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Par Karim Boukhari
Focus.
Autonomie du sahara. LEtat joue la carte des ralliés
Le Maroc peaufine ses propositions sur lautonomie du Sahara. Les anciens du Polisario y jouent un rôle central. Le document, qui devra définitivement enterrer lidée dun référendum, na toujours pas tranché sur l'étendue du territoire aujourdhui disputé, et demain autonomisé.
Le dossier Sahara n'est entouré d'aucun secret, tout se passe au grand jour, conformément au discours royal du 6 novembre qui a ouvert la voie (pour l'élaboration d'un projet d'autonomie pour le Sahara) aux partis politiques et aux représentants des provinces du Sud. Voilà, en gros, le discours officiel de Taïeb Fassi Fihri. Le ministre délégué aux |
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Affaires étrangères qui n'a pas attendu le discours royal pour lancer l'idée-projet d'une autonomie, nie par ailleurs l'existence d'une cellule Sahara, aux Affaires étrangères comme à l'Intérieur. Même non confirmée officiellement - Ce sont des rumeurs, nous a-t-il clairement répondu - l'information est bien plus consistante qu'un simple bruit de couloir. Oui, nous a tout aussi clairement indiqué un observateur qui a requis l'anonymat, une cellule existe bien au ministère de l'Intérieur, montée autour d'un noyau de ralliés (anciens du Polisario), pour réfléchir sur les retouches à apporter à un projet d'autonomie pour le Sahara. Un document existe, correspondant à la plateforme de l'autonomie conçue par les autorités marocaines ; restent à discuter certains détails relatifs, entre autres, à l'étendue du territoire appelé à devenir autonome.
Un projet d'autonomie à l'ONU
Sauf surprise majeure, le Maroc devrait présenter à une prochaine session des Nations-Unies, probablement en avril 2006, ledit projet d'autonomie. Ce sera une grande première dans la mesure où le royaume s'est contenté, jusque-là, de rejeter les résolutions successives de l'ONU, sans formuler de véritable contre-proposition. Un doute concerne la présentation du projet : sera-t-il, comme le veut la tradition internationale, exposé au nom de la diplomatie marocaine ou, comme nous l'ont signifié certaines sources, au nom d'une association sahraouie regroupant des ralliés du Polisario ? Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y sera fait aucune mention du référendum d'autodétermination stipulé dans le dernier plan Baker. L'idée, défendue par toutes la parties marocaines (Etat, partis politiques, Sahraouis unionistes), semble faire son chemin jusqu'à l'ONU. Abdelmajid Belghzal, Sahraoui unioniste, qui revient d'un Forum sur l'autonomie organisé fin janvier à Las Palmas, confirme : Les experts de l'ONU ont surtout négocié des voies de sortie politiques, voire économiques, au dossier Sahara. Même si cela n'est pas officiel, il est clair que, dans leur esprit, l'idée d'un référendum semble dépassée. L'annulation de celui-ci, sous réserve d'être acceptée par le Polisario (ce qui semble pour le moment exclu), représenterait une indiscutable victoire politique pour le Maroc mais ne règlerait pas tout pour autant. Au Sahara, enchaîne Belghzal, tout le monde se rappelle que Hassan II avait gagné du temps mais pas les gens. La voix la plus entendue sur le terrain, aujourd'hui, reste celle des séparatistes. Elle est peut-être minoritaire mais elle est la seule à se manifester publiquement.
Querelles de frontières
Les officiels et conseillers royaux qui planchent sur la question (les Fassi-Fihri, El Himma, Mansouri, Moâtassim) savent que l'avenir du territoire disputé ne dépend pas que du référendum. Ahmed Salem Latafi, membre du bureau politique du PPS et Sahraoui unioniste, explique : Dans l'absolu, et quelles ques soient ses conditions, l'autonomie comportera une indiscutable prise de risque pour le Maroc. Les expériences d'autonomie qui débouchent sur l'indépendance ne manquent pas de par le monde. Et puis, quand on voit la difficulté aujourd'hui à circonscrire les voix séparatistes, imaginez ce qui peut se passer demain lorsque le Maroc n'administrera plus le territoire disputé. Latafi, comme d'autres personnalités politiques, sait que le projet repose en partie sur les observations apportées par certains ralliés du Polisario. Mais encore faut-il que ces derniers accordent leurs violons parce que, comme nous l'ont confirmé plusieurs sources, l'idée même d'une autonomie ne fait pas encore l'unanimité chez les ralliés. Les clivages existent surtout parmi ceux originaires de Tan Tan et Guelmim d'une part, et ceux du reste du Sahara. Le plus important, rappelle Latafi, c'est que l'ONU entérine officiellement l'idée-clé du projet : la souveraineté marocaine sur le Sahara. Ce serait une autre belle victoire en effet pour le royaume. Mais de quel Sahara parle-t-on exactement : celui de l'après - Marche verte, ou celui de l'occupation espagnole, sans Tarfaya et Sidi Ifni (les deux villes ont été respectivement récupérées par le Maroc en 1958 et 1969) ? La question est moins anodine qu'elle n'y paraît. Le chercheur Mustapha Naïmi, qui connaît bien le sujet, apporte son point de vue sur la question : Deux raisonnements sont possibles pour délimiter les frontières du territoire autonome : rester sur le découpage marocain au-dessus de la bande de Tah, ou revenir sur les anciennes frontières espagnoles qui englobent l'Oued Noun (région d'Ifni).
La question fait actuellement débat, et ses enjeux sont de toute première importance. Elle constitue même l'un des derniers points non réglés du projet d'autonomie en préparation. Et pour cause : respecter le traçage espagnol engloberait notamment les fiefs d'Ifni, Guelmim et Tan Tan, qui sont actuellement traversés par un véritable vent de contestation (lire encadré). L'avantage, souligne Naïmi qui soutient cette thèse, serait de gagner une sorte de paix civile et économique avec ces régions mais surtout de réduire considérablement les risques d'une indépendance future. Cette piste a priori audacieuse (et risquée) part du principe que les régions précitées sont définitivement gagnées au Maroc et que le Polisario ne pourrait jamais les récupérer, rendant impossible toute indépendance du territoire autonome. Mais elle a aussi les allures d'une arme à double tranchant, une sorte de quitte ou double puisque le risque zéro n'existe pas et que, dans l'absolu, même sans référendum, la tentation séparatiste risque de se propager à un territoire qui n'est plus disputé. Un véritable casse-tête en perspective pour les autorités marocaines et leurs partenaires au sein des partis politiques et (surtout) chez les ralliés du Polisario. |
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Séparatisme. Du grabuge à Ifni et Guelmim
Un correspondant de l'Association du Sahara marocain nous rapporte que la ville de Sidi Ifni, fief de la tribu des Aït Baâmrane, a été le théâtre d'un mouvement de contestation, le 29 janvier. Les manifestants, qui ont assiégé la bachaouiya de la ville, ont scandé des slogans - revendications d'ordre socio-économique : construction d'un port, transformation de la bachaouiya en préfecture, gratuité des soins, subventions sur les produits alimentaires... En somme, ils ont demandé les avantages généralement accordés aux habitants du territoire disputé dont ils ne font pas partie. Le 6 février, à Guelmim, une nouvelle manifestation a eu lieu devant le siège de la wilaya. La distribution des cartes d'entraide nationale (ndlr : ces cartes sont monnaie courante au Sahara et valent à leurs nombreux bénéficiaires des indemnités oscillant entre 1000 et 1200 DH par mois) n'a pas bénéficié à tout le monde, c'est ce qui a provoqué la colère des habitants, nous explique une source locale. Mal contenue par les forces de l'ordre, la manifestation s'est transformée en slogans séparatistes. Rappelons que pas plus Guelmim que Sidi Ifni, ne font partie du territoire (du Sahara) disputé. |
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