Tiré de sa méditation, ZB se trouve face à lhomme le plus inintéressant du monde.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Le téléphone de Zakaria Boualem se met soudainement à vibrer de toutes ses forces. C'est un peu normal, allez- vous me répondre : un téléphone, lorsqu'il se décide à vibrer, le fait toujours soudainement. Soit. Zakaria Boualem le contemple d'un air froid. Il ne répond pas tout de suite. Il commence par s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un bipage. Il refuse, depuis mi-2004, de considérer le bipage comme une tentative de communication entre deux adultes responsables. Nous avons déjà expliqué pourquoi. Le téléphone vibre toujours, il se met même à sonner. C'est la fête
De très mauvaise humeur, Zakaria Boualem se décide enfin à réagir. Il déteste être dérangé, surtout lorsqu'il est occupé. Un observateur neutre aurait protesté : Mais Zakaria Boualem, en l'occurrence, n'est pas occupé du tout : il ne fait rien. Erreur ! Certes, il ne fait rien, mais il est en fait très occupé. Il médite. Longtemps, il a pensé que les longues minutes d'hébétude passées dans un monde parallèle étaient le signe d'une paresse sans nom. Mais depuis qu'il s'est renseigné sur Internet, il sait qu'il s'agit de méditation, et non de glandage. Selon la source meditationfrance.com, méditer veut dire devenir un témoin, pour simplement observer les pensées et les émotions. Peut-on imaginer une définition plus précise de l'activité principale de notre Guercifi ? Il décroche enfin, il se trouve face à un dénommé Abdelbaqi qui a la particularité d'être l'homme le plus inintéressant du monde. Chez les Boualem, on dit de ce genre d'individu qu'il a le sang lourd, une manière très précise d'expliquer qu'en leur compagnie, le temps se refuse à couler. Abdelbaqi lance les |
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politesses d'usage, en version abrégéé à cause des tarifs en vigueur, puis il lance, l'air de rien : Je t'ai appelé hier soir, tu n'as pas répondu. Zakaria Boualem fait comme s'il n'a rien entendu. Il grogne un truc du style : ça va hamdoullah
. Mais Abdelbaqi insiste : Vers huit heures trente, neuf heures
. Puis Abdelbaqi laisse un silence s'installer, signe incontestable qu'il exige une réponse à sa question qui n'en n'est pas une. La seule réponse que Abdelbaqi attend, c'est une excuse du style : Oui, j'étais au hammam, ou un truc du genre. Zakaria Boualem, lui, refuse catégoriquement de lui fournir cette excuse. Il laisse donc le silence s'installer lourdement. Il ne voit pas au nom de quoi il devrait expliquer à un quasi-inconnu les détails de son emploi du temps qui ont abouti au fait qu'il n'ait pas répondu hier soir vers huit heures trente, neuf heures. Il pouvait être sous la douche, aux toilettes. Il était peut-être en train de préparer des ufs au khliî ou de faire une sieste. Oui, à huit heures trente, neuf heures. ça pose un problème ? Il était même probablement en train de méditer, tout simplement. En quoi ça regarde Abdelbaqi ? Si ça avait été très important, Abdelbaqi aurait laissé un message, et voilà. Mais Abdelbaqi n'a pas laissé de message, ce qui est logique puisque Abdelbaqi n'a jamais rien dit d'important à Zakaria Boualem. On peut même avancer sans danger qu'il n'a jamais dit grand-chose d'important à personne.
Le silence dure. Zakaria Boualem, tout seul dans sa tête, s'énerve de plus en plus. Pourquoi tous les Abdelbaqi du monde veulent-ils se mêler de ce qui ne les regarde pas ?! Un homme libre dans une démocratie accomplie comme la nôtre a-t-il le droit de laisser une plage horaire d une demi-heure floue dans son emploi du temps ? Abdelbaqi, de son côté, attend toujours sa réponse, en silence lui aussi. En toute bonne foi, il s'est inquiété la veille, vers huit heures trente, neuf heures. Le coup de fil dans le vide lui a laissé penser que Zakaria Boualem avait peut-être été victime d'une chute dans l'ascenseur (Il ne prend jamais l'escalier), d'un enlèvement de la part de Al Qaïda, de la chute d'un immeuble mouillé ou d'une autre catastrophe. C'est son angoisse qui a engendré son comportement policier, comme chez notre ministre de la Justice : il a peur pour nous alors il nous flique. Cette explication ne justifie rien. Zakaria Boualem exerce son droit d'homme libre : il raccroche. Tout simplement. |