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Par Driss Bennani
Communication. IER World tour
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Réunion de lIER avec
des représentants dune
ONG étrangère à Rabat. (DR)
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Savez-vous quen Afrique du Sud, un Prix Nobel de la Paix salue l'expérience marocaine de justice transitionnelle ou que le parlement britannique a voté, pour la première fois en 40 ans, une motion de soutien au royaume du Maroc ? Ces informations-clés ont été noyées dans le trop-plein de communication de lIER. Hélas !
Qu'y a-t-il de commun entre l'IER et Star Academy ? A priori, strictement rien. Faire le parallèle entre une expérience courageuse de justice transitionnelle et une émission de télé réalité pourrait sembler |
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relever de linsolence gratuite. Les images sont pourtant têtues. Jugez-en par vous-même. Après une série de prime time (les auditions publiques), de qualité inégalable et objets de toutes les critiques, les responsables de l'académie (IER) finissent par avoir leur finale. Elle se tient dans un palais royal, rassemble tout le gratin des droits de l'homme, est présidée par le roi en personne et retransmise en direct à la télévision. Le lendemain, les finalistes entament une tournée mondiale, sont reçus en héros partout dans la planète, gravissent les marches aux bras des grands de ce monde et le 20 heures se fait chaque soir l'écho de leurs exploits planétaires. Sauf que la Star Ac dure une saison alors que l'IER est censée réconcilier deux règnes. Arrêtons donc le parallèle raccourci à ce niveau.
Show off
Au départ, la communication autour du rapport de l'IER devait se faire dans la sérénité, elle se déploie finalement dans une effervescence festive malsaine, ressemblant à du show off. Lors d'un récent passage dans l'émission Hiwar, Ahmed Alami Machichi, d'habitude réservé, ne s'est pas retenu pour dénoncer, en direct, le matraquage intensif des médias officiels. L'homme n'a pas tort. Du Vatican qui se félicite des résultats de l'IER, à l'Allemagne fascinée (dixit Le Matin), en passant par une motion de soutien du parlement britannique et un article élogieux d'un grand (mais parfaitement inconnu) journal péruvien, cela vire au burlesque. Le journal de 20 heures ressemble de plus en plus à une revue de presse internationale insipide, affirme un journaliste mécontent de la première chaîne.
Comme à chaque fois, on a privilégié la quantité à la qualité. Du coup, le travail colossal de l'IER a été dévoyé. Personne n'a rien retenu de cette communication cacophonique et prétentieuse, où chacun jouait sa propre musique, analyse un expert en communication.
Et pour ne rien arranger, on a choisi de communiquer sur tout en même temps. Exemple : quand Driss Benzekri se déplace à Washington, il est accompagné par un certain Ahmed Herzenni. Pour quoi faire ? Herzenni a participé à l'élaboration du Rapport du Cinquantenaire qu'il est parti exposer en même temps, répond-on. Soit mais comment ne pas penser au fameux appel citoyen tant qu'on y est ? N y a-t-il pas mélange des genres ? Peut- être, mais il y a certainement conflit d'images, répond notre expert en communication qui poursuit : Que les deux rapports aient été linkés pour les besoins de la cérémonie protocolaire peut se justifier. Communiquer dessus en même temps, avec la même intensité et à travers les mêmes canaux dilue le message essentiel.
Ce n'est pas faux. Lors de leurs différents déplacements, les membres de l'IER ou les rédacteurs du Rapport du Cinquantenaire ont convaincu leurs interlocuteurs. Deux exemples, choisis au milieu du flux propagandiste officiel, pour illustrer cela. Le parlement britannique a voté, pour la première fois en 40 ans, une motion de soutien au royaume du Maroc ; et encore plus impressionnant, l'Institut pour la Justice et la réconciliation (IJR) que préside le Prix Nobel de la Paix, l'Archevêque sud-africain Desmond Tutu, a salué le travail de l'IER parce qu'elle est allée au-delà de tout autre organe du genre au monde de par les recommandations pragmatiques contenues dans son rapport final. Rappelons que c'est un institut sud-africain (pays donné en exemple de réconciliation nationale) qui dit cela. Qui a retenu ces deux informations émanant pourtant d'organes à la légitimité incontestable ? Qui a capitalisé dessus ? Apparemment, personne.
Service après vente
Si certains résultats sont bons (abstraction faite de leur médiatisation), c'est qu'on a eu les bons émissaires. Qui de mieux placé, en effet, pour vendre un projet de justice transitionnelle qu'un ancien prisonnier politique, auréolé de son passé carcéral comme Benzekri ? C'est même flatteur pour un gouvernement de le recevoir, ajoute un politologue. Soit, mais est-il dans son rôle ? Clairement, Benzekri, El Ouadie et Benyoub devaient-ils assurer un service après-vente ? Oui, mais auprès de la clientèle naturelle de l'Instance, tranche un ancien responsable de l'IER. Par clientèle naturelle, ce dernier désigne les ONG et les médias internationaux. Il est légitime que les membres de l'IER fassent savoir ce qu'ils ont fait, si ce n'est que pour partager une expérience de justice transitionnelle de plus dans le monde, mais en aucun cas, ils ne devaient traiter avec les organismes gouvernementaux ou les Etats, affirme l'ex-responsable au sein de l'Instance. Pour cela, il y a un autre canal : les Affaires étrangères. Or, une source sûre au sein de ce département affirme que le ministère attend toujours les plans de communication sur les deux rapports qu'il a demandés à plusieurs consulats dans le monde. En attendant, on colmate comme on peut. Justement, pourquoi colmater ? Plutôt qu'une information de l'opinion mondiale, la frénésie que met le Maroc dans son action ressemble à une campagne de communication. Pourquoi faire ? Le pays est-il à ce point attaqué ? Peut-être pas mais le Maroc souffre indéniablement d'un déficit en communication. Ces dernières années, tassement de l'effet M6 aidant, le Maroc est vaguement devenu un exportateur de terrorisme, un ennemi de la liberté de la presse, un pays dont la justice est aux ordres, etc. Les autorités ont donc sauté sur la première occasion pour corriger ces images désastreuses. Le hic, c'est qu'on est passé du néant à l'overdose, analyse un consultant.
Etranger, en avant toute !
Autre hic, la communication autour des deux rapports a été exclusivement orientée vers l'étranger. Alors qu'au départ, les deux pavés étaient censés susciter un débat intérieur. Sur ce point, l'IER plaide coupable. Depuis le début, les médias locaux n'ont pas fait l'effort du positivisme. Ils n'ont retenu que le côté sensationnel de la chose, les coulisses et la moitié vide du verre. à un moment, l'IER a décidé d'orienter entièrement son travail vers l'international, reconnaît un ancien responsable de l'Instance. Un journaliste marocain spécialisé dans les sujets relatifs aux droits humains élargit l'angle d'analyse : en marketant les résultats du rapport à l'international, et après avoir récolté les éloges du monde entier, que vaudront les critiques locale ? Les officiels ont préféré anticiper. Problème, en faisant l'économie d'une communication interne, l'entreprise Maroc se mord la queue. Démonstration : admettons que l'image officielle du royaume soit aujourd'hui moins terne qu'avant. Cela a son importance, ne serait-ce que pour encourager les investissements, rassurer les partenaires et les bailleurs de fonds... Ceci dit, quand un investisseur prospecte le marché marocain, il ne s'arrête pas à l'image officielle, mais demande conseil aux services consulaires de son pays. Ces derniers, se basant essentiellement sur les commentaires de la presse locale, lui fournissent fatalement un rapport aux antipodes de ce qu'il a pu glaner au niveau officiel. Le décalage a de quoi décourager.
Cette situation pose un autre problème : quels relais réservera le Maroc à la campagne qu'il mène actuellement ? Logiquement, la mission des ex- membres de l'IER prendra bientôt fin. Qui assurera la suite des événements ? Qui entretiendra l'image du pays résolument tourné vers la démocratie et soucieux du respect des droits humains ? Logiquement, ce devrait être le ministère des Affaires étrangères. Son bilan n'est, à ce jour, pas du tout reluisant en la matière.
Les plus optimistes tableront à long terme, sur la concrétisation des recommandations de l'IER (jugées excellentes et pragmatiques) sur le terrain. Plus clairement : que les institutions se substituent aux individus. Est-il encore temps ? A trop vouloir communiquer, n'a-t-on pas oublié la cause ? Même quelques membres de l'Instance ne font plus aujourd'hui l'économie de ces questions. Car qui parle encore aujourd'hui de son colossal travail ? Qui s'approprie ses recommandations ? Quel citoyen exigera par exemple qu'un minimum de ces recommandations soit contenu dans les programmes des partis en 2007 ? Et plus largement, qu'avons-nous fait pour l'éducation aux droits de l'homme ? C'est encore trop tôt pour en parler, avancent certains. Pas tant que ça, répond un ex-responsable. Il fallait susciter et entretenir l'intérêt autour de la question au lieu de dévoyer le débat. Aujourd'hui, j'ai peur qu'on ne retienne de l'expérience qu'un challenge gagné par un groupuscule de militants qui tout au plus, auront rendu un bon devoir.
Le chroniqueur Najib Refaif a finalement trouvé la formule : l'expérience de l'IER est une histoire sans morale. Une histoire où on a choisi de communiquer avant d'informer, d'expliquer. Où le propagandiste et le conjoncturel l'a finalement emporté sur le pédagogique. Est-il déjà trop tard pour y remédier ? Cela, même les pires détracteurs de l'Instance n'osent pas encore le croire. |
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Communication publique. De Hassan II à Mohammed VI
Même parmi ses pires opposants, personne ne conteste le titre de monstre de la communication à Hassan II. A chaque fois, le monarque allait en personne au charbon. Discours improvisés, grandes interviews, conférences de presse, n'avait-il pas répondu, les yeux dans les yeux à Anne Sinclair que, Meggouna n'est que la capitale des roses, à d'autres que Tazmamart n'existe pas ?. Il avait le monopole de la communication et occupait la scène, même quand il n'avait rien à dire. Avec Mohammed VI, c'est différent. Il occupe la scène par l'action (déplacements, inaugurations, etc.) et délègue la communication. Problème, cette dernière part dans tous les sens sans servir une vision bien déterminée. Ce qui est dommage parce que Mohammed VI ne vend pas du vent mais du contenu. N'a-t-il pas produit la Moudawana, l'INDH, l'IER et récemment le Rapport du Cinquantenaire ? Autant de concepts marketing crédibles, qui pourraient tenir plus longtemps si seulement ils étaient bien vendus. |
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