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N° 213
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ali Kettani*

Tribune. Inversons la spirale de la violence !

À Karachi (Pakistan), des chiites
brûlent des drapeaux danois
et américains. (AFP)

Les manifestations violentes contre les caricatures du prophète renvoient une image dévastatrice de l'islam à l'Occident... qui s'en sert pour justifier son agression contre le monde musulman. Il est temps de changer d'approche, des deux côtés.


Les images de musulmans casseurs, de Djakarta à Beyrouth, en protestation aux caricatures du prophète Mohammed publiées au Danemark sont tout simplement révoltantes et inacceptables. Comment accepter, en effet, que cette minorité prenne en otage - même symboliquement - l'islam, voire le monde entier, dans la folie
destructrice d'une foule déchaînée et assoiffée de vengeance ? Comment accepter qu'à force de braquer les caméras sur ces foules déchaînées, on confisque la parole et l'image à toute voix mesurée et raisonnable parlant au nom de l'islam, de ses vraies valeurs fondamentales de tolérance et de dialogue ? D'où viennent ces agissements outranciers ? D'où vient l'impuissance des Etats musulmans à les contenir et leur opposer fermement un discours de raison ? Que nous enseignent-ils sur l'état d'une religion pourtant forte et non menacée ?

D'un caricaturiste isolé à l'Occident global !
La “rue musulmane” en général, et la “rue arabe” en particulier ont été éduquées à l'école du totalitarisme pendant quarante années ou plus, sous le joug de systèmes autoritaires et autocratiques. De ce fait, les citoyens sont enclins à identifier la presse aux gouvernements, l'individu au groupe, le droit de protester à celui de casser et de tuer. Ainsi, rares sont les voix qui s'élèvent aujourd'hui dans le monde musulman pour discerner entre, d'une part, un acte répréhensible, méprisable, et légitimement condamnable - c'est-à-dire la publication des caricatures incriminées - mais qui demeure l'acte d'un individu, d'une publication libre (mais attaquable légalement) et, d'autre part, la politique d'un gouvernement, d'un continent ou d'un groupe religieux. Cette simple distinction semble relever de l'utopie intellectuelle dans le monde musulman d'aujourd'hui. Cette impossibilité, dangereux indicateur de terrorisme intellectuel, augure de sombres jours à venir.

Par ailleurs, les fatwas contre Salman Rushdie ont ouvert la voie à une censure islamique mondiale. Une cause perdue d'avance mais qui ne manque pas de soldats - à l'image des censeurs dont les peuples musulmans, pour la plupart, subissent les assauts au quotidien.

Le choc de la globalisation économique et médiatique est subi de plein fouet par “l'Orient”, et donne des résultats désolants. De leur côté, les médias occidentaux saisissent toutes les occasions pour ostraciser plus, stigmatiser davantage, bref, créer des mises en scène manichéennes qui font leurs choux gras.

Si elles sont cathartiques et défoulantes pour leurs acteurs, les scènes de liesse, de danse, et de brandissement d'armes autour de drapeaux brûlés et de menaces de mort n'en sont pas moins dévastatrices pour l'image de ces derniers. Plus grave encore, elles contribuent à la perpétuation des problèmes qu'elles sont censées combattre, et à l'élargissement du fossé de l'incompréhension entre les civilisations.

Oumma contre Etat-nation
Une autre facette du problème concerne l'étendue de la “Oumma”, la nation musulmane, et le conflit qui s'accentue entre la notion de “Oumma” et celle d'Etat -nation. Il paraît clair qu'aucune entité, quelle qu'elle soit, ne détient aujourd'hui de représentativité globale sur la “Oumma”. En effet, cette dernière se caractérise par la diversité dans sa culture, sa sensibilité, sa gouvernance politique, et même dans son acception de l'islam. Alors que s'installe inexorablement, au niveau du citoyen, une tendance forte à s'identifier d'abord comme musulman avant d'être citoyen.

Par conséquent, en l'absence d'une voix unificatrice (à ce propos on peut s'arrêter un instant sur l'impotence et la non-représentativité de structures telles que l'Organisation de la Conférence Islamique), et en l'absence d'appels au calme des gouvernants, les foules ont recours à la violence et à des comportements d'un autre âge, auxquels les médias occidentaux n'omettent jamais de réserver une tribune bien exposée, comme pour dire “voilà à qui nous avons affaire, à des fous furieux qui dansent encore autour du feu”.

Les institutions représentatives, quand elles existent et qu'elles sont efficaces - telles le MRAP ou le CRIF en France quand il s'agit de protéger la mémoire de l'Holocauste - sont libres de protester de façon sereine, intelligente, et surtout efficace. Elles peuvent intenter des procès, saisir la presse, écrire aux gouvernants, bref, utiliser toutes les voies légales et non-violentes pour faire entendre leur point de vue. Étant entendu que ce qui est perçu comme provocation, tant que cela relève de l'expression, qu'elle soit écrite, verbale, ou visuelle, ne doit servir qu'à ouvrir des débats - ou des procès - entre des personnes qualifiées, directement ou par médias interposés, afin de résoudre les différends des uns et des autres, et rendre justice aux parties offensées.
Or la notion même de débat est encore largement embryonnaire dans nos sociétés musulmanes, et la violence, y compris la violence d'Etat, mais également la violence ordinaire de la rue, est encore largement un recours naturel et immédiat.

Extrémistes offensifs contre gouvernements faibles
Les gouvernants musulmans, pour la plupart politiquement faibles et non assis sur une légitimité démocratique, sont contraints de suivre leurs citoyens les plus visibles et les plus bruyants, dans un exercice conjugué - et voué à l'échec - de récupération politique locale, et de contenance des foules. Ils sont largement dépassés par leurs “rues”, et leurs tribunes officielles sont inopérantes, y compris face à leurs propres citoyens pour d'éventuels appels au calme et à la retenue.

Mais ne nous y trompons pas. Ces agissements empreints d'extrémisme et d'hystérie collective ne trouvent pas leur source dans une crise identitaire endogène. L'islam vit une période de relative force identitaire et démographique, et ne se sent pas fondamentalement menacé. Ces débordements sont plutôt le reflet d'un ras-le-bol généralisé de “l'Orient” face au traitement de choc frontal civilisationnel et religieux adopté par l'Occident suite aux événements du 11 septembre 2001 - un choix criminel et hasardeux opéré sans discernement par George W. Bush, et dont nous n'avons pas fini de subir les conséquences désastreuses. Une occasion a certainement été ratée, dans l'après 11 septembre, pour redéfinir les rapports entre l'Orient et l'Occident, avec les données d'aujourd'hui : fin de la Guerre Froide, maturité de l'idée d'un Etat Palestinien, structuration de l'Europe post-coloniale, montée des fondamentalismes, fermeture des frontières aux peuples du Sud et mondialisation économique. D'autres voies étaient certainement envisageables.

Or, la confrontation “Orient-Occident” telle qu'elle a été imposée par les acteurs en présence (Bush, Sharon, Al Qaïda…), a atteint une sorte de paroxysme permanent depuis l'enlisement de la guerre en Irak et l'éloignement de toute résolution du conflit israélo-palestinien. Depuis qu'Israël est mené par des gouvernements de droite dure, c'est-à-dire depuis 2000, on assiste à un basculement prévisible, qui a abouti sur la spectaculaire victoire du Hamas aux législatives palestiniennes.

Un rien peut allumer la mèche
Ce ras-le-bol contribue à créer une tension telle que la moindre caricature, le moindre mot, le moindre acte isolé, significatif ou ridicule, peut mettre le feu aux poudres d'un milliard d'individus à l'affût de la prochaine provocation, du prochain déni de droit et de respect.
Cet état de tension et de colère, justifié sur le fond par les graves événements et évolutions dans les divers conflits mettant en jeu les pays musulmans, est source de conflits encore plus graves, potentiellement dévastateurs à l'échelle mondiale. En effet, il crée une licence permanente pour que les extrémismes de tous bords s'expriment, avec la bonne conscience en prime. Et là réside le vrai danger !

Une nouvelle politique internationale est à définir d'urgence, afin de rompre la spirale qui se développe sous les yeux de la majorité impuissante des citoyens. Les politiciens et les gouvernants doivent courageusement donner du sens et de la substance à leurs structures, ne pas céder à la facilité : facilité de la violence armée et dominatrice pour l'Occident, facilité de l'extrémisme et de la victimisation des foules pour l'Orient.

Le fossé abyssal qui se creuse entre les religions ne profitera qu'à la pire minorité, celle des extrémistes et des profiteurs de guerre (armes, pétrole), au risque d'engouffrer notre planète dans un conflit mondial d'une autre envergure. La menace nucléaire a été brandie pour la première fois depuis la fin de la Guerre Froide… par la France, face à un Iran provocateur mais sûr de lui ! Le pays hôte des accords d'Oslo est montré du doigt comme ennemi par les musulmans ! Ne minimisons pas ces symptômes, alarmons-nous, débattons, convainquons, sans censure, sans terrorisme intellectuel, sans violence.

*Chef d'entreprise à Casablanca




Formule. Prends le fric et casse-toi !

Les Pays-Bas sont sans doute le pays qui facilite le plus le retour des émigrés marocains âgés à leur pays natal. Depuis 2000, la loi permet à ceux d'entre eux qui ont plus de 50 ans et qui ont vécu plus de 5 ans légalement sur place, de rentrer avec des avantages pécuniaires. Les rémigrés reçoivent ainsi une dotation de 650 euros (plus de 7000 DH) par mois et par couple. En outre, l'Etat leur alloue 2000 euros d'un coup pour payer le voyage du retour et les deux premiers mois de vie au Maroc.
Altruisme de la part du gouvernement de La Haye ? Pas exactement, puisque l'émigré est obligé de renoncer à sa nationalité hollandaise et même au droit de revenir aux Pays-Bas ! Cet arrangement est, bien sûr, basé sur le volontariat et remplace une expérience qui pouvait procurer au rémigré jusqu'à 250 000 DH. Les Néerlandais lui avait trouvé un nom : le Oprotpremie (la prime “Dégage” ou le fuck-off bonus).

 
 
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