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N° 210
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed Réda Benshemsi

Sacré Abbas !

Ahmed Réda Benshemsi
(Sebastien Micke / Paris Match)
Le leader de l’Istiqlal qui se paie “les services” en public ! Waw !!


Pour une fois, on va prendre Abbas El Fassi au sérieux. Ce n’est pas facile, vu son inactivité chronique au gouvernement. Ce n’est pas facile, vu son poste (exclusivement honorifique et parfaitement inutile) de “ministre d’état sans portefeuille”. Ce n’est pas facile, vu ses déclarations répétées où l’humour (involontaire) le dispute à la servilité (éhontée). N’est-il pas l’auteur de cette déclaration historique : “Nous soutenons Sa Majesté le Roi, quoi qu’il décide” ?

Mais c’est justement parce que telle est son attitude habituelle qu’il est intéressant de revenir (sans rire, promis !) sur le meeting qu’il a présidé le 14 janvier dernier, à l’occasion du 62ème anniversaire de la présentation du Manifeste de l’indépendance, au stade municipal de Dakhla. Dakhla qui a été choisie pour cette commémoration, a-t-il souligné, en raison de son statut de “ville combattante”. Rappelons que le Manifeste de l’indépendance a été signé le 11 janvier 1944, à une époque où le Sahara était sous tutelle espagnole pour encore 31 ans et où son rattachement au Maroc était tout à fait hors sujet. Mais passons…
Ce qui est intéressant, ce sont les déclarations suivantes du bon Abbas. Le secrétaire général du parti de l’Istiqlal a ainsi dit à la tribune (attention, ça décoiffe !) : “Le moment est venu pour accomplir des réformes constitutionnelles”. Si ! Il a même dit : “Il est nécessaire de reconsidérer certaines questions intéressant le renforcement des prérogatives du Premier ministre”. Oui, Monsieur, il l’a dit ! Pour être honnêtes, notons qu’il a précisé, concernant la réforme constitutionnelle, qu’elle devait être entreprise “en parfaite harmonie avec le Souverain, étant entendu qu’il est le garant de l’unité du peuple marocain de Tanger à Lagouira”. Et qu’il a aussi ajouté, concernant le renforcement des prérogatives du Premier ministre, qu’il n’était pas question, ce faisant, de “porter atteinte aux prérogatives de Sa Majesté”. On respire… La prudence et l’allégeance au trône étaient bien là, en indispensable trame de fond. Mais si Abbas El Fassi en vient à parler de ces choses-là, c’est quelles sont… attentivement considérées par la Palais. Vous imaginez Abbas prendre le risque de déplaire au roi ? En creux, donc, on ne peut que se féliciter que ces problématiques, hier sacrilèges, soient désormais officielles, au point d’être abordées en public par l’Istiqlal. Quelque chose bouge, là-haut, et les déclarations de Abbas en sont un puissant indicateur.

Autre sujet devenu suffisamment “autorisé” pour que Abbas l’aborde en public : l’autonomie du Sahara. Notre homme a ainsi déclaré, toujours à Dakhla que “les provinces du Sud ont besoin d’un régime régional spécial où elles jouissent de larges prérogatives, et ce, sachant les spécificités qui les caractérisent sur le plan culturel et leur éloignement du centre”. Félicitons les vrais décideurs (à travers le brave Abbas, qui ne fait que relayer la parole de ses maîtres) de considérer sérieusement cette option. C’est la seule voie de sortie honorable pour un conflit qui n’a que trop duré.

Mais Abbas se souvient aussi, de temps en temps, qu’il est un leader politique et que pour être crédible dans ce rôle, il doit être un minimum frondeur. Alors il s’est accordé une petite frayeur en déclarant : “L’Istiqlal a pu réaliser un grand succès dans des régions qui lui étaient interdites à cause de l’intervention flagrante des ‘services’ lors des précédentes élections”. Waw ! Abbas El Fassi qui se paie “les services” !! Décidément, ce pays ne finira jamais de nous étonner…

 
 
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