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Par Salma Mestiri, correspondante au Moyen Orient
Victoire du Hamas. Séisme en Palestine
Alors que les sondages d'intentions de vote des Palestiniens donnaient le Fatah et le Hamas au coude à coude, c'est le mouvement islamiste qui l'a emporté lors des élections législatives du 25 janvier, créant la surprise. Une nouvelle qui bouleverse encore plus l'ordre au Proche-Orient. Explications.
Pour sa première participation à des élections nationales, le Hamas a fait fort : le mouvement radical palestinien a réussi à détrôner le Fatah, au pouvoir de l'Autorité palestinienne depuis dix ans, lors des législatives de mercredi. Tous les sondages donnaient pourtant un |
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résultat serré entre le Fatah et le Hamas ; aucun n'avait prévu une entrée aussi fracassante du mouvement islamiste au Conseil législatif palestinien (CLP, ou Parlement). Le Hamas affirme en effet avoir remporté plus de 70 des 132 sièges du Parlement et on ne savait pas encore, jeudi après-midi, si le Fatah de Mahmoud Abbas allait faire partie du nouveau gouvernement.
Des informations contradictoires ont circulé dès la clôture des bureaux de vote, donnant d'abord une courte avance au Fatah. Les dirigeants du Hamas ont aussitôt réagi en revendiquant la majorité des votes. Très vite, des sources anonymes à l'intérieur du Fatah et de la Commission électorale reconnaissaient que les chiffres pointaient vers une victoire écrasante du Hamas, avant l'annonce des résultats officiels jeudi soir. Des partisans en liesse des deux formations sont descendus dans les rues palestiniennes le soir du scrutin, sûrs d'avoir remporté les suffrages. Mais les cadres du Fatah ont dû se rendre à l'évidence alors qu'ils avaient déjà commencé à fêter leur victoire, qu'ils considéraient comme acquise malgré la montée en force de leur principal rival. Le 26 janvier, le Premier ministre Ahmed Qoreï a annoncé qu'il démissionnait et que c'était désormais au Hamas de former le futur gouvernement palestinien. La nouvelle a fait l'effet d'un séisme, non seulement sur la scène politique palestinienne, mais aussi à l'échelle internationale.
Fatah : les raisons d'un échec
Si les Palestiniens ont porté le Hamas à la tête du Parlement, c'est probablement d'abord parce qu'ils voulaient sanctionner le Fatah. Miné par la corruption, le parti fondé par Yasser Arafat sort d'une décennie marquée, pour beaucoup de Palestiniens, par les divisions internes et l'incompétence. Chaos sécuritaire, processus de paix en panne, effondrement économique
le Fatah n'a pas réussi à remédier à des maux qui affectent les Palestiniens au quotidien. Il est parvenu à faire en sorte que les élections se tiennent à la date prévue et sans incident majeur, mais il ne s'agit là que d'une victoire minime. Pour faire face au Hamas, le parti au pouvoir avait décidé d'afficher son unité et de présenter une seule liste rassemblant la vieille garde du parti et la nouvelle génération, à la tête de laquelle se trouve Marwan Barghouti. Ce dernier a emmené la liste du Fatah depuis sa prison israélienne, où il purge plusieurs peines depuis 2002. Cela n'a pas suffi à contrer la campagne du Hamas, qui a couvert les territoires palestiniens de ses étendards verts, est allé chercher l'électorat féminin, a créé une télévision pour promouvoir le programme de ses candidats et a promis de mettre un cran d'arrêt à la corruption. Le Hamas a été porté par sa popularité, notamment pour son action sociale et caritative (construction d'écoles et de cliniques, contrôle des mosquées
), même si beaucoup de Palestiniens craignent un regain de violence et une régression des libertés individuelles, notamment des droits de la femme, après son arrivée au pouvoir. Ceux qui étaient partisans d'un Hamas assez fort pour jouer un rôle d'opposition, mais pas à la tête du gouvernement, en ont aujourd'hui pour leurs frais.
Inquiétude internationale
Sur le plan international, la victoire du Hamas est un casse-tête. Comment poursuivre le processus de paix et continuer d'aider les Palestiniens s'ils ont majoritairement voté pour un mouvement considéré par les états-Unis, l'Union européenne et Israël comme une organisation terroriste ? D'autant plus qu'après l'ouverture du vote, le chef de file du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a rappelé que son mouvement n'entendait pas désarmer, même s'il faisait son entrée au Parlement. Les Européens et les Américains affirment que le Hamas doit avoir soit les armes, soit le Conseil législatif palestinien. Mais nous disons : les armes et le Conseil législatif. Les Israéliens se sont inquiétés de la victoire du Hamas. Ehud Olmert, le Premier ministre par intérim, a affirmé qu'Israël ne négocierait pas avec un gouvernement qui ne respecte pas son engagement le plus fondamental : combattre le terrorisme. Il a également convoqué une réunion des responsables de l'armée et des services de sécurité, à laquelle participeront les ministres de la Défense Shaul Mofaz et des Affaires étrangères, Tzipi Livni, pour discuter des répercussions de la victoire du Hamas. Quant au président américain George Bush, il a prévenu qu'il ne traiterait pas avec le Hamas tant qu'il n'aurait pas renoncé à son objectif de détruire Israël. Ce à quoi le mouvement a répondu qu'il demandait aux Américains de respecter le résultat des urnes et la volonté du peuple palestinien. L'Union européenne, elle, s'est montrée plus prudente, même si quelques jours avant les élections, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, avait soutenu que l'UE réévaluerait ses relations, notamment économiques, avec l'Autorité palestinienne, en cas de victoire du Hamas. Après l'annonce des résultats, la Commission européenne a toutefois précisé qu'elle coopèrerait avec tout gouvernement prêt à travailler avec des moyens pacifiques.
À un mois des élections législatives israéliennes et en l'absence d'Ariel Sharon, toujours hospitalisé après une grave hémorragie cérébrale, le score du Hamas, légitimé par une participation massive des Palestiniens (près de 78 %), ajoute à l'incertitude autour de l'avenir des relations entre Israéliens et Palestiniens. Quant à un accord sur la création d'un état palestinien, il semble encore plus difficile à établir, à moins que le Hamas n'accepte de revenir sur ses positions vis-à-vis d'Israël. Ou qu'Israël accepte de traiter avec ses ennemis les plus irascibles. |
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Identité. Qu'est-ce que le Hamas ?
Fondé à la fin 1987 par le cheikh Ahmed Yassine après la première Intifada, le Hamas est une organisation politique et religieuse, qui compte une branche armée (les Brigades Ezzedine al Qassam) et qui figure parmi les héritiers des Frères musulmans égyptiens. Son nom, en arabe, signifie ferveur, enthousiasme, et est l'abréviation de Harakat al moukawama al-islamiya (Mouvement de résistance islamique). Le Hamas est partisan de la lutte armée contre Israël et prône la destruction de l'état hébreu. Il milite pour la création d'un Etat islamique et revendique les frontières de la Palestine historique. Le mouvement rejette également les accords d'Oslo, qui établissaient, entre autres, une reconnaissance mutuelle entre l'OLP et le gouvernement israélien. Aujourd'hui, le Hamas tente d'adoucir son langage pour améliorer son image et entrer de plain-pied sur la scène politique palestinienne. |
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