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N° 210
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“On a tous une part de lâcheté en nous”

Antécédents
Jamal Boudouma
Ecrivain et chroniqueur

1973. Naissance à Midelt.
1998. Diplômé de l’ISADAC.
2001. Master en politiques culturelles internationales et gestion des arts à Paris.
2003. Publie son carnet d’immigré dans Assabah, responsable de l’unité théâtre de 2M.
Smyet Bak ?
Mohamed Ben Mohamed.

Smyet mok ?
Fatema Bent Abdessalam.

Nimirou d’la carte ?
Je ne m’en souviens pas, j’aurais dû me préparer pour cet interrogatoire.

Pas grave. Vous commettez chaque semaine une chronique que vous appelez “Le lâche au bled des awbach (racailles)”. Qui est le lâ-che et qui sont les awbach ?
Cette chronique a une histoire, c’est la suite de mémoires basées sur une autofiction publiée en 2003. Elles racontent le vécu d’un étudiant fauché qui découvre la France, avec tous les rêves et les fantasmes d’un Marocain de base. J’ai créé le personnage du lâche parce qu’il renonce à sa marocanité et considère désormais les Marocains comme des awbach.

Vous savez, Hassan II a devancé votre héros il y a plusieurs années de cela …
Je n’y ai pas pensé quand j’ai créé ce personnage. Ceci dit, il n’y a pas que lui et moi qui le disons ou qui le pensons.

Hdi F’mmek (surveille ton langage !), les gars de Missour ont intenté un procès à un journal qui a décrit leur bourgade comme “capitale des ânes” !
C’est une affaire très marocaine en effet. L’âne est un bel animal qui force le respect. Le problème, c’est que des gens ont trouvé un prétexte, l’âne, pour attaquer le journal en mettant les deux sur un sabot d’égalité.

Et le lâche dans l’affaire, ce n’est pas vous ?
On a tous une part de lâcheté en nous. Pour les besoins de la fiction, j’ai poussé un peu plus loin les limites.

Récemment, vous vous êtes frontalement attaqué à Taieb Saddiki qui intente un procès à Sawt Ennas à cause de vous. Vous ne pouviez pas le laisser tranquille, notre vieux papy ?
J’aime beaucoup Taieb jusqu’à “Molière ou pour l’amour de l’humanité”. Dans cette chronique, je voulais poser une question, pourquoi nos intellectuels vieillissent-ils aussi vite ? Peter Brook a 82 ans, il produit encore des chefs d’œu-vre alors que Saddiki est fini, qu’il est paumé. Peter Brook a récupéré un vieux théâtre et en a fait le sien, Saddiki se concentre uniquement sur la construction …

Vous lui reprochez d’être devenu un promoteur immobilier ?
C’est vous qui le dites. Mais mon intention était de le bousculer au nom du Saddiki d’il y a quelques années.

Qu’est-ce qui fait qu’un bachelier scientifique comme vous bascule dans le théâtre ?
Je suis un collectionneur de diplômes. J’ai deux baccalauréats, scientifique et littéraire. Le théâtre frôle la science, ou disons que la démarche est scientifique. Il faut connaître son corps pour faire du théâtre, par exemple.

Vous avez un master en politiques culturelles internationales et gestion des arts de Paris. On vous a pris au sérieux à votre retour au Maroc ?
Notre problème, c’est qu’on continue à penser que l’art et la culture ne s’enseignent pas. Les défis culturels qui restent à relever ont besoin de cadres culturels.

Comme vous ?
Je n’ai pas la prétention de le dire.

Vous ne trouvez pas que nos cadres manquent de prétention justement ?
être prétentieux peut aider à s’imposer, en effet. Après, il faut trouver le juste milieu.

Arabe, c’est une insulte, aujourd’hui ?
Dans certains contextes. En Europe, on dit : je ne veux pas un travail d’Arabe, donc bâclé. Je ne critique pas les Arabes mais l’esprit de populisme et la théorie de complot qui devient une marque arabe déposée.

J’ai eu beau chercher dans votre CV, je n’ai trouvé qu’une seule zone d’ombre : vous êtes ittihadi !
Depuis toujours. On ne changera pas le Maroc avec des associations mais avec des partis forts.

Et vous êtes fier de votre parti ?
Il n’y a pas de réponse dans l’absolu. Mon engagement est d’abord pour mon pays.

 
 
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