Grande enquête. Nos jeunes sont inquiétants
Interview. "Abdelkrim Khattabi ne se battait pas contre le roi"
Parcours. Pour le Polisario, contre l'Algérie
Santé. Dangereux liens de sang
Clandestins. Et vogue la galère...
Victoire du Hamas. Un séisme politique
Assurance. Un courtier club des grands
Musique. Le rap en fusion
Portrait. "J'ai été élevé dans la honte"
N° 210
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est


Exclusivité TelQuel. Qui sommes nous ?
(Le Best Of du “rapport du cinquantenaire” (4500 pages !), tel qu’il a été remis au roi.)

Un rapport étonnamment critique

Un travail colossal. Comment qualifier autrement la production d'une centaine de textes par autant d'experts (le tout totalisant 4500 pages) proposant un bilan complet, chiffré et fouillé de tout ce qui a été réalisé au Maroc depuis 50 ans… et des perspectives pour 2025 ?

Une question, évidemment, saute tout de suite à l'esprit : ces chercheurs ont-ils travaillé librement ? Vu la fonction de leur coordinateur en chef (Abdelaziz Meziane Belfqih, un des plus proches, sinon le plus proche conseiller du roi Mohammed VI), la question est légitime. Mais la réponse, aussi surprenant que cela puisse paraître, est oui. “Ce qui doit être dit sera dit, dans les termes qui conviennent, mais ce sera dit quand même”, avait prévenu Meziane Belfqih, dès le lancement des travaux. Un des experts, l'économiste Noureddine El Aoufi, le confirme : “Nous n'avons senti aucune ingérence de la part de quiconque. Meziane Belfqih venait assister à nos réunions thématiques, mais juste comme observateur”. Il y a bien eu quelques petits couacs, quelques petits réflexes d'allégeance de quelques experts (lire l'article de Driss Ksikès, en page suivante)… Mais dans l'ensemble, le “Rapport du Cinquantenaire” est un bilan exhaustif et passionnant, du chemin que nous avons parcouru (dans le bon sens comme dans le mauvais) depuis 1956. La synthèse de ce rapport (traduite en 5 langues dont le tamazight !) a déjà été diffusée. Mais TelQuel a obtenu, en exclusivité, l'intégralité des travaux - et nous avons pu vérifier, par nous-mêmes, la réelle dimension critique des rapports partiels comme du rapport final. En voici donc “le Best Of”. Pour savoir qui nous sommes, d'où nous venons… et où nous allons. Bonne lecture.

A.R.B


Par Driss Ksikes

Petits secrets d’un rapport colossal

Réunion du comité directeur
du rapport du cinquantenaire,
à l’université Al Akhawayne
d’Ifrane. (DR)

Il est né d'une lettre royale. Il a été piloté par un conseiller du roi. Mais les chercheurs n'ont senti aucune ingérence, tout juste des réglages subtils. Et tous reconnaissent que les apports sont inégaux mais craignent que l'élan laudateur ne prenne le dessus sur la lecture critique du rapport.


Le samedi 21 janvier 2006, une soixantaine de personnes sont réunies pour valider le Rapport général sur le Cinquantenaire. Ce document est censé être “la vitrine politique” des quelque 4500 pages qui composent le tout. Ces sous-rapports, assumés par des chercheurs,
individuellement ou collectivement (c'est selon le sérieux des équipes) n'édulcorent pas la vérité. “L'objectivité et l'équité” demandées par le roi à propos de ce bilan d'étape y sont largement respectées. Mais lorsqu'on en est venu au document majeur, qu'assume éditorialement le comité directeur, des questions inattendues se sont posées : “Faut-il vraiment y parler du rôle de la religion ? Cela vaut-il le coup d'y évoquer la question constitutionnelle ?”. Des membres, qui ont jusque-là brillé par leur absence, se dressent soudain en censeurs. Ils oublient que “le roi a commandé la vérité et que nous nous devons de lui dire la vérité”, commente l'économiste Noureddine El Aoufi. Le comble, explique Mohamed Tozy, est que “cette surenchère intervient après que le roi a reçu les participants. Du coup, certains se sentent obligés de se mettre en posture politiquement correcte”. L'économiste et homme de gauche Najib Akesbi se souvient de ce que lui a promis le conseiller du roi et chef d'orchestre du projet, Abdelaziz Meziane Belfqih, au sujet de ce rapport général : “ce qui doit être dit sera dit, dans les termes qui conviennent, mais ce sera dit quand même”.

Le Cabinet royal, dedans-dehors
Dès le départ, le scepticisme est de mise. Cherchant à s'adjoindre des chercheurs crédibles, Meziane Belfqih ne peut faire l'économie de questions qui dérangent. S'agit-il d'un rapport du cabinet royal ? “Non, un rapport académique, scientifique, à la demande du roi”, tient-il à préciser. Quand le roi Mohammed VI propose, dans son discours du 20 août 2003, que “le jubilé de l'indépendance serve de pause pour évaluer les étapes franchies par notre pays en matière de développement humain”, le ton est donné. Lorsque les coordinateurs et chefs de file des domaines scientifiques respectifs sont réunis le 5 avril 2004, il est clair qu'il y a trois étages : le premier est celui de chercheurs qui signent individuellement leur papier. Le second est celui des chefs d'équipe qui produisent, après coup, un rapport thématique, dont ils portent la responsabilité. Enfin, le troisième étage est celui du rapport général, où il faut “mettre les formes pour le roi”. Dès le départ, Meziane Belfqih s'efforce de concrétiser cette volonté de dissociation par rapport au Cabinet royal qu'il représente : le secrétariat général du rapport est domicilié, dans un premier temps, à l'école nationale supérieure d'informatique et d'analyse des systèmes (ENSIAS), puis relogé au siège de la COSEF, bureau annexe du Conseiller royal. Sur les papiers, le travail étant entièrement bénévole, le commanditaire ne figure nulle part. Sur les en-têtes, Meziane Belfqih tient à garder uniquement la mention “Rapport du Cinquantenaire”, pour éviter de “donner au projet une allure officielle”. Mais le Palais n'est pas complètement hors du coup. Lorsque l'enquête nationale sur les valeurs est confiée à un bureau d'études, il est d'abord question du Cabinet royal pour payer la facture. Cela pouvait biaiser l'étude. Finalement, c'est l'Université Al Akhawayn qui va s'en occuper. Le Cabinet royal apparaît également via le rapport de perspectives, Maroc 2025, entièrement confié à Taoufiq Mouline, un cadre du Palais. Cela en a dérangé plus d'un. Finalement, son rapport a même été trop technique au goût des responsables et a été revu a posteriori. Bref, le Cabinet s'est montré le plus discret possible. En tout cas, Noureddine El Aoufi le confirme : “Nous n'avons senti aucune ingérence de la part de quiconque. Meziane Belfqih et Benmokhtar venaient assister à nos réunions thématiques, mais juste comme observateurs”. Au fond, le Palais a réussi, via le Rapport sur le Cinquantenaire comme avec celui de l'IER, la gageure de mettre en avant des gens crédibles, tout en se maintenant en back office. La comparaison est d'autant plus valide que les membres des deux instances ont entamé leurs concertations dès la fin 2004. “Deux réunions se sont tenues dans lesquelles nous avons accordé nos violons”, confie Meziane Belfqih.

Le PNUD, initiateur du rapport, non tuteur
Outre la paternité du Cabinet royal, le rapport a souvent été perçu comme “une commande du PNUD”. Normal, le développement humain est un credo de cette institution et un rapport sur le développement humain, le Maroc est censé en produire tous les ans à sa demande. Est-ce le cas de ce méga-rapport dont le roi a bien voulu qu'il soit l'émanation de l'intelligence marocaine ? “Au début, lorsque j'ai été contacté par Rachid Benmokhtar, cela m'a été présenté comme un projet du PNUD”, confirme Mohamed Tozy. Le fait que le résident permanent du PNUD au Maroc, Emmanuel Dierckx de Casterle, soit l'un des rares à siéger comme membre du Comité directeur et de la commission scientifique, a de quoi étayer cette thèse. Mais avec le temps, le tutorat accordé d'office au PNUD ne semblait plus être du goût de tous. Le déclic se produit le 18 juin 2005, lorsque l'ensemble des participants est convié à une méga-réunion d'étape à l'Université Al Akhawayn. Ahmed Rhazaoui, l'un des rares Marocains à avoir gravi tous les échelons du PNUD, est jusqu'alors pressenti comme rapporteur général. Sauf qu'à la surprise générale, sa synthèse des différents rapports thématiques donne froid dans le dos. Il dit en substance que “vu de l'extérieur, le Maroc est insignifiant et qu'au vu des rapports présentés, nous allons droit dans le mur”. Survenue tout de suite après le très makhzénien Taoufiq Mouline, son appréciation oblige, tour à tour, Meziane Belfqih et Rachid Belmokhtar à intervenir pour redresser la barre. “J'ai trouvé ses commentaires trop sévères et inutilement blessants”, explique Meziane Belfqih qui lui envoie la semaine suivante une lettre chaleureuse pour lui signifier qu'il est toujours le bienvenu. Mais c'en est fini de la tutelle du PNUD. Ahmed Rhazzoui se fondra dans la masse des intervenants.

Compétence de l'élite et débat politique
La réunion d'Ifrane et toutes celles qui ont suivi, ont donné une idée de la qualité du travail fourni, de manière complètement cloisonnée, par les uns et les autres. Il s'est avéré que sur le chapitre de la gouvernance, devant impliquer les réformes constitutionnelles, la séparation des pouvoirs et toutes les garanties d'ouverture et de transparence, le rapport était très frileux. Les mêmes frustrations ont été ressenties au sujet de la santé, où le déficit, énorme, a été atténué. “Nous n'avons pas fonctionné en toute indépendance”, confie l'un des chercheurs en la matière. Erreur de casting ? Choix délibéré de personnes peu engagées ? Toutes les explications sont données. Mais le constat est tellement flagrant qu'au niveau du rapport général, “nous nous sommes sentis obligés de rééquilibrer ces chapitres à la hausse, pour être plus crédibles”, reconnaît un rédacteur. Les réunions ont permis également de briser le mythe d'une élite marocaine performante. “Tout le monde s'est rendu compte qu'il y avait à boire et à manger, que les plus compétents sont rares”, note un membre de la commission scientifique. A l'arrivée, le rapport est très inégal. Enfin, le plus important, aux yeux de tous les participants, est que ces réunions aient permis une grande liberté de ton. Entendre Najib Akesbi parler publiquement de “la monarchie comme obstacle au développement”, ou encore Ahmed Toufiq préciser que “C'est l'islam que nous avons vécu, nous Marocains, non celui des textes qui importe”, voilà ce que retiennent les participants. Un débat franc, critique et sans langue de bois. Puis, surprise, une fois qu'ils ne sont plus entre eux, le discours devient plus mielleux. Que s'est-il passé entre-temps ? La communication officielle est passée par là. Et les esprits libres se sont tenus à distance. Aujourd'hui, ils crient tous en chœur : “sauvez ce rapport critique de la meute des laudateurs”. C’est avec joie que TelQuel y contribue.

Editing et commentaires : Ahmed R. Benchemsi

Le Maroc en chiffres
(Tout, tout, tout sur le Maroc d'hier, d'aujourd'hui… et de demain)

Réunion du comité directeur
du rapport du cinquantenaire,
à l’université Al Akhawayne
d’Ifrane. (DR)

Attention ! Les taux, graphiques et autres données statistiques présentés dans les 13 pages qui suivent sont tirés des 4500 pages constituant le rapport intitulé “50 ans de développement humain et perspectives 2025”, plus connu sous le nom de “Rapport du Cinquantenaire”. Mais le choix des données, leur lecture et leurs commentaires sont de la responsabilité exclusive de TelQuel.



Les auteurs du rapport

Le Comité directeur est responsable de la ligne éditoriale du rapport général, les modérateurs de groupes, également membres de la commission scientifique, sont les auteurs des rapports thématiques*


Comité Directeur
Abdelaziz Meziane Belfkih, président
Ahmed Toufik
Omar Azzimane
Mohamed Barkaoui
Driss Benhima
Rachid Benmokhtar
Rahma Bourqia
Hafid Boutaleb
Taieb Chkili
Sabah Chraïbi
Emmanuel Dierckx de Casterle
Mohamed Guessous
Mohamed Hajoui
Abdeljalil Lahjomri
Ahmed Lahlimi
Mohamed M'jid

Commission scientifique
Rachid Benmokhtar, président
Abdeslam Aboudrar
Aziz Ajbilou
Mohamed Ayad
Amina Balafrej
Mohamed Benelkhadir
Abdellatif Bencherifa
Amina Benkhadra
Mohamed Berdouzi
Mohamed Bijaad
Emmanuel Dierckx de Casterle
Ahmed Driouchi
Noureddine El Aoufi
Mokhtar El Harras
Ahmed Herzenni
Mohamed Kenbib
Ahmed Lamrini
Abdeladim Lhafi
Wajih Maâzouzi
Abdelhay Moudden
Tawfik Mouline
Saïd Mouline
Ahmed Rhazaoui
Mohamed Souafi
Mohamed Tozy
Myrième Zniber.

Groupes de recherche (modérateurs)
Démographie et population
Mohamed Bijaad

Société, famille, femmes et jeunesse
Rahma Bourqia

Croissance économique et développement humain
Noureddine El Aoufi
Ahmed Herzenni

Systèmes éducatifs, savoir, technologies et innovation
Ahmed Lamrini.

Systèmes de santé et qualité de vie
Wajih Maâzouzi

Accès aux services de base et considérations spatiales
Abdellatif Bencherifa
Mohamed Benelkhadir
Saïd Mouline
Mohamed Souafi

Pauvreté et facteurs d'exclusion sociale
Amina Balafrej
Mohamed Ayad

Cadre naturel, environnement et territoire
Abdeladim Lhafi

Dimensions culturelles, artistiques et spirituelles
Mohamed Tozy

Gouvernance et Développement participatif
Myrième Zniber

Groupe Perspectives (Maroc 2025)
Tawfik Mouline

Groupe Histoire
Mohammed Kenbib

* Faute de place, nous ne pouvons malheureusement pas citer tous les auteurs des rapports individuels qui ont contribué à l'élaboration du rapport du cinquantenaire. Mais ils méritent tous les éloges pour la qualité, la pertinence (et la liberté de ton) de leurs contributions.



Démographie.

La pyramide des âges s’inverse

C'est visible, il y a de moins en moins d'enfants et plus en plus de population en âge de travailler. Mais le commentaire de ce graphe, tel que présenté dans le document de synthèse officiel, est bien charitable. Il parle en effet de “fenêtre d'opportunité démographique qui peut se transformer en aubaine démographique s'il y a suffisamment de créations d'emplois”. Y en aura-t-il ? Aucune politique volontariste et radicale en matière de lutte contre le chômage n'est perceptible, pour le moment. Si on fouille plus dans le rapport complet, on découvre les projections sur 2060. Elles sont plutôt alarmantes. Si la baisse du taux de fécondité se maintient (et c'est certain), la population marocaine “vieillira” indiscutablement. Selon les projections, en 2060, les moins de 15 ans ne représenteront plus que 17,7%, les “actifs économiques” (15-59 ans), 55% et… les plus de 60 ans, eux, seront 27%. La réforme du système de retraites est inévitable. Et les “maisons de vieux” finiront par arriver chez nous un jour...


Les ruraux marchent sur la ville

Depuis 1993 il y a plus de citadins que de ruraux au Maroc. Est-ce une bonne nouvelle ? Pas si sûr… Entre 1994 et 2004, l'accroissement de la population urbaine s'est fait au rythme de 306 000 nouveaux arrivants par an… dont 34,5% viennent de la campagne. D'où une dégradation continue de la situation dans les villes : aggravation du chômage, pénurie de logements, insuffisance des services sociaux, développement du circuit économique informel, dégradation du tissu urbain (prolifération de quartiers clandestins, de bidonvilles dépourvus, etc.) et phénomène de ghettoïsation (les “pauvres” cernent progressivement tous les centres-ville abritant les “moyens” et les “aisés”). Pas très rassurant, surtout quand on sait où l'islamisme recrute...


Nous avons gagné 25 ans d'espérance de vie

Vous êtes né dans les années 60 ? Sachez que vos enfants, du moins ceux qui sont nés dans les dix dernières années, vivront en moyenne 25 ans de plus que vous. Et ce, grâce à l'amélioration des conditions de vie et d'hygiène et aux progrès de la médecine. A noter - et c'est une bonne nouvelle - que si l'espérance de vie en milieu rural est toujours plus faible qu’ en milieu urbain, elle croît plus vite, et la différence a tendance à s'estomper.


Nos femmes font de moins en moins d’enfants

… Et les causes en sont évidentes : recul de l'âge du premier mariage, usage accru de la contraception… On s'en doute, le phénomène est nettement plus palpable en ville qu'à la campagne. En milieu urbain, la moyenne est descendue à 2 enfants par femme, alors qu'en milieu rural, elle est de 3. L'explication est purement économique : à la campagne, les avantages liés au nombre d'enfants (main d'œuvre gratuite, notamment) semblent encore l'emporter. Dans les villes en revanche, les charges (scolarisation et habillement principalement) l'emportent sur les avantages (“l'assurance vieillesse” que constituent les enfants).


Nos jeunes se marient de plus en plus tard

Nous revenons de loin. En 1960, les femmes se mariaient à 17 ans en moyenne et les hommes à 24. Si les âges sont aujourd'hui de 27 et 31 ans, ce n'est pas uniquement dû, contrairement à une idée largement répandue, aux difficultés économiques (chômage, crise du logement, etc.). L'aspiration à un style de vie plus dans l'air du temps est aussi une forte motivation. Les couples doivent désormais mettre leurs salaires en commun, ce qui implique que les femmes font de plus en plus d'études, de plus en plus longues, et que décrocher un travail devient une priorité féminine. Autant que se marier ? Pas forcément. Mais le fait est là. Les Marocaines restent célibataires de plus en plus tard, quitte à le vivre comme un drame vu les pressions familiale et sociale - qui n'ont toujours pas changé...


Une diaspora de plus en plus importante et généreuse

Depuis 1985, malgré les visas et la fermeture de l'Europe (notre destination privilégiée), le nombre de Marocains résidant à l'étranger a plus que doublé. Sans doute parce que cette comptabilité inclut les enfants d'émigrés de deuxième, voire de troisième génération. Selon une théorie en vogue, ces derniers ont de moins en moins d'attaches avec le Maroc, donc leurs transferts (ressource n° 1 du pays) risquent de diminuer. En bien non ! La courbe des transferts montre une augmentation régulière, et même des pics à partir de 2003 : 34 milliards de dirhams pour cette année-là !! En terme de transferts de devises de la diaspora, la Banque mondiale nous place en 4ème position mondiale après l'Inde, le Mexique et les Philippines. Un dernier chiffre, très impressionnant : en décembre 2002, le total des dépôts bancaires de MRE au Maroc était de 72,3 milliards de dirhams. Encore un record.


Habitat et équipement des ménages.

La majorité d'entre nous vit dans des cubes

43% des Marocains vivent dans des maisons comme celle que vous voyez sur la photo. Ça coûte un peu plus cher que les appartements économiques, mais le garage d'en-bas (le plus souvent transformé en commerce) sert à rentabiliser les frais de construction (réalisée à tous les coups par le duo autopromoteur-tâcheron)… et même de faire vivre la famille. En soi, c'est une bonne nouvelle. En imaginant un taux de dégradation minimal de tous les types de logement, on peut affirmer sans crainte que près de 90% des marocains sont logés décemment.


Les logements croissent plus vite que les ménages

Depuis 2003, le rythme de production de logements est plus important que le rythme d'accroissement des ménages. C'est au programme de 200 000 logements initié en 1996 par Hassan II, puis aux efforts du ministère de l'Habitat (notamment depuis que Taoufik Hjira est à sa tête), qu'on doit ce résultat encourageant. Mais à l'accroissement des ménages, il faut aussi ajouter le déficit déjà existant, estimé à 1,2 million de logements. Les adultes célibataires (et même mariés, souvent), ont encore de longues années à vivre chez papa-maman...


Plus on est pauvre, plus on veut être propriétaire

D'abord, une petite nuance : par “propriétaires”, on entend “propriétaires de tous les types de logement”, y compris les habitations rurales, les baraques de bidonvilles et les logements anarchiques et non réglementés (type El Hraouiyine). Pour préciser la nuance, il faut savoir que 80% des logements sont réalisés par des entreprises de bâtiment informelles (et par autofinancement du propriétaire, vu l'impossibilité de contracter des crédits pour ces types de logement). D'où cette conclusion, tirée du rapport : “Le désir de posséder un logement (de n'importe quelle nature ou qualité) l'emporte largement chez les ménages défavorisés. La proportion des propriétaires est ainsi beaucoup plus élevée pour les 20% des ménages les plus pauvres que pour les 20% les plus riches”.


Les bidonvilles restent quasiment stables

D'accord, 21% des ménages urbains vivaient dans des bidonvilles ou maisons sommaires en 1971. En 1982, ce taux s'est retrouvé spectaculairement réduit, pour atteindre 10%. Mais depuis 1982, ce pourcentage a baissé… d'un point tous les 10 ans. Non qu'il n'y ait pas eu d'effort de construction de l'état (lire “les logements croissent plus vite que les ménages”). Mais manifestement, l'exode rural, premier pourvoyeur en bidonvilles, augmente suffisamment chaque année pour occuper les baraques laissées vacantes par les ménages relogés dans des conditions décentes. Dans la catégorie “maisons sommaires”, il faut aussi intégrer l'habitat anarchique, qui s'est énormément développé depuis les années 90.


Casablanca cernée par l'habitat économique

Casablancais, regardez attentivement cette carte. Particulièrement vous, lecteurs casablancais de ce magazine francophone à 15 dirhams, qui vivez plus que probablement dans la zone jaune. Voyez, dans ce cas, ce que représente “votre” zone, comparée aux autres : un îlot de prospérité cerné par une zone beaucoup plus vaste d'habitat économique, elle-même cernée par une zone frontière d'habitat sommaire et clandestin. Dieu merci, cela fait 25 ans que Casablanca n'a pas connu d'émeutes urbaines. Mais sachant que les moins favorisés économiquement sont ceux qui ont le plus de raisons (légitimes) de se révolter, imaginez si - à Dieu ne plaise - cela recommençait un jour...


Nos foyers sont sous-équipés

Enseignement intéressant : pour les ménages marocains, posséder une télévision semble nettement plus primordial que posséder un réfrigérateur. Besoin d'évasion ? Sûrement, et particulièrement dans le monde rural. évidemment les chiffres ci-contre ne sont que des moyennes nationales, et masquent de fortes disparités entre catégories sociales. En 2001, les 20% les plus aisés de la population sont les mieux équipés en télévision (98,1%), parabole (57,3%), réfrigérateur (86,1%), et lave-linge (29,9%). Pour les 20% les plus défavorisés les mêmes équipements ne sont diffusés, la même année, qu'à raison de 49,5%, 5,5%, 9,2%, 0,1%. Pour les ordinateurs personnels (il y en a 120.000 au Maroc), la situation est dramatique : seuls 4,8% des plus aisés en disposent contre, évidemment, 0% des plus défavorisés.


Eau et électricité.

Le monde rural sera bientôt totalement électrifié…

Encore une très belle réussite. C'est en 1995 que le Programme d'électrification rurale globale (PERG) a été lancé, avec pour objectif d'électrifier le monde rural à hauteur de 80% d'ici 2010. Mais les objectifs du programme ont été accélérés en 2001. Résultat : nous sommes déjà, aujourd'hui, à 80% d'électrification, c'est-à-dire plus de 11 millions de bénéficiaires. Pour le détail, sachons que 92% des foyers ruraux sont raccordés au réseau national, les autres étant électrifiés “en décentralisé” : mini-centrales hydrauliques, énergie solaire… Coût global du PERG : 20 milliards de dirhams. Pas grand-chose, par rapport au bouleversement que cela a déjà occasionné pour 11 millions de personnes. Un peu plus de 4 millions attendent encore, mais n'en ont plus pour longtemps : l'électrification générale du monde rural est prévue pour 2007.


… et aura intégralement accès à l’eau potable

Le programme d'approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (PAGER) est une des plus belles réussites du gouvernement. En 1994, 14% seulement des populations rurales avaient accès, d'une manière ou d'une autre, à l'eau potable. Grâce au PAGER, 16 500 douars ont pu être desservis depuis 1995. Résultat : 70% des ruraux ont aujourd'hui accès à l'eau potable. Et la moitié seulement du programme a été accomplie. Pour combler les 30% restants, le PAGER prévoit de desservir 14 500 douars supplémentaires. Mais attention : desservir un douar signifie rendre disponible un point d’eau à proximité - pas raccorder les maisons au réseau d'eau potable. Aujourd'hui, seuls 18% des ménages ruraux ont des robinets d'eau courante chez eux.


Nous sommes à la limite de la rareté en eau

En 1960, chaque Marocain disposait, en potentiel mobilisable, de 2560 m3 d'eau par an. Depuis, la population a augmenté et l'eau s'est raréfiée. Résultat : nous sommes aujourd'hui à 1000 m3 par habitant et par an, soit exactement la limite entre le stress et la rareté en eau. D'ici 2020 (avec un potentiel prévu de 680 à 720 m3/habitant/an), nous serons bien installés en situation de rareté. Entre 2020 et 2025, nous pourrions même entrer en situation de pénurie d'eau, soit moins de 500 m3/habitant/an. L'état est conscient de ces échéances alarmantes et s'efforce de mettre sur pied une stratégie d'anticipation. Parmi les méthodes envisagées : la déminéralisation des eaux saumâtres et le dessalement de l'eau de mer (déjà pratiqué à Laâyoune et Boujdour).


Eau et électricité.

L'encadrement médical est insuffisant

À titre de comparaison, il y a un médecin pour 980 habitants en Turquie (chiffre 1996) et un pour 1 100 habitants en Tunisie (chiffre 2000). En France, où le système de sécurité sociale est très performant (quoique déficitaire), la proportion est de un médecin pour 373 habitants (chiffre 1990). Nous en sommes, aujourd'hui, à un pour 1800. Manque de médecins ? Même pas. Le chômage des médecins diplômés est un phénomène de plus en plus visible. Mais pour diverses raisons (embauche par le secteur public très réduite par les contraintes budgétaires, refus des jeunes médecins de s'installer en milieu rural après au moins 7 ans d'études en milieu urbain, crédits bancaires de plus en plus difficiles à obtenir pour ouvrir des cabinets médicaux…), le Maroc sous-emploie ses médecins. Par ailleurs, le chiffre de 1800 habitants pour un médecin n'est qu'une moyenne. Dans certaines provinces (Al Haouz, Chichaoua, Ouarzazate, Zagora, Taroudant, Tata, Chefchaouen, Sidi-Kacem), il y a moins de 3 médecins pour 10 000 habitants. Inquiétant...


L'écrasante majorité n'a accès qu'aux soins de base

Tous les lits d'hôpital du royaume sont concentrés dans nos 4 CHU (Casa, Rabat, Marrakech et Fès) et les hôpitaux urbains non CHU. Autrement dit, tout malade sérieux, où qu'il vive, n'a d'autre choix que de faire un long voyage (et de braver divers obstacles, principalement financiers) pour se faire soigner convenablement. A part ça, le “réseau des soins de santé de base” est de très loin le plus étendu et draine l'écrasante majorité des consultations. Ce réseau est surtout constitué de dispensaires rudimentaires, sans lits, où ne travaillent que des infirmiers : il y en a 600 en milieu urbain et 1800 en milieu rural (censés être “ambulatoires”, mais faute de moyens…). Il faut aussi y inclure 40 hôpitaux locaux urbains et 20 hôpitaux locaux ruraux - vétustes et sous-équipés pour la plupart. Constat dur, mais tiré du rapport (dont il faut saluer encore une fois la franchise) : “Le modèle même du réseau des soins de santé de base est dépassé. Il est fondamentalement le même depuis le protectorat”.


Trop de femmes meurent en donnant la vie

Dans les pays occidentaux, pour 100 000 naissances, moins de 20 mères décèdent à l'accouchement. Mais comparons ce qui est comparable. En Tunisie, le taux est de 170 pour 100 000 et en Jordanie, de 150 pour 100 000. Nous en sommes à 230 pour 100 000 (270 en milieu rural). Normal, quand on sait que 60% des accouchements au Maroc sont assistés par des “qablat” ou par “d'autres personnes” (Dieu seul sait qui), ou encore… par personne. Si ce manque d'encadrement se maintient, il nous faudra attendre 2020 pour atteindre le niveau que la Tunisie et la Jordanie ont déjà atteint aujourd'hui. Dramatique.


Presque tous nos bébés sont vaccinés

Ce chiffre le démontre, la politique de vaccination menée jusqu'à nos jours au Maroc a été une très grande réussite. Grâce à elle, le concept de “talqih” (vaccination) a atteint les campagnes les plus reculées. Bravo ! Au-delà d'un an, la proportion d'enfants vaccinés baisse un peu, mais reste très encourageante : 89% des enfants âgés de 12 à 23 mois sont vaccinés contre les maladies infantiles les plus répandues : tuberculose, diphtérie, coqueluche, tétanos néonatal, poliomyélite et rougeole. Cette situation place le Maroc parmi les pays performants en matière d'immunisation. Ça fait rudement plaisir.


… Mais trop meurent encore à la naissance

C'est moins alarmant que la mortalité maternelle à l'accouchement, mais cela reste tout de même très inquiétant : 40 bébés de moins d'un an meurent au Maroc pour 1000 naissances vivantes. A titre de comparaison, il en meurt 26 pour mille en Tunisie (chiffre 1997) et à peine 3,4 en Espagne (chiffre 2003). Les causes sont probablement les mêmes que celles de la mortalité maternelle : 60% des accouchements sont mal ou pas du tout assistés. Un des échecs les plus terribles de la politique publique de santé depuis l'indépendance.


Enseignement.

L'analphabétisme, notre plus grand drame

C'est notre plus grande “honte nationale” : à la date d'aujourd'hui, 43% des Marocains âgés de plus de 10 ans sont analphabètes. Il n'y a que le Yémen qui, avec 51% d'analphabètes, fasse pire que nous dans le monde arabe. En Algérie, le taux ne dépasse pas 30% et en Tunisie, il est inférieur à 26%. Même en Libye, il n'y a que 18% d'analphabètes. En Afrique noire, nous faisons jeu égal avec… le Libéria, un des pays les plus pauvres du monde - et nettement moins bien que le Rwanda (36% d'analphabètes), le Cameroun (32%) et le Kenya (26%)*...
Il est vrai que nous revenons de loin, puisque le Maroc comptait 95% d'analphabètes en 1960. Mais si leur taux a continuellement baissé, leur nombre n'a jamais cessé d'augmenter. Il y en avait 6,5 millions en 1960, il y en a 13 millions aujourd'hui ! Sans oublier les disparités : l'analphabétisme concerne aujourd'hui plus de la moitié des femmes et près du tiers des hommes, et 61% des ruraux contre 29% des urbains. Petite bonne nouvelle, quand même, l'analphabétisme ne touche que 13% des 10-15 ans. Il faudra donc attendre au moins deux générations pour présenter un résultat décent...

* hormis ceux du Maroc, tous ces chiffres sont tirés d'un rapport de l'Unesco daté d'août 2005



La scolarisation tend vers 100%, mais l'abandon menace

Contrairement à la lutte contre l'analphabétisme, la politique de scolarisation donne d'assez bons résultats. 92% des petits Marocains de 6 à 11 ans sont scolarisés. Si on tient compte du taux de déperdition dans le primaire (ceux qui abandonnent avant 11 ans), le taux de scolarisation dans la même tranche d'âge est de 87%. On peut considérer ce chiffre comme relativement encourageant pour l'avenir. Mais le taux de déperdition augmente avec l'âge, comme le montre le graphique. Passé 12 ans, il n'y plus que 69% des petits Marocains qui vont à l'école. Passé 15 ans, le taux chute à 43%. La Banque mondiale est sévère : “L'efficacité du système éducatif marocain, dit un de ses rapports, n'est bonne ni du point de vue interne (redoublements, abandons) ni du point de vue externe (mauvaise adaptation aux besoins de l'emploi)”.


Ecole : la parité sexuelle est presque atteinte

Les chiffres ci-dessous sont éloquents. En fait, l'unique handicap à surmonter pour les filles (surtout rurales), c'est de se faire inscrire à l'école primaire. Une fois engagées dans le système scolaire, les filles y restent plus longtemps, et réussissent mieux que les garçons. Même si, structure sociale aidant, elles ont tous les travaux ménagers à faire aux côtés de leur mère, tandis que les garçons se la coulent douce et peuvent se concentrer à loisir sur leurs études… Cela étant, même si 45% des étudiants sont des étudiantes, les filles sont rares à s'aventurer dans les troisièmes cycles. A ce niveau, elles n'obtiennent que 35% des diplômes délivrés. C'est peut-être parce que c'est l'âge où l'appel du mariage devient pressant...


Justice.

Les juges sont débordés, et leur rendement s'en ressent

Il y a en tout et pour tout 3 150 magistrats au Maroc. Avec de tels effectifs (1 magistrat pour environ 10 000 habitants), chaque magistrat se retrouve à traiter 920 dossiers par an. Comment voulez-vous, en tenant compte des week-ends, des jours fériés et des vacances judicaires, qu'un magistrat puisse traiter sérieusement 920 affaires par an, soit 5,2 affaires conclues par jour ?! Sachant qu'une affaire s'étale au minimum sur 3 audiences, sans compter les reports, cela donne au minimum 15 affaires par jour. Les magistrats, objectivement, n'ont pas le temps de juger tous les dossiers qui leur sont présentés, ni de prendre le temps nécessaire pour faire la part des choses et pouvoir rendre (vraiment) justice pour chacun d'eux. Résultat : la plupart des dossiers sont bâclés, ce qui occasionne autant de drames individuels passés généralement sous silence. Et ça, c'est un raisonnement uniquement statistique, donc chiffré. La qualité, c'est une autre affaire...


On divorce beaucoup plus vite depuis la nouvelle Moudawana

La Moudawana, ou code du statut personnel, a été radicalement bouleversée en février 2004, faisant accéder les femmes à la quasi-égalité avec les hommes en matière de droit familial. Félicitons une fois encore le roi Mohammed VI pour une telle révolution. Les chiffres communiqués par le rapport sont, à cet égard, très encourageants. Une répudiation (ou talaq) prend désormais 3 fois moins de temps qu'avant la promulgation du nouveau code. Quant au divorce judiciaire (ou tatliq), entamé à l'initiative de la femme, il prend désormais 8 fois mois de temps qu'avant. Bravo !


Agriculture.

Un territoire aride et insuffisamment irrigué

Seuls 13% du territoire marocain sont cultivables. Mais n'oublions pas que le Sahara est compté, ce qui baisse considérablement la moyenne… Cela dit, même sur les terres marocaines non désertiques, il ne reste que 9,2 millions d'hectares de “surface agricole utile” (SAU), dont à peine 1,6 million d'hectares irrigables. Avec 16 milliards de m3 d'eau stockés dans nos 133 barrages, nous ne sommes arrivés à irriguer, sur ce malheureux 1,6 million que… 235 000 hectares* - évidemment les plus productifs du pays. Un pays qui continue pourtant à clamer sa “vocation agricole”… Où est le problème ? Quelque part entre le régime foncier peu sécurisant et le morcellement intensif de la propriété. La majorité des exploitations sont en effet de taille trop réduite pour pouvoir mobiliser les moyens techniques et financiers nécessaires à l'intensification de la production agricole. Imaginez que les deux tiers des exploitations font moins de 3 hectares, et occupent moins du quart de la superficie cultivée au Maroc. Aucun doute : la défiscalisation de l'agriculture ne profite qu'aux gros bonnets...

* en 2003



El âtla prédomine toujours dans nos camp agnes

Le parc marocain de tracteurs agricoles est ridiculement faible : 43 200 unités, soit un tracteur seulement pour 225 hectares cultivés. A titre de comparaison, l'Algérie comptait, en 2001, un tracteur pour 88 hectares cultivés. Dire qu'on a raillé pendant des années les choix industriels désastreux de notre voisin, mettant en valeur notre “vocation agricole”… Au Maroc, l'inégalité en matière de mécanisation agricole est flagrante : 50% des tracteurs sont utilisés pour les terres irriguées, qui ne représentent que 2,5% de la surface agricole utile. Le reste est principalement réparti sur les terres d'exploitation supérieures à 20 hectares. Sachant que les deux tiers des exploitations agricoles marocaines font moins de 3 hectares, on peut raisonnablement en déduire que l'écrasante majorité des paysans marocains en sont encore à la bêche. La fameuse âtla...


La viande est au dessus de nos moyens

La folie générale de l'Aïd el Kébir est compréhensible, finalement. C'est la seule occasion annuelle de manger de la viande rouge, pour la très grande majorité des Marocains. Les disparités ne sont guère masquées, puisque, sachant la viande rouge que les plus riches (vous) consomment, notre moyenne nationale est ridiculement basse : 10 kilos par habitant et par an. Nous sommes parmi les moins bien lotis de la planète en la matière, puisque la moyenne pour les pays en développement est de 20 kilos. Et nous sommes évidemment très loin de la moyenne des pays développés, qui est de 55 kilos. Cela dit, les Marocains compensent par la consommation de viande blanche (volaille), qui a doublé depuis 1975 pour atteindre aujourd'hui 11 kilos par habitant et par an.


Économie.

Voila à quoi ressemble notre taux de croissance

Il y a un autre graphique, dans le rapport, que nous n'avons pas repris dans cette sélection. Mais il est extrêmement révélateur du degré auquel la croissance du PIB est corrélée à celle de la pluie. La courbe de la production agricole épouse quasi-parfaitement celle du PIB. L'agriculture demeure, à aujourd'hui, un secteur vital de notre économie. Elle contribue à hauteur de 13% à 20% au PIB selon les campagnes agricoles, et procure 80% de l'emploi rural et plus de 40% de l'emploi au niveau national. C'est effrayant, quand on sait à quel point la production agricole dépend d'un facteur contre lequel nous ne pouvons rien : la pluie. Après 50 ans d'indépendance, ne pas avoir compris, intégré et tenu compte du fait que la Maroc est, clairement, un pays “semi-aride” (classification internationale) relève d'un aveuglement condamnable des pouvoirs publics. Surtout que (la ligne orange le montre) la tendance est à la baisse depuis 1961. A quand le sursaut salutaire d'une vraie révolution agraire ?


PIB : une position mondiale médiocre

Nous affichons, en 2005, un PIB par habitant de 1400 dollars par an. En 2002, nous étions à 1271 dollars, ce qui nous positionnait en 95ème position sur les 153 pays que compte la planète. Honorable ? Voire : la même année, l'Algérie, notre voisin, affichait 1691 dollars par habitants et par an. Ils ont du pétrole ? Soit. La Tunisie, qui n'en a pas, affichait, elle, 2186 dollars. En terme de compétition régionale, il n'y a pas vraiment de quoi être fiers. Nos taux de pauvreté et d'analphabétisme y sont sans doute pour beaucoup. Le Maroc s'est beaucoup développé, si on observe le secteur formel, les centres-villes rutilants de Casablanca, Rabat et Marrakech… Mais la répartition des richesses reste particulièrement inégalitaire chez nous, vu la moyenne nationale. Un autre cinquantenaire suffira-t-il pour changer cette pénible situation ?


Un développement humain ridiculement faible

L'indice de développement humain (ou IDH) est un indicateur combinant données économiques et données sociales comme l'espérance de vie, le taux d'alphabétisation… L'indisponibilité de ressources naturelles comme le pétrole n'est donc plus une excuse. D'accord, depuis 1985, le Maroc n'est plus classé parmi les pays à IDH “faible”, et a rejoint les “moyens”. Mais ce n'est pas un motif de fierté pour autant, puisque nous occupons toujours le 124ème rang sur 177 pays. Mieux classés que nous : la Libye (58ème), la Tunisie (92ème), l'Algérie (108ème), la Guinée équatoriale (109ème) et même le Gabon (122ème)… Réponse du gouvernement : “nous sommes conscients de notre retard, mais près de 50% du budget de l'Etat est consacré aux secteurs sociaux”. Ça ne suffit apparemment pas. Ou peut-être que ce qui nous manque le plus, c'est de l'imagination. Attendons les résultats de l'INDH pour nous prononcer...


Comparez attentivement ce chiffre au vôtre

En 2001, la dépense annuelle moyenne par personne s'est établie à 8 300 DH au niveau national (10 600 DH en milieu urbain et 5 300 DH en milieu rural). A priori, on peut trouver ça raisonnable. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Cette moyenne nationale cache d'énormes, de gigantesques disparités Selon une étude publique datant de 1995, seuls 9% des Marocains dépensaient plus de 900 DH par mois. Et ces 9% là étaient considérés comme “aisés”, par rapport aux autres, classés entre “marginalisés”, “vulnérables” et “moyens”… et totalisant 91% de la population ! On ne trouve aucune répartition de ce genre dans le rapport du cinquantenaire. La moyenne nationale (700 DH) est très proche de la limite au delà de laquelle on est considéré comme “aisé”. Posez-vous la question, lecteurs de ce magazine francophone à 15 DH : combien dépensez-vous par mois ? Pourtant, vous ne vous considérez pas forcément comme “aisé”, vu ce que dépensent les “vrais riches”, ceux d'Anfa, du Souissi, etc. Conclusion : le fossé entre la classe aisée et le reste du pays est énorme, béant, gigantesque. Et ça fait sérieusement peur.


Le SMIG est faible, mais freine pourtant l'emploi

Le SMIG (pour l'industrie et les services, l'équivalent agricole étant le SMAG) est aujourd'hui à un peu moins de 2000 DH par mois. Faible ? Certes. Pourtant, les patrons dénoncent de plus en plus un “SMIG trop élevé qui freine l'embauche”. Certains proposent même de le “libéraliser”. En termes clairs : l'abandonner, et laisser les patrons fixer les salaires en fonction de l'offre et de la demande de travail. Vu le chômage ambiant, cela ne pourra que jouer à la baisse des salaires et les conséquences sociales en seraient, évidemment, désastreuses. Proposition plus subtile : instaurer des SMIGs régionaux. Pour Karim Tazi, membre du patronat qui a lancé l'idée, “On peut faire beaucoup plus avec le SMIG à Guercif qu'à Casa. Si un investisseur veut payer 1200 ou 1300 DH de salaire, il doit pouvoir le faire en s'installant dans des régions où le coût de la vie est plus faible”. Driss Jettou ne semble pas foncièrement défavorable à l'idée, mais la pilule sera dure à faire avaler aux syndicats...


Incroyable taux de chômage !

Comment croire l'état, quand il annonce sans rire que le taux de chômage au Maroc est autour de 11% en 2005 (18% en milieu urbain, moins de 5% en milieu rural) ? Les critères n'étant explicités nulle part dans le Rapport du Cinquantenaire, nous sommes donc allés à la source : le Haut commissariat au plan, qui fournit les chiffres du chômage. Selon le HCP, est considérée comme au chômage toute personne qui déclare être à la recherche d'un emploi. Jusque là, pas de problème. Ce qui est incroyable, c'est plutôt le critère retenu pour déterminer un “actif occupé”, c'est-à-dire une personne qui travaille. Entre dans cette catégorie (tenez-vous bien) “toute personne, même non rémunérée, participant à la production de biens et services”. Un vendeur de cigarettes au détail ou un petit dealer de hasch sont ainsi considérés comme des “actifs occupés”. Un rural travaillant, sans contrepartie, sur une exploitation agricole familiale (même 2 ou 3 jours par mois) est lui aussi considéré comme “actif occupé”. Voilà la limite de la sincérité de l'Etat, et par extension de ce (pourtant courageux) rapport du cinquantenaire. Si on ne devait compter comme “actifs occupés” que ceux qui exercent un emploi légal, déclaré et rémunéré, le taux de chômage serait tellement effrayant qu'on pourrait craindre de sérieux troubles sociaux...


La dette extérieure baisse, l’intérieure augmente

Sans entrer dans des définitions économiques qui risqueraient de vous ennuyer, le graphique ci-dessous présente, en gros, autant de bonnes que de mauvaises nouvelles. Une bonne : notre dette extérieure ne cesse de diminuer depuis 1995. Une mauvaise : les dettes intérieure et publique, en compensation, ont explosé. Autrement dit, plutôt que de nous endetter auprès de l'étranger, nous préférons nous endetter entre nous. Mais bonne nouvelle quand même : le service des dettes publique et intérieure sont, eux aussi, en perpétuelle augmentation. Ce qui signifie que l'état fait un effort louable pour rembourser ses créanciers intérieurs. Les délais de paiement des administrations ont donc tendance à baisser, ce qui est bon pour tous ceux qui ont longtemps évité les marchés publics au motif (justifié) que l’état mettait un temps fou à payer...


L'inflation est maîtrisée

La politique monétaire marocaine est fondée sur la stabilité des prix, et caractérisée par une rigueur et une prudence accrues. Nous avons bien retenu la leçon du programme d'ajustement structurel, imposé au Maroc par le FMI et la Banque mondiale dans les années 80-90. Résultat : notre taux d'inflation, ces dernières années, s'est stabilisé autour de 2%. C'est une bonne chose puisque - c'est prouvé - les politiques inflationnistes, même si elles permettent de relancer l'investissement et la croissance, ont pour effet d'accroître la pauvreté. Alors qu'une inflation maîtrisée réduit la pauvreté, ou au moins la maintient en l’état. Le ministre des Finances Fathallah Oualalou a de quoi être légitimement fier.


L'administration est plus pléthorique que jamais

Le statut de fonctionnaire a longtemps été vu comme la panacée (recrutement à vie, salaires moyens, aucune exigence de productivité, chances quasi-nulles de renvoi…). En 1983, déjà, le FMI et la Banque mondiale tirent la sonnette d'alarme : il faut “dégraisser” d'urgence. Ça n'a commencé à être fait qu'en 2005, avec le programme de Départs volontaires définitifs (DVD) peaufiné, avec l'aide du fisc, par le ministre Mohamed Boussaïd. 40 000 fonctionnaires sont déjà partis, sauf que… c'étaient des cadres, et parmi les meilleurs. Le service public (à commencer par la santé) en soufre déjà beaucoup. Ceux dont on escomptait le départ, les “agents” des échelles de 1 à 9, n'ont aucune envie de renoncer au statut sécurisant de “mouaddaf”. De toute façon, les résultats globaux ne sont pas encore significatifs. La masse salariale des fonctionnaires représente toujours 11,8% du PIB, pour une moyenne mondiale de 8%. Au détriment de l'investissement, pourtant plus que nécessaire - notamment dans les secteurs de la santé et de l'éducation.


Le plus gros du budget public va dans les salaires

Au début des années 90 et jusqu'à nos jours, les dépenses de fonctionnement de l'état sont restées prépondérantes et en ascension continue, alors que les dépenses d'investissement n'ont pas évolué significativement depuis 1993. Les premières représentent près de 12% du PIB, contre 5% pour les secondes (chiffres 2003). En fait, à ce stade, les dépenses de fonctionnement de l'état ont tout l'air d'être incompressibles. Les indispensables revalorisations des salaires des fonctionnaires et les subventions des prix à la consommation (6% des dépenses de fonctionnement) laissent une marge de manœuvre très limitée au ministère des Finances. Seule solution : continuer à “dégraisser”, cette fois en ciblant particulièrement les “agents”, qui constituent le gros des troupes administratives.


Transport.

Posséder une voiture reste un luxe

Son niveau de motorisation place le Maroc, en termes de transports, dans la catégorie des “pays en transition”. Cela dit, nous avançons vite : le taux de croissance annuel de notre motorisation, pour ces cinq dernières années, est de 3 % - à peu près le double de celui constaté dans les pays développés. Il nous reste quand même du chemin à accomplir pour rejoindre ces derniers, puisque le taux de motorisation y est de 600 véhicules pour 1000 habitants. D'ici 2020, on prévoit 130 véhicules pour 1000 Marocains. A noter : le parc automobile de Casablanca, à lui seul, constitue 40% du parc national… ce qui n'empêche pas 20% des Casablancais d'effectuer leurs trajets à pied.


Formidable extension des autoroutes

Le graphique se passe de tout commentaire, et vous l'avez d'ailleurs constaté de visu : Autoroutes Du Maroc est un des offices, sinon l'office le plus dynamique du pays, à la fois capable de mobiliser des fonds gigantesques et de travailler vite. Les autoroutes avancent à vue d'œil, c'est réel plaisir de le constater. Les derniers tronçons Larache-Tanger et Casablanca-El Jadida sont en cours de finalisation. La rocade méditerranéenne (Tanger-Tétouan via Tanger Med) ainsi que la rocade de contournement de Settat sont, aussi, bien lancées. 300 kilomètres sont, à ce jour, en cours de construction. Dans quelques années, Marrakech sera aussi desservie par l'autoroute. Suivront les tronçons Marrakech-Agadir, puis Fès-Oujda, qui totalisent 550 Km. A fin 2012, notre réseau autoroutier devrait être long de 1200 km. Bravo !


Nos routes sont parmi les plus dangereuses au monde

Au total, 3500 personnes meurent chaque année au Maroc dans des accidents de la route. Il y a trois fois plus d'accidents en ville que sur les routes mais, vitesse oblige, deux fois plus de morts sur les routes qu'en ville. Tout cela, on le savait ou on s'en doutait. Ce qu'on savait moins, en revanche, c'est que les piétons représentent un tiers du total des morts, et la moitié des morts en ville ! Il faut donc contrebalancer le lieu commun du “conducteur marocain orgueilleux et fou de vitesse” avec l'imprudence des piétons qui traversent les routes n'importe comment… et avec l'inconscience des motocyclistes, qui ont souvent tendance à se croire dispensés du respect du code de la route. Si on additionne les piétons aux conducteurs de deux-roues, on arrive à la moitié des tués par accident sur l'ensemble du territoire. Un ratio énorme, et nettement plus important qu'ailleurs.


Commerce et mines.

Le Maroc, un pays de commerçants

Le commerce intérieur participe à hauteur de 13% au PIB, soit autant que l'agriculture. On en parle pourtant beaucoup moins… Les unités commerciales disposant d'un local emploient plus de 760 000 personnes. Sans compter les commerçants itinérants, qui vont de moussem en souk hebdomadaire, et qui étaient estimés en 2000 à plus de 400 000 (!). Au total, 1,2 millions de Marocains vivent du commerce, soit plus de 11,5% de la “population active occupée” (avec tout de même quelques réserves concernant cette expression - cf. “incroyable taux de chômage”). Intéressant : les “points de vente non organisés” (ferracha de trottoir, vendeurs ambulants, etc.) représentent 43% des 721 000 points de vente que compte le Maroc ! De quoi relativiser le boom des franchises et des supermarchés, enregistré ces dernières années. Un boom réel, mais statistiquement insignifiant...


Le phosphate, notre pétrole à nous

Avec 2 milliards de dollars de recettes par an, on comprend que l'OCP n'ait jamais figuré, même en rêve, sur la liste des privatisables. Premier exportateur mondial (28% du marché de la planète), nous sommes aussi leader pour le phosphate brut et l'acide phosphorique (respectivement, 40 et 45% du marché mondial). Le phosphate représente d'ailleurs 96% de toute notre production minière, et notre sous-sol recèle près des trois quarts des ressources mondiales en phosphate brut. C'est dire son importance stratégique, aujourd'hui comme hier. Juste pour vous faire une idée : ces trains très laids, que vous voyez régulièrement transporter du phosphate vers Jorf Lasfar ou d'autres sites de transformations représentent à eux seuls… les deux tiers du fret ferroviaire annuel du pays. Au fait, à quoi ça sert, le phosphate ? Réponse : à la production d'engrais à hauteur de 85%, le reste étant réparti entre l'alimentation animale, les détergents et l'industrie chimique.


Tourisme.

L'objectif de 10 millions de touristes est tenable

Presque 6 millions de touristes en 2005 : belle performance ! Avec ce chiffre, et quand on voit l'allure de la courbe (1er graphe, page ci-contre), on se reprend à espérer : et si l'objectif de 10 millions de touristes en 2010 était à notre portée ? Nous sommes, en tout cas, bien partis pour l'atteindre. Surtout que la destination Maroc ne semble pas trop souffrir des aléas qui ralentissent généralement le tourisme dans les pays du sud. Le terrorisme et les mouvements de masse ? Observez bien l'évolution des nuitées (2er graphe, page ci-contre) : cela ne nous affecte pas tant que ça. Petite plongée en 1991, à l'époque de la première guerre du Golfe (1 million de personnes étaient descendues dans la rue pour soutenir l'Irak), rattrapée la même année. Petit plongée encore, en 1995, à l'époque des attentats terroristes de Marrakech, mais rattrapée aussi en moins d'un an. Et on peut observer le même phénomène après le 16 mai 2003. En revanche, l'ouverture de la frontière terrestre avec l'Algérie, si elle peut sauver Oujda du marasme économique, ne changera pas grand-chose à notre chiffre d'affaires touristique. Le pic de touristes observé en 1991, année où la frontière était ouverte, est en effet aussi spectaculaire que… l'absence totale de croissance des revenus touristiques la même année. Autrement dit, les Algériens viendraient volontiers au Maroc s'ils le pouvaient, mais n'y dépenseraient pas autant d'argent que nous le voudrions, nous. Et en parlant d'argent, notre choix de positionnement dans le créneau du tourisme haut de gamme n'est pas si mauvais, finalement. La Tunisie draine en effet un peu plus de touristes que nous mais quasiment… deux fois moins d'argent. Que des bonnes nouvelles. Douiri, continue !


Culture et communication.

L'indigence culturelle est dramatique

Un million de livres sont disponibles dans toutes les bibliothèques du royaume. C'est l'équivalent de la seule bibliothèque de Sciences-Po, à Paris. Les Marocains ne sont pas de grands lecteurs, c'est bien connu. L'état, en tout cas, fait de son mieux pour que cela ne change pas. Extrait savoureux du Rapport du Cinquantenaire : “La part de l'investissement dans le ministère de la Culture, c'est-à -dire les fonds disponibles pour construire des musées, des opéras, des théâtres et des bibliothèques, ne dépasse pas 32 000 000 DH, soit le prix de trois ou quatre villas moyennes à Hay Ryad”. à noter, dans ce désert culturel, que parmi tous les ouvrages marocains publiés depuis l'apparition de l'imprimerie au Maroc, 40% sont consacrés à l'islam...


La pub a explosé depuis 20 ans

Le Maroc est incontestablement le pays le plus dynamique (et le plus créatif) du Maghreb en matière de pub. En 2005, les dépenses publicitaires ont atteint le montant record de 2,4 milliards de dirhams. Et tout indique que ça va continuer à augmenter. Le “hors médias” (réceptions, cocktails promotionnels, flyers, mailing et autres bricoles) représentait tout de même 43% des investissements publicitaires en 2003. La même année, les grands médias se sont partagé le reste, avec la répartition suivante : 55% pour la télévision, 22% pour la presse, 13% pour l'affichage, 9% pour la radio et 0,5% pour le cinéma. Cela dit, le secteur publicitaire marocain reste sous investi, puisqu'il ne représente que 0,5% du PIB, contre 1% en égypte. La dépense publicitaire par habitant est de 6,5 dollars au Maroc, 75 dollars au Moyen-Orient et… 500 dollars aux états-Unis !


Nous sommes hyper branchés NTI

Mi-2005, boom de l'ADSL aidant, 120 000 ménages marocains disposaient d'une connexion Internet à domicile. Et l'Agence nationale de réglementation des télécoms estime qu'on devrait pouvoir aller jusqu'à 500 000. 35 000 entreprises (inscrites au Kompass) sont connectées, pour un parc de 1,1 million d'ordinateurs. Si on tient compte des cybercafés (en plein boom depuis 5 ans), 4,3 millions de Marocains consultent Internet. Pas mal, pour un pays qui compte 13 millions d'analphabètes. Quant aux sites web, il y en a 19 000 aujourd'hui, dont 17 000 avec l'extension “.ma”. Insuffisant, mais tout de même très encourageant. Les chiffres des utilisateurs de téléphonie mobile, eux, sont impressionnants : 12,5 millions d'abonnés ! Plus de 40% des Marocains !!


Sport.

Notre sport n°1 est…? Perdu ! Les arts martiaux !

Eh non, le foot n'est pas le premier sport au Maroc, pas plus que l'athlétisme. Ce que les Marocains préfèrent, c'est la pratique des arts martiaux. Il y a dans notre paisible et pacifique royaume 421 clubs de taekwondo, 370 de karaté, 202 de judo, 196 de full contact, 84 de boxe et 33 de tai-jitsu, sans oublier 275 salles de body-building ! En nombre de clubs, le foot vient juste après les sports de combat, suivi de l'athlétisme, de la pétanque (dont nous avons été champions du monde, rares sont ceux qui s'en souviennent) et… des échecs (98 clubs, tout de même).

 
 
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