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N° 213
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Encore les caricatures !

La publication des caricatures de Mohammed continue de générer dans le monde musulman une violence sans commune mesure avec l'objet initial du délit. A titre personnel, une seule caricature me choque vraiment, c'est bien évidemment celle du prophète déguisé en terroriste ce qui laisse à penser que soit il en était un soit que les musulmans eux-mêmes le sont tous. Ce type d'amalgame est évidemment intolérable et doit être clairement condamné.
Mais ce qui l'est tout autant, c'est la réaction complètement hystérique et hors de proportion du monde musulman : saccage et incendie de missions diplomatiques, boycottage économique et appel au meurtre ! En Europe, caricature, critique, liberté d'expression sont des valeurs sacrées avec lesquelles on ne transige pas même quand elles sont utilisées de manière stupide comme dans le cas présent. Quand une communauté se sent attaquée ou blessée, il existe des tribunaux pour régler ce type de conflits et obtenir, le cas échéant, réparation.
La manifestation organisée le week-end dernier à Bruxelles appelle plusieurs interrogations : pourquoi la communauté musulmane n'a-t-elle pas manifesté après les attentats de Madrid et Londres ? Où était-elle lorsqu’on enlevait et décapitait les otages occidentaux en Irak ? Enfin pourquoi ne pas manifester devant l'ambassade d'Arabie Saoudite qui interdit aux chrétiens y résidant de pratiquer leur foi sous peine d'être jetés en prison ? Enfin, si certains musulmans résidant en Europe ont tant en horreur les valeurs occidentales de liberté et laïcité, pourquoi y restent-ils ?

Frank Nouma, Bruxelles, ex-rédacteur en chef de Trait d'union mensuel judéo-arabe



Vous payez cher votre audace

Je voudrais tout d'abord exprimer mon indignation face à l’acharnement subi par votre publication. Le verdict des juges montre bien la dépendance et la partialité de la justice marocaine. Ce n’est pas nouveau. Malheureusement la seule chose que nous puissions faire, mes amis et moi, c'est acheter TelQuel régulièrement et inciter notre entourage à faire de même. L'audace de votre ligne rédactionnelle que des “sécuritaires” veulent à tout prix juguler est l'ultime bouffée d'air que la liberté d'expression continue à respirer. Ahmed Benchemsi a revendiqué, dans l'un de ses éditoriaux, le fait qu'il ne veut pas faire dans le militantisme, réservé aux syndicats et partis politiques mais accomplir un simple travail de journaliste honnête et professionnel. L'état actuel lamentable des partis politiques et des syndicats est transitoire, même si ça dure depuis si longtemps. Les générations de demain maudiront la nôtre et même celle qui nous a précédés et l'histoire racontera notre paresse, notre arrivisme et notre misère intellectuelle. Heureusement elle racontera aussi que des hommes et des femmes ont résisté, des citoyens libres qui ont été malmenés et même emprisonnés pour avoir voulu participer à la modernisation de notre pays, pour avoir tout simplement fait leur travail. La presse indépendante, parce qu’elle a fait confiance à un discours officiel faussement progressiste, paie cher sa franchise et son audace.

Samir Toumi, Casablanca.



Bouabid, le socialiste !

“Sans Bouabid, il n’y a pas de parti socialiste au Maroc !” a dit Omar Benjelloun lors de la préparation du congrès extraordinaire de 1975. Face au protectorat Si Abderrahim impose la souveraineté du Maroc et choisit le socialisme comme solution. Il ne prend pas le maquis mais défend l’option révolutionnaire pensée par son ami Ben Barka. Il assume ses conclusions et met le mouvement socialiste définitivement sur le rail de la lutte démocratique. Visionnaire quant à la question du Sahara, il est intraitable sur la souveraineté populaire. Dans une démocratie républicaine ou parlementaire, Bouabid aurait connu le plébiscite. Indépendamment de sa nature charismatique, il avait ces qualités qui siéent aux hommes d’Etat : La conviction, l’aisance et la capacité de synthèse. Dans un contexte politique complexe et des légitimités hésitantes, la démocratie demeure indispensable et le Sahara reste enfoncé dans un engrenage paralysant. L’Histoire a tranché en faveur de Abderrahim Bouabid qui a gagné la guerre de la raison !

Omar Mahmoud Bendjelloun.

 
 
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