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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Portrait. Baby Dahan, le magicien
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En compagnie de Renaud (DR)
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Touche-à-tout génial, Baby Dahan, illusionniste de renommée mondiale, a choisi de revenir sinstaller dans le pays de son enfance, pour le Festival de la magie et
pour le plus grand plaisir des Marrakchis.
Lhistoire remonte à quelques semaines. A la sortie de Marrakech, la nuit est déjà là lorsque Baby Dahan est intercepté à bord de son véhicule par un barrage de police. Raison invoquée : excès de vitesse. Tout en présentant ses papiers à lagent, Baby en profite pour lui subtiliser sa montre, du travail de pro, digne dun excellent et |
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audacieux pickpocket. Sauf que Baby nen est pas un. Il est vrai quil lui arrive souvent de chiper des montres, bracelets ou bagues à droite et à gauche, mais son mobile nest pas le même que celui dun voleur à la tire. Son art à lui, cest de réaliser des tours de magie : Baby Dahan est, de laveu de la profession, lun des plus grands prestidigitateurs au monde.
Made in Meknès
Je ne sais pas doù me vient cette passion, répond ce Meknassi dorigine à tous ceux qui depuis près dune quarantaine dannées croisent son chemin, leur avouant par la même occasion son attirance de toujours pour ce que les autres trouvent irréalisable. Et cest dans lancienne capitale alaouite que le jeune Baby fait ses premières victimes. Il na pas plus de quinze ans quil impressionne déjà ses amis par ses tours de passe-passe. Cétaient des trucs très simples que jinventais moi-même et qui navaient rien de professionnel souligne-t-il. Et très vite il réalise que non seulement il peut abuser les ados de son âge, mais quil peut également bluffer les grands. Son entourage va prendre pleinement la mesure de son talent le jour où il va se payer la tête dun vrai magicien. Il la invité à boire un verre à la fin du spectacle. Le magicien lui a alors demandé de lui faire un tour. Dès le premier essai, Baby la bluffé. Du coup, lautre a fait une de ces têtes, le pauvre !, raconte une de ses proches.
De Bab Mansour au Ritz
À 22 ans, sa vie se passe entre Paris, où il poursuit ses études et Washington où ses parents viennent demménager. Mais très vite, alors que ses amis choisissent la médecine, le droit ou lingénierie, il décide de se lancer dans les affaires. Et la réussite est au rendez-vous. En très peu de temps, jai commencé à gagner dix fois plus que ceux de mon âge. Bien des années plus tard, de grandes écoles de commerce françaises feront dailleurs appel à lui pour animer des séminaires. Et la magie là-dedans ? Baby continue de vivre sa passion en parallèle. Les moyens ne lui manquant pas, il investit en bouquins et matériels de magie et bien sûr assiste à tout ce qui se donne comme spectacles de magie, un peu partout dans le monde.
Mais le déclic a lieu à Washington où il fait une rencontre qui va bouleverser toute sa vie. Alors quil traîne dans un magasin spécialisé, il sympathise avec le patron qui est un grand illusionniste à deux doigts de la retraite. Ce dernier décide aussitôt de le prendre sous sa coupe et lui permet dintégrer un club très fermé où professionnels et amateurs passionnés de magie se retrouvent. Cétait à peine croyable, je venais davoir 25 ans et je me retrouvais, du jour au lendemain, aux côtés de magiciens chevronnés. Fait encore plus surprenant : tous se prennent damitié pour lui et lui montrent toutes les ficelles du métier, ce qui est en soi exceptionnel dans cette profession. Il faut dire quon ne peut pas refuser grand-chose à Baby. Ce type est tellement charmeur et sociable que vous ne pouvez pas lui dire non, nous apprend une de ses connaissances. Au contact de tous ces illusionnistes expérimentés, il fait dénormes progrès et rapidement, comme il le dit lui-même, ce qui était pour lui un plaisir est devenu son oxygène. A partir de là, son ascension est fulgurante. Il multiplie les représentations où il est loin de passer inaperçu et pénètre le circuit professionnel par la grande porte en devenant, à 30 ans, le magicien attitré du très huppé Ritz Club. Dans ce lieu très sélect, il voit défiler toutes les personnalités importantes de passage à Paris. Ça va des chefs détat, en passant par les stars du cinéma ou de la musique, jusquaux mafieux russes. Baby fait un malheur au Ritz et très rapidement tous ceux qui lont vu à luvre lui demandent de venir animer leurs soirées. Tout en assurant ses deux spectacles par semaine à Paris, il sillonne le monde pour répondre à la demande : Venise, Dubaï, Londres, Miami, Genève, Las Végas
et Rabat. Oui Rabat où Hassan II a entendu parler de lui. Lors dun spectacle quil donne au palais royal, Baby présente au roi des coupures de journaux et, en une fraction de seconde, transforme le tout en billets de banque. Hassan II surpris par ce tour, se tourne vers lassistance dont font partie de nombreux ministres et leur annonce solennellement : Messieurs, je vous présente mon futur ministre des Finances. Il faut dire que face aux grands de ce monde, Baby Dahan ne manque pas de culot. Lors dun congrès politique à Tours, il subtilise sans vergogne la montre de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Au bout dune demi-heure, il sapproche du chef du gouvernement pour lui proposer un cadeau. Comme sa fonction lui interdit daccepter, celui-ci refuse. Baby exhibe alors lobjet, devant un Jospin plutôt décontenancé.
Après 10 ans de bons et loyaux services au Ritz, Baby se concentre non seulement sur les spectacles privés quil donne, mais aussi sur les conférences et séminaires quil anime et qui sont destinés aux autres illusionnistes. Il faut savoir quil est très sollicité pour son expertise pour ce quil appelle la personnalisation de la magie. Beaucoup de magiciens essaient de ressembler à dautres, je tente de leur apprendre tout simplement que la magie doit correspondre à la personnalité de celui qui la présente.
Monsieur festival
Pour justifier son retour au Maroc au début des années 90, Baby explique : Javais besoin de redécouvrir les parfums, les odeurs mais surtout la gentillesse des Marocains, ajoutant aussi : Ce sont également des spectateurs extraordinaires, alors que le Français lui est trop cartésien. Du coup, il veut tout comprendre et sénerve rapidement. Le Marocain, lui, se laisse porter, applaudit, rit et vous encourage, vous donnant ainsi lenvie de vous surpasser. Se surpasser, cest exactement ce quil va faire à Marrakech, ville où il décide de résider. Après une visite à lorphelinat de la cité ocre, il se lance pour défi de monter un Festival international de la magie dont les bénéfices iraient aux orphelins. Malgré les difficultés qui se présentent à lui, et qui parfois le font douter, il réussit à mettre sur les rails, dès 2004, la première édition. Ce nétait pas évident, surtout que les sponsors attendaient toujours la dernière minute pour nous attribuer leurs subventions, nous faisant ainsi courir dénormes risques, mais lessentiel, cest dy être arrivé, souligne-t-il. Et de lavis des Marrakchis qui sapprêtent à vivre dans moins dun mois la troisième édition, ce festival est le plus proche deux. Il semble quen ouvrant une grande partie des activités au public, les organisateurs aient atteint un de leurs objectifs, et non le moindre : populariser au grand maximum lévénement, ce qui est loin dêtre le cas des autres festivals qui ont lieu tout le long de lannée à Marrakech. Après lorphelinat, Baby veut maintenant apporter un coup de main à lopération dix millions de touristes en 2010. Rien que ça. Et pour y parvenir, il annonce déjà, pour 2007, un Mondial de la gastronomie et un Festival du rire et de la musique. Une chose est sûre, le magicien réussit bien à Marrakech.
Mais revenons à notre policier marrakchi : Jai un cadeau pour vous. Sous lil vigilant de lagent, Baby enfonce sa main dans la boîte à gants et en sort la fameuse montre. Sur le coup, lagent est figé. Pas un mot ne sort de sa bouche. Il faut plus de dix secondes pour quil réagisse, sourire aux lèvres. Vous êtes le gars de la magie ? ça tombe bien, je voulais vous remercier, grâce à vous jai pu, pour la première fois, aller voir un spectacle avec ma femme et mes enfants. |
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Et les autres ?
Les jeunes espoirs
On les compte sur les doigts dune main. Leur niveau est très moyen vu lenvironnement local qui ne leur permet pas dévoluer et de se perfectionner. Le matériel qui coûte cher (Les prix commencent à dix euros et peuvent grimper facilement à 100, 1000 voire 10 000 euros), labsence de magasins spécialisés au Maroc, les cachets misérables proposés (Ils sexhibent essentiellement lors danniversaires pour 500 à 1000 dirhams la représentation.) sont autant de raisons qui expliquent cette situation. Il existe cependant deux jeunes magiciens dà peine quinze ans, Youssef et Hamza qui dérogent à la règle. Déjà promis à un bel avenir, ils sont souvent sollicités pour donner des spectacles un peu partout dans le pays. Le premier est de Marrakech (Il est le fils de Omar Jazouli, le maire de la ville).Le second, originaire de Casablanca, en est déjà, cette année, à sa deuxième participation au Festival international de la magie de Marrakech et a déjà participé à deux compétitions en France.. Baby Dahan est convaincu dune chose : Dans moins de deux ans, ces deux-là seront au même niveau que beaucoup de magiciens français. Il en aurait sûrement été autrement si leurs parents ne les soutenaient pas financièrement. |
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