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N° 210
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB pense appeler Monsieur le ministre de la Justice : notre équipe de foot le désespère

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem est dans un état parfaitement lamentable. Il fallait s’y attendre. Le double match contre la Côte d’Ivoire et l’Égypte l’a atteint au plus profond de son amour propre, un organe situé près du nez chez les Guercifis. Du coup, il déprime. Tentons de le raisonner :
- Monsieur Boualem, ressaisissez-vous, ce n’est que du football !
- Ahhhh, mais c’est insupportable. Avec des joueurs pareils, ne pas marquer un seul but… Cette équipe méritait d’aller loin…
- De quels joueurs parlez-vous ? Un peu de lucidité, monsieur Boualem. Nous n’avons aucun joueur titulaire en Europe. Vous comprenez : AUCUN. Nous avons peut-être de bons joueurs, mais pas de grands joueurs.
- Et Chamakh ?
- Chamakh est remplaçant à Bordeaux.
- N’empêche, il est très fort.
- Oui, mais que dire alors de Eto’o, star de Barcelone, qui marque des buts foudroyants ou de Drogba, titulaire indiscutable à Chelsea. Si nous disons que nous avons de grands joueurs, qu’est ce qu’ils doivent dire, eux ???
- Bof… La Côte d’Ivoire a mal joué, elle n’est pas terrible finalement.
- Peut-être, mais elle est qualifiée.
- Mais de toute façon, c’est de la faute de l’entraîneur… Il a fait des changements trop tard.
- Ah bon ! Si les joueurs ont loupé tous leurs centres contre
l’Égypte, c’est à cause de l’entraîneur ? C’est lui qui leur a demandé de viser le troisième poteau ?
- Euhhh, de toute façon, il n’y a pas besoin de grands joueurs pour gagner une coupe.
Regardez la Grèce en 2004.
- Oui, monsieur Boualem, vous avez raison. Mais peut-être qu’elle était mieux préparée. Peut-être qu’elle n’a pas désigné son entraîneur deux semaines avant la compétition…
- Et le Danemark, en 1992 ?!
Ils ont gagné alors qu’ils
revenaient tous de vacances.
Aucune préparation.
- Oui, ça peut marcher… C’est prouvé… Mais bon, ce n’est pas non plus une règle. C’est comme si vous preniez la route pour Marrakech de nuit, sans lumières et en marche arrière. Vous pouvez arriver, mais bon… Vous n’avez rien fait pour. On peut gagner la Coupe d’Afrique avec un entraîneur qui est là depuis trois semaines, avec une fédération fantôme, et trois matchs de préparation… Mais bon, on n’aura rien fait pour.
- Ahh… Mais quand même, on est un géant du football africain !!
- Je ne sais pas. Au niveau du palmarès ? Une seule Coupe d’Afrique, du temps où il n’y avait même pas de finale à gagner… Le Cameroun en a gagné quatre. Le Ghana et l’égypte autant.
- Je m’en fous, en Coupe du Monde, en 1986, on était en huitième de finale.
- Depuis, le Sénégal a été jusqu’aux quarts de finale, et le Cameroun aussi.
- Oui, mais on était les premiers.
- Et alors ? Tout le monde s’en fout, non ? Nous sommes un grand pays, avec une histoire prestigieuse.
- Le problème, monsieur Boualem, c’est qu’à peu près tous les pays du monde peuvent en dire autant, la Chine, l’égypte, le Mexique, la France, l’Italie, la Turquie... C’est pas mal non plus, comme passé. Certains d’entre eux ont même un présent, d’ailleurs.
- N’empêche, on aurait pu faire mieux. Nous avons un football technique. 
- Technique ? Vous avez vu jouer le Congo, la Zambie, le Nigeria ? Là, il y a du spectacle… Les matchs les plus tristes et déprimants sont ceux du Maroc. Ouvrez les yeux, monsieur.
- Mais on est mieux qu’eux, normalement, non ?
- Du point de vue de la prétention, sans doute. Mais à part ça…
- Ahhhh, vous m’énervez !
- C’est ça le problème : vous vous énervez tout le temps.
- C’est de votre faute. Cette chronique n’est pas drôle du tout.
- Non, c’est vrai.
- D’ailleurs, je vais appeler Monsieur le ministre de la Justice lui-même, le garde des Sots tout de suite.
- Pourquoi ?
- Vous avez essayé de me démoraliser. C’est devenu un délit dans notre pays. Vous irez en prison, bien fait !
- Euuuhhhh, je retire tout ce que j’ai dit. Pardon. Tout est de la faute de l’arbitre.
- Ahhh, maintenant on est d’accord. Et merci !

 
 
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