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N° 210
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Courtes pensées sur le sport. Mieux vaut en rire


(AFP)

Mais qui a dit déjà que nous sommes une nation sportive ? Sans doute quelqu'un qui s'est lourdement trompé. En demi-fond, nous avons (avions ?) des talents, certes, mais dont le mérite revient davantage à des efforts et des capacités individuels qu'à une politique concertée sur le plan national. Le tennis a connu son moment de gloire avec les trois grands des années 90 ; mais personne ne semble avoir pensé qu'ils puissent prendre de l'âge, et leur retraite avec. Là aussi, pas de politique concertée sur le plan national. Quant au foot, ah le foot !... Une bonne équipe, talentueuse itou, un encadrement excellent, mais que la politique concertée sur le plan national s'est échinée à démolir. Et les résultats sont brillants, comme on peut le voir. Pour les quelques
dizaines d'autres disciplines olympiques, le Maroc est aux abonnés absents : pas de gymnastique, pas de cyclisme, pas de natation, pas de sauteurs, lanceurs, sprinters. Tout est donc à faire, et le mieux serait déjà de (re)créer un ministère des Sports… Nous sommes tombés si bas dans le domaine que nous en serions (presque) réduits à nous accommoder de le voir confié à Abbas El Fassi !

Rachid Binsina, Casablanca



La fête du sacrifice


Dans son éditorial du n° 208, ARB explique que l’Aïd le Grand n’est pas une obligation religieuse, que c’est “à l’imam qu’il revient de sacrifier au nom de TOUS les musulmans”. Nous devons donc rompre avec un comportement grégaire qui consiste à tous reproduire un geste biblique à la charge symbolique forte. Or, la question n’est pas de savoir si la tradition de sacrifier un bélier à cette occasion est une obligation religieuse. Il s’agit plutôt d’en rechercher les raisons que je crois être anthropologiques. Car, pour être efficace, une tradition quelle qu’elle soit, repose sur une pratique sociale ancrée et non seulement sur l’observance littérale de règles religieuses. D’autre part, les traditions font peu de cas de la rationalité moderne et s’inscrivent dans une tout autre rationalité, celle de cet instinct grégaire qui fonde le lien social. Vouloir supplanter une rationalité vieillotte par une nouvelle est un objectif salutaire mais il faut beaucoup de temps.

La question qui mérite réflexion, en attendant, est la forme de la tradition plutôt que son contenu. La société d’aujourd’hui s’accommodera de moins en moins d’une “fête” qui se présente sous une forme quasi-immuable. Or les signes de son essoufflement sont de plus en plus visibles, notamment en ville et dans les “classes moyennes” : moins d’enthousiasme, sensibilité des enfants à la vue d’un rituel sanglant, disponibilité de la viande, même en quantité modeste, en dehors de la fête, désagrément et surcharge de travail notamment pour les femmes... Certains hôtels proposent déjà des formules plus intelligentes qui ne sont pas accessibles au plus grand nombre : demi-pension, aïd compris, au moins dans ses traits les plus significatifs.

Il en existe deux difficiles à remplir par la formule touristique : la rencontre des familles, le sentiment d’appartenance, les retrouvailles de bombance après des mois “d’indigence sociale” et le gueddid qui résume, pour bon nombre de nos compatriotes, la fête tout entière. Par conséquent, il faudrait penser à d’autres formes moins onéreuses économiquement et socialement. Seule la pratique sociale pourra les définir. Le processus de changement commence déjà puisque la fête a beaucoup évolué en l’espace d’une seule génération.
En attendant, sa forme sera toujours le reflet de l’état de la société. Son observance ou pas ne pourra se décréter car elle ne dépend pas d’un pouvoir politique mais d’un pouvoir social dont la force est d’astreindre le plus grand nombre à se conformer à une majorité par des moyens à l’efficacité éprouvée.

Ahmed Skounti, Anthropologue, Marrakech

 
 
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