Sacré Abbas !
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Ahmed Réda Benshemsi
(Sebastien Micke / Paris Match)
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Le leader de lIstiqlal qui se paie les services en public ! Waw !!
Pour une fois, on va prendre Abbas El Fassi au sérieux. Ce nest pas facile, vu son inactivité chronique au gouvernement. Ce nest pas facile, vu son poste (exclusivement honorifique et parfaitement inutile) de ministre détat sans portefeuille. Ce nest pas facile, vu ses déclarations répétées où lhumour (involontaire) le dispute à la servilité (éhontée). Nest-il pas lauteur de cette déclaration historique : Nous soutenons Sa Majesté le Roi, quoi quil décide ?
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Mais cest justement parce que telle est son attitude habituelle quil est intéressant de revenir (sans rire, promis !) sur le meeting quil a présidé le 14 janvier dernier, à loccasion du 62ème anniversaire de la présentation du Manifeste de lindépendance, au stade municipal de Dakhla. Dakhla qui a été choisie pour cette commémoration, a-t-il souligné, en raison de son statut de ville combattante. Rappelons que le Manifeste de lindépendance a été signé le 11 janvier 1944, à une époque où le Sahara était sous tutelle espagnole pour encore 31 ans et où son rattachement au Maroc était tout à fait hors sujet. Mais passons
Ce qui est intéressant, ce sont les déclarations suivantes du bon Abbas. Le secrétaire général du parti de lIstiqlal a ainsi dit à la tribune (attention, ça décoiffe !) : Le moment est venu pour accomplir des réformes constitutionnelles. Si ! Il a même dit : Il est nécessaire de reconsidérer certaines questions intéressant le renforcement des prérogatives du Premier ministre. Oui, Monsieur, il la dit ! Pour être honnêtes, notons quil a précisé, concernant la réforme constitutionnelle, quelle devait être entreprise en parfaite harmonie avec le Souverain, étant entendu quil est le garant de lunité du peuple marocain de Tanger à Lagouira. Et quil a aussi ajouté, concernant le renforcement des prérogatives du Premier ministre, quil nétait pas question, ce faisant, de porter atteinte aux prérogatives de Sa Majesté. On respire
La prudence et lallégeance au trône étaient bien là, en indispensable trame de fond. Mais si Abbas El Fassi en vient à parler de ces choses-là, cest quelles sont
attentivement considérées par la Palais. Vous imaginez Abbas prendre le risque de déplaire au roi ? En creux, donc, on ne peut que se féliciter que ces problématiques, hier sacrilèges, soient désormais officielles, au point dêtre abordées en public par lIstiqlal. Quelque chose bouge, là-haut, et les déclarations de Abbas en sont un puissant indicateur.
Autre sujet devenu suffisamment autorisé pour que Abbas laborde en public : lautonomie du Sahara. Notre homme a ainsi déclaré, toujours à Dakhla que les provinces du Sud ont besoin dun régime régional spécial où elles jouissent de larges prérogatives, et ce, sachant les spécificités qui les caractérisent sur le plan culturel et leur éloignement du centre. Félicitons les vrais décideurs (à travers le brave Abbas, qui ne fait que relayer la parole de ses maîtres) de considérer sérieusement cette option. Cest la seule voie de sortie honorable pour un conflit qui na que trop duré.
Mais Abbas se souvient aussi, de temps en temps, quil est un leader politique et que pour être crédible dans ce rôle, il doit être un minimum frondeur. Alors il sest accordé une petite frayeur en déclarant : LIstiqlal a pu réaliser un grand succès dans des régions qui lui étaient interdites à cause de lintervention flagrante des services lors des précédentes élections. Waw ! Abbas El Fassi qui se paie les services !! Décidément, ce pays ne finira jamais de nous étonner
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