne) seraient victimes de harcèlement sexuel de la part d’intermédiaires marocains”. Pire, certaines ont déposé plainte et un haut responsable du gouvernement local a promis d’ouvrir une “enquête officielle”. Les associations de défense des immigrés se sont également approprié le dossier et comptent interpeller officiellement les autorités espagnoles pour mettre fin à ces pratiques. “C’est une première, avance un journaliste marocain installé en Espagne. Des Marocaines et des associations de défense des immigrés qui déposent plainte contre d’autres immigrés”.


Presse. crise au Matin du Sahara

Après la bourde de La Manana, nouvelle crise au groupe Maroc Soir. 8 journalistes, sur les 22 que compte le Matin du Sahara, ont affirmé leur désir de quitter le journal faisant jouer un point de l’article 15 du dahir sur le statut du journaliste professionnel (en cas de cession à autrui d’un organe de presse, un journaliste peut négocier son départ dans un délai de deux ans et moyennant indemnités). “Notre avocat a saisi le ministère de la Communication, l’instance de tutelle, pour réunir la commission d’arbitrage habilitée à statuer dans ce cas” explique Najib Lamrani, l’un des journalistes concernés. Hicham Senoussi, directeur du Matin, a répondu sur le même registre juridique, jugeant “le lien de confiance brisé”. Mercredi dernier, les 8 journalistes étaient interdits d’accès au Matin tandis qu’un huissier notait l’identité des autres journalistes présents dans les locaux du journal. La crise couvait. Charles Lambroschini, appelé par Othmane El Oumeir pour dynamiser le Matin, ne faisait pas l’unanimité dans la rédaction.



Billet. Le roi hyper-sollicité

(Driss Ksikes)

Le roi Mohammed VI n’hésite pas à se faire prendre en photo avec des anonymes, à accoler son haut patronage à une manifestation publique qui l’inspire, à distribuer des agréments au premier venu qui l’intercepte au feu rouge. Que veut le peuple ? être le prochain sur la liste, et c’est bien cela le drame. Tout le monde (ou presque) attend son tour. Le roi est devenu, dans notre société mal libérée et trop assistée, une deuxième providence. Et dans la volonté collective de lui quémander un bout de rêve, les maladresses se suivent et ne se ressemblent pas. Lundi, un agent de circulation a arrêté un automobiliste en effraction à Casablanca. En lui tendant son permis de conduire, le chauffard a glissé dedans une photo prise avec le roi. Le policier, nullement intimidé par les allures du monsieur qui bombait le torse, lui fait savoir que le roi lui-même s’arrête au feu rouge, parfois. La providence royale n’a rien pu y faire, il passera à la caisse. Mercredi, à Rabat, les architectes du royaume étaient réunis pour cogiter sur ce qu’ils peuvent faire afin de favoriser la dynamique de l’INDH. L’un d’entre eux demande au président de séance, en off, “à quoi rime cette grande messe ?”. Réponse de l’architecte en chef, “il faut savoir semer pour récolter”. Entendez : chanter les louanges du seigneur pour avoir une part de sa baraka. Seul butin récolté, à la fin de la journée de réflexion, le ministre de tutelle a dédié la journée nationale de l’architecte à Sa Majesté. Dorénavant, les architectes attendront la providence. Partout, la même logique se répète. Le roi est sollicité à tout bout de champ. Ceux qui attendent un tribut en retour repartent parfois les mains vides. Mais le roi, lui, est sûr d’être l’objet de toutes les attentes. À tous les coups.



Appel citoyen. Herzenni passe à l’ONG

Après avoir été un manifeste (et une pétition qui a récolté moins de 9000 signatures de en sept mois), “l’appel citoyen” s’est finalement transformé en une association dont l’assemblée constitutive s’est tenu le week-end dernier. Pas de surprise, c’est Ahmed Herzenni qui a été élu secrétaire national. Sur la raison d’être de cette ONG bien née, qui a eu droit à une large couverture par les médias officiels, l’un de ses fondateurs nous a fourni l’explication suivante : “On ne peut plus laisser bafouer les fondements de notre pays (à l’instar du drapeau national, de plus en plus malmené par les Sahraouis indépendantistes) sans réagir”. Agissez, messieurs, agissez...


Crime. Coupable de… rire !

Le Marocain Mustapha Idrissi dîne tranquillement, un soir de 2003, dans un restaurant de Belfort (France) lorsque tout à coup, il s’empare d’un couteau de cuisine, le plante dans la gorge de Claude Zampis, un Français assis à une autre table. Ce dernier meurt. Le plus étrange, c’est qu’avant d’en arriver à ce drame, il n’y a eu aucune dispute, ni provocation, ni même de discussion entre les deux hommes. Le seul crime de Zampis était, apparemment, d’être en train de rire, ce qui a profondément irrité Idrissi, chômeur en fin de droits, donc fortement malheureux. L’argument de la “folie passagère” n’a pas convaincu le jury qui vient de le condamner à 12 ans de prison . Un autre argument d’Idrissi, celui d’être “un ch’rif authentique”, n’a manifestement pas plus influencé le jury .


Clandestins. La mer patrie

Deux clandestins algériens n’ont plus que la mer pour patrie durant plusieurs semaines, ballottés entre l’Europe et l’Afrique du Nord à bord d’un porte-conteneurs marocain. L’aventure des deux hommes a démarré en novembre dernier quand ils avaient réussi, en compagnie de six sub-Sahariens, à se faufiler à l’intérieur du Kenza, propriété de la compagnie marocaine IMTC. Arrivés à Rotterdam, les sub-Sahariens ont été autorisés à fouler le sol néerlandais, mais pas les Algériens, refoulés… vers la mer. D’après nos sources, les deux hommes seront bientôt de retour au port de Casablanca. Ils ignorent le sort qui leur sera réservé.



3 questions à Abdelkhalek Louzani (Président de l’amicale des entraîneurs de football)

Vous présidez l’Amicale des entraîneurs marocains, vous êtes vous-même un ancien sélectionneur national ; comment évaluez-vous les chances marocaines dans cette coupe d’Afrique qui démarre ?
Il est encore trop tôt pour faire une évaluation proprement. Tout dépend des matchs et comment ils seront abordés l’un après l’autre. N’oubliez pas qu’en football, sur un seul match, ce n’est pas forcément la meilleure équipe qui gagne. Je peux dire que les chances marocaines resteront intactes, au-delà du premier match.

Est-ce que la coupe d’Afrique peut échapper à l’Égypte ?
L’égypte est dans notre groupe de qualification, il ne faudrait surtout pas que nos joueurs partent là-bas avec ce complexe. Dans l’histoire de la CAN, ce n’est pas forcément l’équipe qui reçoit qui triomphe. C’est loin d’être une évidence, tout se joue sur le terrain.

Est-ce que Fakhir survivrait à un éventuel échec, si le Maroc ne parvenait pas à passer le premier tour ?
Il faudra poser la question aux membres du bureau fédéral, eux seuls ont la réponse. Mais il serait bon de rappeler que, dans un passé récent, le Maroc a plusieurs fois échoué au premier tour. Si cela se produit encore en Egypte, il conviendrait d’entamer ce qu’on se refuse encore à faire : une auto-critique.


Tourisme sexuel. Le retour de Servaty

Coucou, le revoilà. Philippe Servaty, le touriste belge qui a été derrière le scandale des CD pornographiques d’Agadir, serait de retour. Des internautes affirment en effet avoir retrouvé la trace de “Belguel” (son ancien pseudonyme) sur un nouveau forum de pornographes, cette fois sous le sobriquet de Raoul. L’amateur a repris du service, avec le même acharnement, abreuvant le forum d’images pornographiques de nouvelles “prises” effectuées, cette fois-ci, en république dominicaine, ce qui contredit la “rédemption” du touriste en question, recueillie il y a quelques mois par la télévision belge. Ce nouveau rebondissement, conjugué au fait que deux des victimes de Servaty croupissent toujours en prison (à Inezgane), ouvre la voie à une nouvelle offensive de l’association Anaruz, basée à Agadir. “Nous envisageons de lancer une nouvelle pétition, nous a déclare un dirigeant de l’ONG, pour demander, entre autres, l’extradition de servaty pour qu’il soit jugé au Maroc. La passivité des autorités marocaines à son égard devient intolérable”.


Médecine. Moroccan cactus

Qui s’y frotte ne s’y piquera plus ! Les bonnes vieilles figues de Barbarie du Maroc serviront bientôt de remède contre le cancer. L’information qui a été rapportée par l’agence de presse américaine AP fait état d’essais médicaux réalisés aux états-Unis sur des chiens atteints de cancer. Des scientifiques américains ont ainsi pu constater de visu les effets positifs de cette substance extraite des cactus nationaux. Une expérience a été menée dans ce sens sur un chien souffrant d’un cancer. “La substance chimique a détruit le nerf transmettant la sensation de douleur à partir des cellules cancéreuses”, résume l’AP. Bonne nouvelle.


Affaire Badraoui. Une grâce capricieuse

C’était il y un mois. Le 13 décembre dernier, Abderrahmane Badraoui, ancien directeur de Al Moulahid Assiyassi, recevait l’annonce de sa grâce. Un soulagement au goût de plomb. Le journaliste, emprisonné car condamné (2 fois) depuis janvier 2002 pour “usurpation de fonction” (condamnation qu’il continue de récuser), a vite vu sa libération effective suspendue à l’abandon de sa requête déposée près la Cour suprême. Telle est la condition, énoncée par le ministère de la Justice, pour que le Parquet valide la procédure de “confusion des peines” qui seule permet sa sortie de prison. Badraoui s’est finalement résigné à accepter cet “accord”, ce qu’il attestera par écrit jeudi 26 janvier, dans l’espoir de sa libération. “Je ne supporte plus mes conditions d’incarcération”, crie le journaliste qui, au sein de la prison de Mohammedia, subit également des pressions pour abandonner le procès entamé contre le gardien qui l’aurait agressé fin octobre.



Humeur. Paranoïa story

(Par Karim Boukhari)

Dans son édition du 18 janvier, le journal Attajdid titre : “Les émigrés africains provoquent la hausse de prix des produits de contrebande entre l’Algérie et le Maroc”. Dans sa dernière livraison, excellente par ailleurs, l’émission Tahqiq rapporte que la consommation nationale de drogues psychotropes est principalement liée à des réseaux de contrebande en Algérie. En bon consommateur d’Attajdid et de 2M, j’ai retenu, grosso modo, que l’Algérie drogue nos enfants et que les clandestins africains sont derrière la cherté de nos produits de base. J’ai alors de bonnes raisons de haïr mes amis algériens et africains puisqu’ils sont à l’origine d’une bonne partie de mes soucis…
Un ami m’a fait parvenir un email alarmant dans lequel il m‘informe qu’un journal danois aurait lancé un concours de caricatures dédiées au prophète. Plus loin dans le texte, il m’explique, en reproduisant les passages d’un prêche diffusé par un autre site : “Les douze caricatures retenues et publiées dessinent notre prophète vêtu d’un chapeau plein?? d’armes et d’explosifs ou en train de faire la prière d’une façon humiliante”. Ce que mon correspondant s’est retenu de m’écrire, c’est qu’il est mû, désormais, par une haine absolue du Danemark, de la caricature (mon ami Belaïd Bouimid ne sera pas content) et, plus généralement, de “ce monde occidental qui piétine impunément nos valeurs”.
Malgré les raccourcis, ces anecdotes me rappellent combien il est facile de haïr l’autre, de préférence quand il est algérien, africain ou occidental. Et combien il est difficile de démonter un raisonnement paranoïaque parce que, comme le disait l’un de mes professeurs : “Le paranoïaque est convaincu d’avoir toujours raison”.



VITES !

Quand les évènements publics royaux sont décalés dans le temps, tous les invités paniquent et les organisateurs s’arrachent les cheveux (cf. le dernier grand raout de la fondation Mohammed V). Le Protocole royal a émis, cette semaine, un communiqué informant qu’une inauguration royale prévue lundi à Tanger a été repoussée à mercredi - expliquant même pourquoi.


La famille de Mehdi Ben Barka vient de diffuser un communiqué qui critique vertement les conclusions de l’Instance au sujet du célèbre disparu. “En refusant de pointer les responsabilités qui ont amené à l’enlèvement et à l’assassinat de Ben Barka (…), l’IER a pris le risque de voir enterrer définitivement le dossier”.


C’était dans toute la presse cette semaine : le Parlement est fier d’annoncer qu’il a bouclé, pour la seule session d’automne, 37 lois ! Un beau record. Ce qu’il oublie de préciser, c’est qu’aucune n’émanait de lui, mais que toutes venaient de l’exécutif. Et ils s’énervent quand on leur parle de “chambre d’enregistrement”...

 
 
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