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N° 213
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Je ne suis jamais entré dans la brasserie Lipp”

Antécédents
Bachir Ben Barka
Fils de Mehdi et prof de maths

1950. Naissance à Rabat.
1964. Exil volontaire de la famille en Egypte.
1965. Enlèvement puis assassinat de son père, Mehdi Ben Barka.
1975. Dépose une plainte pour assassinat à Paris.
1984. Doctorat en maths à Bordeaux puis enseignant universitaire.
1999. La famille Ben Barka décide de revenir au Maroc.
Smyet Bak ?
Mehdi Ben Ahmed Ben Barka.

Le célèbre opposant ?
Oui mais c’est réducteur. Il était aussi un vecteur de propositions et de perspectives d’avenir.

Symet mok ?
Ghita Bennani.

Nimirou d’la carte ?
Ça, je l’ai prévu. PS 80 67 54.

PS, c’est quelle ville ?
Alors là, les codes de l’Intérieur sont impénétrables.

Ni les conclusions de l’IER ni la récente commission rogatoire n’ont permis de connaître la vérité sur la disparition de votre père. Ce n’étaient pas les dernières chances ?
Du tout. Depuis le départ, nous avons dit que l’IER est une forte chance parmi d’autres. Nous avons également dit que nous comptons poursuivre l’action judiciaire. L’échec de la récente commission rogatoire ne ferme pas la porte à d’autres qui dépasseront, je l’espère, l’aspect anecdotique qui a marqué la précédente.

Mohammed VI a annoncé dans une interview, “…j’ai à peu près le même âge que Bachir, le fils de Ben Barka. Il serait inconvenant de ma part de (lui) demander d’oublier et de tirer un trait sur le passé”. Vous croyez toujours en sa bonne foi ?
Il n’y a pas de raison pour que j’en doute. Maintenant, il faut que les actes de justice suivent, qu’ils soient en adéquation avec ses intentions. Ça n’a jamais été le cas depuis cette déclaration.

Vous revenez souvent à la brasserie Lipp ?
Au moins une fois par an. Tous les 29 octobre, date-anniversaire de la disparition de mon père depuis 40 ans maintenant. Je n’ ai jamais mis les pieds à l’intérieur.

Pas le courage ?
Non, mais l’occasion ne s’est jamais présentée. Je ne fais pas de fixation sur la brasserie. Peut-être qu’ inconsciemment, je me dis que si mon père n’y est pas entré, je n’ai rien à y faire non plus.

Si votre père était resté en vie, il aurait eu un destin à la Abderrahmane Youssoufi ou Abdallah Ibrahim ?
Je pose la question autrement. Si Mehdi Ben Barka, Che Guevara ou Allende étaient restés vivants, le monde serait-il resté le même ? Parfois, il faut des hommes pour mener les mouvements de société. En 1966, Youssoufi a été la cheville ouvrière du combat pour l’établissement de la vérité sur l’enlèvement de Ben Barka.

En 1998, il a refusé d’évoquer l’affaire avec Jospin. A quoi aurait ressemblé le parcours politique de mon père ? Il serait resté, je crois, fidèle à sa pensée. Acceptant le compromis mais pas les compromissions.

Vous avez choisi l’exil volontaire en France, tout comme les Oufkir. Vous vous croisez ?
C’est du passé. On ne reporte pas sur les enfants les actes des parents.

Que pensez-vous de l’exploitation de la mémoire de votre père par l’USFP ?
C’est très complexe. La mémoire de mon père ne doit pas faire l’objet de calculs politiciens. Tous les militants de l’USFP sont attachés à sa mémoire. Cet attachement de la base du parti permet à la direction d’exploiter l’affaire comme une carte politique, mais d’un autre côté, cet attachement l’empêche de renoncer à la vérité.

Vous n’avez pas peur de léguer la recherche de la vérité à vos enfants ?
C’est ce que je n’aimerais pas. Ma grand-mère est morte paralysée, sans savoir ce qui est arrivé à son fils. Mes filles connaissent l’affaire, elles en sont touchées et posent des questions. J’aimerais leur répondre plutôt que de les laisser face à la raison d’Etat. Ce qui me met en colère, c’est que les éléments matériels existent encore, les témoins aussi. Il faut faire très vite.

Si demain, Mohammed VI vous demandait d’apprendre les maths à Moulay Hassan ?
Pourquoi pas ? À la création du collège impérial, mon père était le seul prof de maths marocain au lycée français. C’était normal qu’il enseigne au collège royal. Aujourd’hui, je crois qu’il y a d’excellents profs au Maroc, pourquoi aller chercher un émigré ? Ne faites pas de parallèle, mon père a été un mathématicien. Je suis un prof de maths.

 
 
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