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Par Abdeslam Kadiri
Grippe aviaire. Ce quil faut savoir
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Mohamed Badraoui, Responsable
aux eaux et forêts (DR)
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Malgré les efforts pour limiter son expansion, la grippe aviaire continue de se développer chez les volatiles. Après l'Asie et l'Europe, elle touche maintenant l'Afrique. Le point en cinq questions.
Un cap a été franchi cette semaine. Après l'Asie, d'où elle est partie, puis l'Europe d'où elle progresse par bonds successifs, l'infection touche désormais l'Afrique, plus précisément le Nigéria. Le virus touchera-t-il d'autres pays du continent ?
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En Europe, l'Italie, la Grèce, l'Autriche, l'Allemagne sont confrontées au virus, provoqué par le retour d'Afrique des oiseaux migrateurs. L'Allemagne et La France ont décidé le confinement des volailles et l'interdiction de la chasse.
Le doute gagne le Maroc aussi au lendemain de la découverte d'oiseaux mystérieusement morts près d'Ifrane (maladie du foie ?) et de l'annonce du passage de 500 000 oiseaux migrateurs au-dessus de nos têtes, entre février et avril. Dans le flot alarmiste d'informations et d'hypothèses, séparons le bon grain de l'ivraie et répondons aux vraies questions.
D'où vient la grippe aviaire ?
La grippe aviaire ou grippe du poulet est apparue il y a plus de 100 ans en Italie. C'est un virus grippal de type Influenza virus A. Les sous-types H5 et H7 sont particulièrement virulents
pour les oiseaux.
On ne sait pas encore si le virus touche seulement les oiseaux d'eau ou tous les oiseaux ? A priori, tous les oiseaux domestiques et sauvages sont concernés par cette grippe. Les poulets et les dindes y sont particulièrement sensibles.
Les oiseaux se contaminent entre eux par les sécrétions respiratoires ou par les fientes. Contaminés, les migrateurs servent donc de réservoir naturel au virus. Ce sont eux qui ont favorisé la récente propagation de la maladie en Europe. D'où la surveillance des zones humides par lesquelles les oiseaux migrateurs transitent.
Quid des flux migratoires ?
Justement, quel est le trajet précis de ces oiseaux ? La majorité des migrateurs observés en Europe et en Afrique proviennent de la Sibérie occidentale. Ils se dirigent vers la mer Caspienne, la péninsule arabique, l'Ethiopie et plus généralement l'Afrique. Quant aux migrateurs de la Sibérie orientale, de Chine et de Mongolie, ils voyagent, eux, vers l'Océanie, l'Asie du Sud-Est et l'Inde.
Les migrateurs occidentaux (hirondelle, cigogne blanche, coucou, passereau
) prennent leur quartier d'hiver en Afrique. On en est là aujourd'hui. Ils repartiront courant mars. Schématiquement, leur voyage empruntera trois couloirs : les migrateurs d'Afrique de l'Ouest se rendent au Maghreb et en Espagne. Ceux d'Afrique centrale font le trajet Tunisie-Sicile-Sardaigne-Corse-Italie. Arrivés en Grèce, Italie, ils sont attendus en France fin mars. Enfin à l'est, il y a l'axe Moyen-Orient-Turquie-Europe de l'Est.
Pourtant un élément a changé la donne : la découverte des cygnes sauvages morts en Turquie, Sicile et Grèce. D'après l'OIE (Observatoire mondial de la santé animale), ce ne sont plus seulement les oiseaux faisant de grandes migrations nord-sud qui peuvent être contaminés mais aussi des migrateurs partiels, qui font de petites distances latérales. Ces cygnes tuberculés viennent d'Europe de l'Est et peuvent aller jusqu'en Italie, dans l'est de la France, en Allemagne ou en Suisse, pour des raisons de température et de recherche de nourriture.
Epidémie, pandémie, épizootie ?
Précisons de quoi on parle avant d'aller plus en avant. L'épidémie est le développement d'une maladie qui atteint simultanément de nombreux individus répartis dans un territoire déterminé et soumis à des influences identiques et inhabituelles. La pandémie, à l'inverse de l'épidémie, atteint une zone géographique très étendue en un temps assez court avec un fort taux de mortalité.
Chez les animaux, un terme spécifique désigne l'apparition d'épidémie : l'épizootie. L'épizootie est donc une maladie qui frappe simultanément un grand nombre d'animaux de même espèce ou d'espèces différentes. La fièvre aphteuse en est un exemple. La grippe aviaire est donc une épizootie qui a, accidentellement, engendré une épidémie humaine. Si le virus n'est pas vaincu, elle peut devenir une pandémie.
Y-a-t-il risque de pandémie ?
Si le H5N1 fait peur actuellement, ce n'est pas tellement parce qu'il est à l'origine de la mort de millions de volailles, mais plutôt parce qu'il a aussi réussi à contaminer l'homme. Rassurons-nous, pour le moment, il s'agit d'un phénomène accidentel : seules 91 personnes sont décédées jusque-là, principalement en Chine, en 1997, puis en Corée du Sud, en 2003. Si ces personnes ont été contaminées, c'est parce qu'elles ont été en contact direct et répété avec des animaux malades.
Premier scénario-catastrophe : pour que le virus s'adapte à l'homme, le H5N1 doit muter et passer par le porc qui peut être infecté naturellement. Si l'homme est ensuite en contact répété avec le porc, il peut être contaminé par voie respiratoire et oculaire. Les détenteurs de volaille et les professionnels du milieu sont visés au premier chef.
Pas de psychose pour autant. La consommation d'ufs et de viande, même infectée, ne présente aucun danger pour l'homme. L'acidité de l'estomac et la cuisson détruisent le virus.
Deuxième scénario : les scientifiques craignent surtout que le virus aviaire ne s'associe avec son cousin de la grippe humaine (rare chez l'homme et plus fréquent chez le porc) pour former un nouveau virus humanisé qui infecterait indifféremment l'oiseau et l'homme, conjecture que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) prend au sérieux.
Que vaut le plan d'urgence marocain ?
Nous sommes passés d'une phase de surveillance des cas suspects à une phase d'alerte. Avec le futur vol des oiseaux migrateurs et l'épisode d'Ifrane, la vigilance est en éveil. Mohamed Badraoui, directeur de la division Parcs et Réserves naturelles, au Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts, a précisé à l'AFP que 500.000 oiseaux feront escale au Maroc entre février et avril. Seront-ils contaminés ? Pour le moment aucun cas de grippe aviaire n'a été détecté mais nous sommes inquiets, a-t-il déclaré.
Il a été formellement interdit aux éleveurs d'importer des oiseaux sauvages ou exotiques des pays touchés. De plus, l'absence au Maroc d'élevages intensifs de palmipèdes (oies, canards
) et de porc réduit de beaucoup les risques de transmissions à l'homme ou à l'animal.
Notre plan d'urgence envisage toutes les situations. Seulement, aura-t-il tous les moyens de ses ambitions. Au plan national, les acteurs locaux, la FISA ( Fédération interprofessionnelle du secteur avicole) et l'OENA (l'Observatoire épidémiologique) ont resserré leurs liens et un plan d'action maghrébin commun de lutte contre le virus a été signé, à Tunis, le 10 février. |
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Santé. Médicaments et vaccins
On parle beaucoup du Tamiflu, l'antiviral du groupe pharmaceutique suisse Roche. Il serait partiellement efficace contre la grippe aviaire sous sa forme actuelle et pourrait servir à ralentir une éventuelle pandémie. Son utilisation n'est prescrite qu'en cas d'infection avérée et sûrement pas en prévention.
Au Maroc, les premières livraisons de Tamiflu sont arrivées le 16 janvier dernier. Quelles doses ? Mystère. En novembre 2005, le ministère de la Santé avait annoncé avoir passé une commande de Tamiflu pour 50 millions de DH. Le ministère a estimé à 5,5 millions de personnes la population vulnérable alors que les quantités qui seraient disponibles ne satisferaient que 3% de la population. Le gouvernement a déclaré, lui, avoir doté sa stratégie de lutte contre la maladie de 900 millions de dirhams. |
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