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Par Khalid Tritki
Administration. La guerre des logiciels
Les logiciels libres pénètrent l'administration. La conquête est lente, mais sûre. En face, Microsoft perd du terrain, mais des résistances internes jouent en sa faveur, ce qui annonce une guerre entre l'Open Source et les logiciels-propriétaires pour dominer l'appareil étatique.
Sans outils de travail, un ordinateur n'est qu'une vulgaire machine. Pour lui donner vie, des ajouts sont nécessaires. A chaque utilisation correspond un outil et plus on en ajoute, plus on paie. En achetant un PC, vous payez ainsi, en plus de la machine, l'interface sur laquelle se |
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greffent tous les outils de travail. C'est ce qu'on appelle le système d'exploitation. Ce dernier accueille toutes les autres applications : celle pour écrire des textes, celle pour développer des images, celle permettant la navigation sur Internet
Certaines ont des noms connus, comme Microsoft Word, Internet Explorer ou encore Microsoft Outlook. Tous ces noms barbares représentent des logiciels sous licences exclusives et cela a un coût. Un certain Linus Torvald veut arrêter les frais. Il a créé une fiction informatique qui porte le nom de Linux. C'est un noyau (système d'exploitation) autour duquel se sont développées d'autres applications qui, contrairement aux autres, sont libres de frais, ouvertes (Open Source). Pour comprendre, revenons à Microsoft. Quand vous achetez les produits du géant américain, vous pouvez travailler avec, mais vous n'accéderez jamais à leurs sources. à l'instar de Coca Cola ou de Pepsi, la recette secrète qui a servi à sa fabrication est jalousement gardée. Les logiciels Open Source, eux, sont du domaine public : chacun peut accéder à la source et développer le produit à sa guise, il suffit d'en avoir la capacité. Cette ouverture a permis de développer autant d'outils Open Source que ceux de la concurrence sous copyright (appelés logiciels-propriétaires). Le succès a été tel que des gouvernements ont décidé de basculer vers le libre. La gendarmerie française a ouvert le bal dans l'Hexagone. Mieux encore, quand le réseau de la Maison Blanche a subi une attaque virale en 2001, la décision de migrer vers l'Open source a été immédiate. La stabilité et la sécurité qu'offre le système libre sont donc avérées. L'argument financier est déterminant également. En 2003, la municipalité de Munich a décidé de basculer vers la bureautique libre (14 000 postes de travail) pour des raisons de coût. Qu'en est-il au Maroc ?
Des avancées encore timides
Talbi Alami, ministre délégué chargé de l'Economie et des Affaires générales, se rappelle une anecdote parlante. Alors à la tête du département de l'industrie, il constate que le ministère n'est pas en situation régulière par rapport à l'utilisation des logiciels propriétaires. Il décide de régulariser et demande un devis à Microsoft. Ce dernier réclame 1,8 million de dirhams pour le renouvellement des licences de la suite bureautique. N'ayant pas prévu cette dépense dans son budget initial, le ministre abandonne. Sur certains aspects informatiques, notamment la bureautique et la messagerie, nous gagnerons beaucoup avec les logiciels libres, explique Talbi Alami. Le ministère de la Pêche maritime l'a compris. Il a déjà déployé la solution OpenOffice (l'équivalent de l'Office de Microsoft) sur 800 ordinateurs. La direction générale du contrôle des dépenses, relevant du ministère des Finances, est très avancée à ce sujet. Elle a basculé une bonne partie de sa production, sa messagerie, son site Internet et 150 postes de travail vers des solutions Open Source. Et ce n'est que le début.
Selon une étude interne réalisée par la Direction des affaires générales du ministère des Finances, pour les seules directions du ministère, le choix de garder les logiciels propriétaires pour la suite bureautique et la messagerie coûterait plus de 50 millions de dirhams sur les cinq années à venir. L'option des logiciels libres nécessitera pas plus dun million de dirhams. Des sources proches du dossier affirment qu'avant cette étude, les commerciaux de Microsoft étaient inflexibles sur les prix. Maintenant, ils reviennent à la charge, promettant des remises, commentent-ils avec ironie. La Direction des affaires générales qui centralise les marchés du ministère mordra-t-elle à l'hameçon ? Pas sûr. Le doute est permis quand même.
Hésitation ignorance ou complicité ?
Pour preuve, malgré ces éléments d'analyse, Microsoft s'occupera, très probablement, de l'équipement des écoles du pays. C'est un marché énorme : presque 9000 établissements seront équipés d'ordinateurs, de logiciels et de serveurs sur les trois années à venir. A cela s'ajoute la formation des enseignants et l'entretien du matériel. Un appel d'offres est en préparation actuellement à la Primature. Il vise l'équipement, en 2006, de 3.600 écoles. Les solutions possibles ont été étudiées par une commission dont le rapport, selon des sources concordantes, est sur le bureau de Driss Jettou qui doit trancher incessamment. Qu'y propose-t-on ? Une solution bâtarde, en fait : une partie en Open Source et une autre en Microsoft. Ainsi, tous les ordinateurs destinés aux élèves seraient équipés de licences de l'éditeur américain. Pour le reste (serveur, application, portail, développement de contenu
), la concurrence serait ouverte entre logiciels propriétaires et Open Source. Microsoft peut rafler tout le marché comme il peut, dans le pire des cas, en garder la moitié. Serait-ce là le fruit de pressions exercées par l'éditeur ? Pas du tout, explique cette source siégeant à la commission, notre choix se justifie par des raisons d'environnement informatique. L'argument est défendable, mais réfutable. Nous voulons que les élèves apprennent à travailler sur un outil qu'ils trouveront partout. Microsoft domine en effet le marché. Entreprises, cybercafés, parc domestique, sont tous sous sa coupe. Former un élève sur l'Open Source, le couperait de son environnement, semblent dire les défenseurs de cette option. Or, les logiciels libres offrent des solutions proches de celles de Microsoft, surtout dans le domaine de la bureautique. Ainsi, sur certaines applications, la ressemblance est telle qu'on peut passer de l'une à l'autre sans être un génie de l' informatique. C'est le cas notamment de la suite OpenOffice (texte, image, musique, enregistremen, PDF
). C'est une question de positionnement politique. Le gouvernement ne veut pas trancher sur ce dossier. Sinon, il aurait imposé les logiciels libres à tout l'appareil administratif, tranche un militant de l'association des logiciels libres. En effet, à l'intérieur de la machine étatique, les avis sont partagés. A l'image de ces deux conseillers de Lahbib El Malki, ministre de l'Education nationale, qui, lors du Colloque sur la société de l'information tenu en novembre dernier à Tunis, ont eu un accrochage sur le choix technologique. L'un était ouvertement pour Microsoft, l'autre pour ses concurrents libres, raconte un témoin de la scène. Cette hésitation, par ignorance ou par complicité, profite aux logiciels-propriétaires, qui perdent du terrain, certes, mais ont encore de belles opportunités à prendre. |
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Microsoft.
Les revers subis au Brésil, en Inde, en Chine, donnent des cauchemars à Bill Gates. La multinationale pourrait revoir son modèle économique si Linux continue à gagner du terrain. Des lettres et des visites au gouvernement servent actuellement à freiner la vitesse du libre. Mais pas pour longtemps.
Linux.
La plus grande banque chinoise ICBC (20.000 agences, 100 millions de clients, 8 millions de comptes de sociétés) migrera pendant trois ans vers le système Linux. La même solution sera redéployée au Japon à partir de 2006. Au Maroc, des sociétés comme Akwa utilisent déjà l'Open Source. |
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Certification. Mandriva vs Microsoft
Limplantation de Mandriva au Maroc change la donne. Les détracteurs des logiciels libres avancent souvent l'argument de l'absence d'une base arrière pour l'Open Source. En clair, si vous optez pour une solution libre, vous ne trouverez pas les compétences sur le marché qui peuvent vous aider en cas de problème. Justement, Mandriva, qui a développé des solutions sur Linux, créera un centre de compétences au Maroc. Des certifications seront ainsi délivrées sauf que, la pérennité d'un tel projet repose sur le volume commercial que la société française va réaliser au Maroc. Son argument de bataille repose sur des prix dix fois moins cher que la concurrence. Si le marché ne suit pas, surtout celui de l'administration, l'avenir du logiciel libre sera hypothéqué. Il n'y a aucune raison pour que cela ne marche pas, rassure Talbi Alami. Il est vrai que nous ne pouvons pas faire la promotion du libre, mais nous avons opté pour un marché ouvert. Et que le meilleur gagne. Mandriva n'a qu'à affûter son marketing. |
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