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Affichage urbain. Sajid joue avec le feu
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N° 213
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Affichage urbain. Sajid joue avec le feu

Mohamed Sajid, maire
de Casablanca. (AIC PRESS)

Le maire de Casablanca, Mohamed Sajid, impose ses règles dans l’affichage. La profession s’incline sans résistance. Des doutes persistent pourtant sur la réaction de FC Com, la société de Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi.


Mohamed Sajid, maire de Casablanca, veut mettre de l’ordre dans le secteur de l’affichage. Il propose de renégocier les termes des conventions liant les opérateurs à la collectivité locale. Au menu, augmentation des redevances et réaménagement du parc des panneaux publicitaires. Le but est d’assainir une branche qui s’est développée en
l’absence de toute législation. “Assainir, oui, mais tuer les petits, non”, s’insurge un acteur économique. Cet état d’esprit est largement répandu sur le marché. Les petits estiment effectivement que les redevances, telles que définies par la nouvelle convention, sont exorbitantes. Les grands, eux, font profil bas. “Ils paieront pour éviter le pire, mais veulent des garanties”, confie un proche de Sajid.

Un pari politiquement risqué
Fin 2005, Sajid sort de ses tiroirs un dossier épineux. Il s’agit des conventions signées par la multitude de communes urbaines (il y en avait 27 avant l’unification de la ville), attribuant des autorisations aux afficheurs. Leur analyse fait état de redevances anormalement basses, de lieux et d’un rythme d’implantation des panneaux mal étudiés, de divergence dans les termes des différents contrats… Tout est à refaire. Des consultations individuelles sont menées par le maire. Il en a retenu que le secteur pouvait supporter une augmentation assez forte des redevances. “En tout cas, il a pris conscience que le secteur était mal organisé et surtout, que l’absence de solidarité corporatiste lui laissait une grande marge de manœuvre”, poursuit notre source.

Résultat : le montant de la redevance exigée par la municipalité se multiplie par 2,5, 3 et 4 suivant les formats, les panneaux déroulants remportant la palme avec une augmentation-record de 500%. Dans la foulée, Sajid propose aux entreprises ayant pignon sur rue, la signature d’un contrat portant sur un an d’exploitation. Les tractations entre mairie et association des afficheurs rallongent la durée de la convention à trois ans. C’est un mieux pour une grande partie des opérateurs mais c’est loin de les satisfaire. “Il faut un minimum de cinq ans pour avoir une visibilité et attirer les investisseurs étrangers vers ce secteur”, souligne Patrick Gibault, PDG de Axo Média. Les afficheurs n’obtiennent pas gain de cause sur ce chapitre. En revanche, des contraintes, ils en auront. La nouvelle convention met un point d’honneur à réduire le parc de panneaux. Obligation est ainsi faite de revoir leur déploiement et de proposer un plan d’exploitation : le nombre de panneaux meublant les embranchements de la ville sera revu à la baisse. Les sucettes qui pullulent sont particulièrement visées. A cela s’ajoutent les économies que devra réaliser la ville en transférant aux opérateurs les charges d’éclairage : jusque-là, la communauté payait l’électricité dont profitaient les sociétés d’affichage (au moins 6 millions de dir-hams par an).

FC COM laisse planer des doutes
Le coup de force de Sajid semble porter ses fruits. Alors que nous mettons sous presse, des afficheurs proposent à la mairie des plans d’exploitation et s’apprêtent à signer la convention. Pour en arriver là, il a fallu faire des études sur la rentabilité des panneaux, décider de la réduction du parc en fonction du chiffre d’affaires par panneau et ensuite préparer le chèque de la redevance. “Le problème ne réside pas dans son montant. Celle-ci aurait été plus acceptable si tout le monde était logé à la même enseigne”, déplore Patrick Gibault. Le patron de Axo Média n’en dira pas plus. D’autres oseront parler plus précisément : “Sajid ne nous a pas donné la garantie que tout le monde paiera et que la concurrence ne sera pas biaisée”. Décryptage : personne ne sait si FC COM passera à la caisse. A titre indicatif, la société appartenant au secrétaire particulier du roi, Mounir Majidi, gère à peu près 250 panneaux dans tout Casablanca. Si l’on applique les tarifs imposés par Sajid, sa société devrait verser pas moins de 15 millions de dirhams de redevance. Le fera-t-elle ? Personne ne sait. Nous avons essayé d’en avoir le cœur net, mais les patrons de FC COM sont restés injoignables.

Autre crainte, les petits acteurs du marché se disent condamnés. “Le but de Sajid n’est pas d’assainir, mais de réduire le nombre des opérateurs du secteur. Le niveau des redevances reflète le choix du maire. Il veut pousser les petits vers la sortie et garder les grands, même s’ils sont les acteurs du désordre”, confie un “petit” de la place. Il y a du vrai dans cette analyse. L’un des “grands” du secteur la confirme. “L’avenir de l’affichage dépend de la capacité à investir”, estime-t-il.

Or le niveau des redevances pousse à investir dans les panneaux déroulants : ils sont plus rentables, mais ils coûtent cher, extrêmement cher. Il faut 25 000 euros (presque 300 000 DH) pour importer un panneau déroulant, sans compter la taxe douanière (plus de 70% de la valeur d’achat). Pour déployer un parc de 50 panneaux, il faut mobiliser plus de 25 millions de dirhams. Qui pourra mettre sur la table une telle somme tirée de ses fonds propres ? C’est là la grande faille du système. Pour preuve : une grande société de la place a sollicité un crédit bancaire pour financer ses investissements en équipement. La réponse de la banque a été sans appel. Niet. Le secteur est jugé instable. Les banques refusent de financer des actifs qu’elles ne peuvent pas revendre en cas d’incident de paiement. Qui achètera un panneau d’affichage en cas de la faillite de son propriétaire ? Personne. Sans oublier que les montants sollicités auprès des banques nécessitent une longue durée de remboursement. Or, les contrats d’exploitation signés avec la collectivité locale ne dépassent guère trois ans.

Qu’adviendra-t-il après l’expiration des contrats ? Là aussi, la réponse est floue. D’ailleurs, seule FC COM dispose d’un contrat (privilégié) de 30 ans signé avec la Communauté urbaine. Sera-t-il remis en cause dans l’action d’assainissement de Sajid ? Pas sûr non plus. Après coup, on se rend compte que le plan d’action de Sajid comporte des inconnues. Le plus étonnant dans tout cela, c’est que les opérateurs jouent le jeu. Ils n’ont pas le choix. Le manque de législation laisse les coudées libres au maire. Il peut aller jusqu’à imposer un appel d’offres pour la concession de l’exploitation de l’affichage. “Imaginez un appel d’offres dans le secteur, on finira par s’égorger à force de nourrir la surenchère”, ironise un opérateur de la place. Dans cette logique, les redevances seront plus importantes et des 37 sociétés existant actuellement, ne resteront que trois ou quatre : comme personne ne veut précipiter sa propre mort, la proposition de Sajid a été acceptée. Les conventions signées actuellement lui survivront-elles ? Les élections de 2007 apporteront, encore une fois, leur lot d’interrogations. En attendant, les opérateurs de l’affichage naviguent à vue. Ils n’agissent que sous le choc, encourageant l’anarchie et le manque d’éthique.



Panneaux de 4x3m.
Avant.
Qu’ils soient statiques ou déroulants : 15 000 DH par an à l’unité.
Aujourd’hui. La redevance est fixée à 60 000 DH annuels par unité pour les statiques et à 75 000 DH pour les déroulants.

Sucettes.
Avant.
Ces petits formats ne coûtaient que 5000 DH par unité et par an.
Aujourd’hui. Pour réduire le nombre de ces supports dans la ville, la redevance annuelle est fixée à 15 000 DH.

Affiches murales.
Avant.
Les afficheurs payaient une moyenne de 20 000 à 40 000 DH, parfois non déclarés par les syndics d’immeubles
Aujourd’hui. La redevance passe à 100 000 DH par an pour 50 m2 et 900 DH par m2 supplémentaire.

 
 
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