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N° 213
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Partis. La marmite électorale

(DR)

A plus d'un an de l'échéance 2007, la fièvre électorale a déjà gagné les principaux partis du pays. Alliances, mésalliances, gourmandise des uns, opportunisme des autres… Ça bout, et le ragoût est loin d'être prêt.

Coucou, la Koutla est de retour. Mais loin des objectifs pour lesquels elle a initialement été formée, en gros, l'alternance. Même si ses promoteurs s'en défendent, la Koutla a été remontée à des fins purement électorales, sans l'OADP, transformée en GSU, puis en PSU et surtout sans le PPS. La Koutla, qui a désormais des allures d'alliance, est une équation à deux : l'USFP et l'Istiqlal. “C'est plus exactement une formule à 2 + 1, rectifie toutefois un membre de la direction de l'Istiqlal. Le PPS peut toujours nous rejoindre plus tard sur certains points, mais pas avant que l'on n'ait élaboré une charte commune à l'USFP et au PI”. Les deux plus grands partis marocains (en dehors du PJD, bien sûr) planchent sérieusement sur un deal négocié dans le plus grand secret. Les grandes lignes sont déjà arrêtées : un programme commun sur la base des mêmes propositions pour une réforme constitutionnelle et pour un mode de scrutin concerté. Des candidatures communes aux élections 2007 ne sont pas exclues. “En
gros, nous résume cette source à l'USFP, le deal passé entre les deux partis revient à gouverner ou faire l'opposition ensemble, à l'horizon 2007”. L'accord devrait être finalisé dans quelques semaines avant la fin mars, de manière à le faire valoir lors de la prochaine session du Parlement, attendue en avril 2006.

L'Istiqlal, tiraillé
Dans l'absolu, USFP et Istiqlal n'auront guère de mal à accorder leurs violons quant aux propositions de réforme constitutionnelle, qui porteront essentiellement sur la désignation (par le roi) du Premier ministre et l'élargissement des prérogatives de la Primature, mais aussi sur la dissolution de la deuxième chambre du Parlement. Rien d'extraordinaire, tant les revendications semblent faire l'unanimité parmi les autres partis de la classe politique. La nouveauté devrait concerner ce qu'on appelle “les détails techniques de la gouvernance (ou de l'opposition)”, c'est-à-dire le nombre et la nature des portefeuilles gouvernementaux qui reviendraient à chacun des deux partis, en coordination avec la volonté royale bien entendu. Malgré leur discrétion sur le sujet, l'USFP et l'Istiqlal essaient, chacun de son côté, de négocier en faisant basculer le rapport de forces de son bord. L'Istiqlal n'oublie pas qu'il peut, le cas échéant, compter sur ses affinités naturelles (le conservatisme religieux notamment) avec le PJD, au cas où ce dernier parti s'imposerait aux prochaines élections. La dernière interview du Secrétaire général de l'Istiqlal, accordée à notre confrère Le Reporter magazine, ne lève guère le doute sur ces affinités moins théoriques qu'il n'y paraît : “Nous avons des rapports cordiaux et de respect mutuel (avec le PJD) et nous nous rencontrons tous les six mois. Et il y a toujours des échanges de points de vue entre députés. Pour ma part, je rencontre mes confrères du PJD deux fois par an. Sur beaucoup de points, il y a une similitude de vues : l'affaire du Sahara, l'islam modéré. Hier, le PJD a publié un communiqué concernant les caricatures du prophète, nous en avons publié également un du comité exécutif”. De quoi laisser la porte ouverte, sinon à une alliance en bonne et due forme, du moins à une “composition” avec le parti de Saâdeddine Othmani, si ce dernier s'imposait en numéro 1 en 2007…

L'USFP, agressif
C'est l'USFP qui se montre incontestablement le plus offensif dans cette relation de “faux frères” qu'il entretient avec l'Istiqlal. En critiquant le dernier rapport de l'IER, via une remise en avant de l'affaire Ben Barka, l'USFP lance un message clair au pouvoir : il n'est pas question que la parti joue les figurants dans la prochaine législature de 2007. L'USFP a, pour le reste, tenu à rappeler sa prééminence historique par rapport à son allié conjoncturel, l'Istiqlal, en publiant les mémoires de son fondateur, Abderrahim Bouabid, un document qui épingle les grandes figures istiqlaliennes. Dans l'entourage de Mohamed Elyazghi, le timing choisi pour la publication est bien “une manière de remettre les pendules à l'heure par rapport à l'Istiqlal”. L'USFP en a remis d'autres à l'heure, cette fois en direction de ses alliés naturels de la gauche, PPS et PSU principalement. “Même si rien n'est officiel, nous explique cette source au PPS, l'USFP n'est pas loin de nous proposer de nous dissoudre en son sein, au moment où il serait plus équitable de nous impliquer, sur un même pied d'égalité, dans son rapprochement ave l'Istiqlal”. La même proposition d'intégration a été faite, toujours indirectement, aux petits frères du PSU. A moins d'un miracle, cela paraît, dans un cas comme dans l'autre, relever pourtant de l'impossible. En tentant malgré tout le coup, le parti d'Elyazghi, qui a déjà “avalé” le PSD, ne semble avoir d'autre ambition que de montrer à ses alliés naturels qu'il reste incontournable pour un éventuel strapontin électoral en 2007.

Le PJD, “ouvert”
Les calculs de l'USFP renvoient à ceux effectués, à l'autre extrémité du champ politique, par le PJD. Les amis de Othmani se sont certes délestés de Mohamed Khalidi, parti fonder le Parti de la renaissance et de la vertu, mais ils se sont trouvés entre-temps un allié stratégique : les Forces citoyennes de l'ancien patron des patrons, Abderrahim Lahjouji. Le calcul du PJD est simple : renforcer davantage l'assise du parti en lui adjoignant, en plus des masses populaires, des cadres supérieurs. Pas de fusion avant le prochain congrès, prévu en mai 2006, mais le PJD peut déjà compter sur les électeurs des FC pour 2007. Il risque par ailleurs de récupérer d'autres électeurs : ceux du RNI, principal parti du centre-droit. “Nous désirons travailler avec le RNI, nous confirme une source autorisée au PJD, mais nous attendons que ce parti règle ses problèmes internes avant d'envisager une éventuelle alliance”. Osman et ses nombreux détracteurs du RNI semblent, pour leur part, avoir ajourné la possibilité d'une scission au sein du “parti bleu”. Le temps, peut-être, de mesurer les conditions d'une réconciliation à l'aune de leurs ambitions électorales.

Les harakis, opportunistes
L'électoralisme ambiant a également atteint le pôle haraki, fruit de l'union entre trois partis : MP, MNP et UD. En additionnant leurs efforts et le nombre de leurs députés, les trois partis rejoignent de facto le rang des favoris pour 2007. Pour forcer le destin, le pôle est allé jusqu'à démettre l'un de ses principaux acteurs, Bouazza Ikken, le patron de l'UD : “Ikken s'est retrouvé contre l'union parce qu'elle réduisait ses ambitions personnelles, nous commente une source harakie. Mais ses amis de l'UD ont compris que leur intérêt, dans la perspective des élections, était de rejoindre le pôle haraki, d'où leur choix de déposer leur secrétaire général”. Celui-ci risque d'être rejoint, demain, par d'autres victimes de la fièvre électorale qui s'est emparée de la classe politique.



Istiqlal. Les calculs de Abbas

À l'Istiqlal, tout le monde se pose la question de savoir ce que deviendra Abbas El Fassi en 2007 : secrétaire général pour un troisième mandat à la tête du parti… ou Premier ministre ? Bizarrement, et comme nous l'ont confirmé plusieurs sources istiqlaliennes, c'est la date de la tenue du prochain congrès qui devrait apporter la réponse. S'il se tient comme prévu en février 2007, El Fassi ne sera plus le SG de l'Istiqlal (à moins qu'il ne tente de modifier les statuts du parti), ce qui réduirait à ses yeux ses chances d'être “premier ministrable” en 2007. Si le congrès est reporté au-delà des élections, ce qui semble plus probable, El Fassi pourrait y aller après avoir été fixé sur ses ambitions gouvernementales : un Abbas El Fassi Premier ministre devrait accepter d'abandonner le leadership de l'Istiqlal, un Abbas El Fassi recalé de la Primature ferait tout pour briguer un nouveau mandat à la tête du parti. C'est ce que pensent, en tout cas, ses nombreux adversaires au sein même de son propre parti.

 
 
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