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N° 214
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

Les islamistes et le Palais Vers un partage du pouvoir ?

(AIC PRESS)

Plus que jamais, l'arrivée des islamistes au pouvoir paraît inévitable en 2007. Le Palais, tout comme une partie de la classe politique et de la société civile le sait, et s'y prépare.


Une réunion, discrète, a eu lieu au siège du PJD à Rabat, ce jeudi 16 février. Le parti islamiste recevait un invité assez particulier, l'ambassadeur danois au Portugal. Administrativement, le consulat du Danemark au Maroc relève de sa tutelle. Le diplomate ne disposait que de quelques heures pour exposer aux Marocains la position de son pays concernant “l'affaire des caricatures du prophète”. Il a choisi le parti de Saâdeddine Othmani.

De cette réunion, on apprendra pêle-mêle que le Danemark apprécie la “réaction mesurée” de la rue marocaine, envisage sérieusement d'ouvrir une ambassade à Rabat et souhaite maintenir le contact avec ses partenaires marocains. Soit, mais pourquoi le PJD et pas les autres partis politiques ? Pourquoi pas les Affaires étrangères, du moment que le gouvernement a officiellement pris position concernant l'affaire des caricatures ? Visiblement habitué à ce genre d'interrogations, Lahcen Daoudi, membre du secrétariat général du PJD sourit du coin des lèvres et répond, évasif : “L'échange avec le diplomate danois a été franc et sincère. Il a demandé à nous voir, nous ne pouvons pas nous fermer au dialogue”.

Pourquoi a-t-il demandé à les voir justement ? “L'ambassadeur, tente d'expliquer ce politologue, a voulu jouer sur la symbolique et traiter directement avec le parti islamiste qui en plus, pourrait constituer une excellente courroie de transmission, du fait de sa crédibilité et de son implantation sur le terrain”.

Arrivée imminente
Durant ces deux dernières années, le PJD a dû avoir plusieurs dizaines d'entrevues de ce genre, elles n'ont pas toutes attiré l'attention pour autant. Aujourd'hui, avec l'approche de l'échéance 2007, chacun des faits et gestes des responsables du parti islamiste sont analysés, décortiqués. Le parti a d'ores et déjà annoncé que, cette fois, il ne limiterait pas le nombre des ses candidats lors des prochaines élections. “Ce serait cautionner un état d'exception et de transition qui ne saurait durer à l'infini”, explique Daoudi. Est-ce suffisant pour croire au raz de marée vert en 2007 ? Les leaders PJDistes sont les premiers à récuser cette thèse. “Vu l'absence de sondages scientifiques, tout pronostic ne peut être que spéculation”, arguent-ils. Soit, mais il y a des signes qui ne trompent pas. Parce que le ministère l'Intérieur l'y a contraint en 2002, le parti ne s'est pas présenté dans plusieurs circonscriptions. Il a tout de même fini troisième force politique au Parlement. Il est donc logique qu'il réalise un meilleur score en 2007. En plus, des sources bien informées rapportent que le roi a été très clair avec son nouveau ministre de l'Intérieur. Le département de Benmoussa devra jouer un rôle technique et non politique dans l'organisation des prochaines élections. En clair, celles-ci devraient se dérouler normalement, sans aucune intervention de l'administration, le Palais préférant gérer l'après-élections plutôt que de bidouiller une carte politique préfabriquée. Puis il y a la conjoncture internationale : partout où des élections plus ou moins transparentes se sont tenues dans le monde arabe, les islamistes ont réalisé des scores remarquables, voire de très nettes majorités comme cela a été le cas récemment en Palestine. A cela il faut ajouter les nouvelles recommandations américaines et européennes qui incitent à l'intégration des mouvements islamistes modérés dans le jeu politique. Bref, aussi bien au niveau local qu'international, les voyants sont tous au vert. Sauf imprévu, le PJD devrait constituer une force importante en 2007. Mènera-t-il le gouvernement pour autant ? Même avec une majorité relative (l'absolue étant très peu envisageable, vu le nombre de partis politiques), c'est le roi qui décide. Rien ne l'empêche en effet de confier la formation du gouvernement à un technocrate, avec une forte participation islamiste. “Ce serait dommage, affirme cet observateur. En confiant la formation du gouvernement aux islamistes, Mohammed VI imprimerait sa touche à une alternance politique qui s'impose à lui, sans prendre de risques majeurs, puisqu'il continue à détenir l'essentiel du pouvoir”.

PJD, plus fréquentable que jamais
En attendant, le parti islamiste soigne son image, aussi bien à l'international qu'au niveau local. De plus en plus, le PJD associe volontiers son image à des têtes d'affiche du monde des affaires, de la gauche ou de la société civile, personnalités que certaines (mauvaises ?) langues disent mandatées (au moins dûment briefées) par les officiels, pour servir de caution à un parti qui suscite encore quelques méfiances et le rendre plus fréquentable. “Pure foutaise”, rétorque Noureddine Ayouch, publiciste et acteur associatif, décrit comme faisant partie de ces “fameux mandatés”. “Je suis un citoyen pragmatique au service du pays. Mon objectif est de constituer un pôle autour des forces politiques, de créer une passerelle entre les compétences existantes et ces forces politiques, quelles qu'elles soient”. En attendant, Ayouch ne rate pas une occasion pour inviter ou pour s'afficher avec “ses nouveaux amis” du PJD. Ces derniers le lui rendent bien. Saâdeddine Othmani n'a-t-il pas assisté à une soirée de chant, de théâtre et de danse, organisée par la Fondation des arts vivants (que dirige Ayouch) ? “Grosso modo, affirme Youssef Belal, auteur d'une thèse intitulée Religion et politique au Maroc, plusieurs figures de l'extrême gauche marocaine se rapprochent du PJD. C'est signe qu'ils savent évoluer : ils se disent que le PJD arrivera d'une manière ou d'une autre au pouvoir. Mieux vaut donc le connaître et essayer de peser sur le cours des choses. Pour ceux-là, les considérations d'intérêt l'emportent sur les passions”.

Beaucoup plus visible, ce rapprochement du PJD avec Forces citoyennes d'Abderrahim Lahjouji : un mémorandum d'entente lie les deux formations dans une sorte de partenariat win win. D'un côté, le PJD s'ouvre sur un patron libéral (pour l'image, c'est rassurant) qui conserve certains de ses précieux réseaux politiques et d'affaires ; de l'autre, FC (ou Lahjouji) assure tout simplement sa survie politique.

Cet échange de bons procédés fait même des jaloux au sein de la classe politique. On sait vaguement que Othmani a eu des tractations avec Ahmed Osman (SG du RNI), que l'Istiqlal n'a pas encore écarté la piste PJD, que quelques nouveaux partis gravitent autour et que, surprise, même une aile (minoritaire) de l'USFP appelle à une alliance avec les islamistes. Quoi qu'il arrive, le PJD aura réussi un joli tour de force : passer en quelques mois du statut de parti pestiféré à l'allié le plus courtisé du champ politique marocain, ce qui permet à ses cadres de répondre aujourd'hui : “Nous observons tranquillement ce qui se passe. De toutes les manières, on ne peut parler d'alliances qu'après les élections”. En off, un leader du parti islamiste confiera que “l'idéal serait que le PJD conserve sa virginité politique. Quelque part, tant mieux si l'Istiqlal et l'USFP s'allient. Ça fera deux éventuels partenaires de moins à gérer”. Comment expliquer cette frénésie de courtisans ? Opportunisme, realpolitik ? Peut- être mais pas seulement. Selon cet observateur, “beaucoup de ces partis courtisent le PJD parce qu'ils sont incapables de le contrer. Quelque part, certains souhaiteraient même que le roi intervienne pour limiter les chances islamistes”.

Le palais “observe activement”
Pour le moment, “Mohammed VI observe avec un petit sourire”, avance un lobbyiste, visiblement au courant des tractations en haut lieu. Plusieurs sources avancent que le roi veut “laisser faire”. Soit, mais jusqu'à quel point ? Il détient encore LA clé des prochaines élections : le mode de scrutin sur lequel devraient plancher incessamment les équipes de Chakib Benmoussa. “Si le Maroc veut réellement éradiquer la corruption et mettre un terme à la balkanisation, on devrait aller vers un mode de scrutin avec de grandes circonscriptions et un système de suffrage à plus forte moyenne”, affirme Lahcen Daoudi. Ce mode de scrutin permettra surtout de dégager des majorités politiques plus ou moins confortables. Le PJD est donc, à ce titre, le premier intéressé. Mais en attendant de trancher sur ce point, le roi continue de verrouiller les secteurs et les postes-clés dans la gestion du pays. Avec la dernière vague de nominations, Mohammed VI a mis ses hommes (tous des technocrates) à la tête des plus grandes entreprises et offices du pays (RAM, OCP, ONE, etc.). En confiant le sort de l'enseignement à son conseiller Meziane Belfqih, il verrouille un autre secteur sensible , sans parler des éternels ministères de souveraineté et des nombreux dossiers politiques qu'aucun gouvernement ne peut traiter sans concertation préalable avec la monarchie. Ajoutez à cela les autorisations accordées récemment à deux nouveaux partis islamistes (Al Badil Al hadari et Nahda wa fadila de Khalidi), et vous comprendrez comment l'Etat, sans intervenir brutalement, est en train de limiter la marge de manœuvre d'un éventuel gouvernement islamiste en 2007. Du moins, s'y prépare-t-il sérieusement.

Comment le PJD gérera-t-il cette situation ? Quel sera son apport ? Et surtout, que restera-t-il de son islamisme une fois au pouvoir ? “La gestion du quotidien l'obligera à édulcorer son islamisme. Il en restera peut-être une forme de moralisme qu'il partagera avec d'autres partis qui peuvent s'avérer beaucoup plus conservateurs que lui”, affirme le politologue, Mohamed Tozy. L'exercice du pouvoir signera-t-il la fin de l'exception PJD ? C'est le scénario que les responsables du parti veulent à tout prix éviter, stratégie à l'appui.



Appréhension. Improbable guerre des valeurs ?

Si la marge managériale du PJD risque d'être limitée par une monarchie trop active, le parti cherchera-t-il à imposer ses valeurs morales dans la société ? Oui et non. Le PJD peut très bien défendre certaines valeurs morales à travers des initiatives économiques ou sociales. Il passera donc certaines valeurs dans la finesse. Pourra-t-il aller plus loin ? “C'est très peu probable, affirme un jeune chercheur. Le parti sait que c'est sur le terrain des valeurs que tout le monde l'attend au tournant, au Maroc comme à l'étranger”. Pour rassurer ses différents partenaires, le parti se garderait donc de mener la croisade morale (laissant ce soin plutôt au MUR, voir pp 40-41). D'ailleurs, cette tendance s'est déjà vérifiée à travers la gestion par le PJD de certaines communes comme Meknès et Khénifra. Comme toutes les autres, ces communes ont eu leurs problèmes de transport, d'infrasctructures, etc. mais à aucun moment, un problème de valeurs ne s'est posé.


Elections 2007. La stratégie PJD

Un programme principalement axé sur le volet économique et une vaste campagne de recrutement des compétences nécessaires pour le mettre en œuvre. à plus d'une année des élections, le PJD y voit clair, même si son discours dérange toujours.


De plus en plus, le site Internet du PJD prend les allures d'un véritable journal électronique. Réunions, prises de position, comptes rendus de visites au Maroc et à l'étranger, revues de presse, questions parlementaires, meetings et conférences… Les leaders islamistes donnent du travail à leurs webmasters, obligés de suivre leurs activités et de réactualiser, jusqu'à deux fois par jour, les pages web du site officiel du parti. Frénésie partisane à l'approche des élections de 2007 ? “Du tout, tranche Lahcen Daoudi. Notre boutique n'a pas de rideau qu'on baisse au courant de l'année et qu'on ouvre à l'approche des élections. Nous avons toujours été dynamiques et travailleurs”. Le responsable islamiste dit vrai. Depuis bientôt deux ans, le PJD semble lancé dans une véritable course contre la montre. Objectif en deux temps : rassurer quant aux intentions du parti et séduire les foules les moins récalcitrantes. Parallèlement, beaucoup de choses se trament en interne. Signe manifeste, Attajdid repart en croisade morale, depuis le départ de son rédacteur en chef, Mustapha Khalfi. Rien ne lui échappe (la polémique Marock, les sites de rencontres, les femmes qui fument, etc.). Evidemment, il se trouvera toujours un responsable pour rappeler que ce journal n'a aucun lien avec le parti. Il jouit tout de même d'une forte audience chez les militants de base. En plus, deux membres du secrétariat général en assurent la direction (lire encadré). Le PJD cherche-t-il à entretenir / raviver la flamme moralisatrice en ces temps de grandes manœuvres ? Possible. Puis il y a cette absence de plus en plus remarquée des voix dissonantes au sein du PJD. Où est passé Mustapha Ramid ? A quand remonte sa dernière sortie en public ? Est-il toujours en froid avec la direction du parti ? Y a-t-il eu mot d'ordre pour que se taisent les contestataires avant les élections ? Ces interrogations, conjuguées à un réel effort de communication dans le pays (caravanes, tournées d'information, limogeage des membres jugés corrompus), permettent de cerner les contours de la nouvelle stratégie du parti, discrète à l'intérieur, et menée tambour battant à l'étranger.

Etranger, toutes !
Depuis plusieurs mois, certains responsables du secrétariat général sont constamment entre deux avions ; Othmani est carrément devenu injoignable depuis plus de deux mois. Que vont-ils dire à leurs hôtes européens ou américains ? Quand ils ne s'y rendent pas en tant que conférenciers politiques ou académiques, les responsables du PJD jouent (surprise) les rabatteurs. “Nous avons noué plusieurs contacts avec les patronats espagnol, français, belge et bientôt italien pour débattre de sujets liés à l'investissement et la coopération. Nous avons un excellent contact avec toutes les ambassades”, explique un dirigeant. Tout l’indique aujourd'hui : le PJD veut désormais faire de l'économie son cheval de bataille. “C'est un choix intelligent, affirme un chercheur universitaire. Les investisseurs et les bailleurs de fonds étrangers doivent être les premiers rassurés. Les islamistes veulent qu'ils se soucient d'abord de la qualité de vie des Marocains”. Ont en-t-ils les moyens ? Sur le bureau de Lahcen Daoudi au Parlement, les études de faisabilité s'entassent. Régulièrement, l'économiste en chef du parti islamiste consulte des experts internationaux et de grandes institutions économiques pour mesurer la fiabilité des projets qu'il a pour l'économie marocaine. Il a même déjà fait la promotion de certains à plusieurs gouvernements étrangers et même au prestigieux Washington Post. C'est le cas par exemple de ce projet de “tourisme de troisième âge”. En gros, Daoudi cherche à attirer un million de personnes européennes âgées pour qu'elles résident au Maroc, au moins durant les mois d'hiver (où il fait plus doux). Elles seront accueillies dans des hôtels spécialement conçus pour leurs besoins et traitées par un personnel hôtelier, spécialement formé. A raison de seulement 200 euros de virement mensuel par personne, les rentrées en devises flirteront facilement avec les millions d'euros par an. Tout cela est bien beau, mais est-ce réalisable ? Daoudi jure que oui. D'abord, parce que le marché espagnol (destination jusque-là traditionnelle pour les Européens âgés) est aujourd'hui saturé, ensuite parce que plusieurs gouvernements réduiraient ainsi sérieusement leurs charges liées au chauffage, à la couverture médicale et souvent à l'hospitalisation de personnes qui ont du mal à affronter un froid de plus en plus sévère. Au diable donc les 10 millions de touristes (sachant que le tourisme de masse a toujours dérangé les islamistes) ? Daoudi assure qu'avec cette alternative du troisième âge, le Maroc n'aurait pas besoin de plus de cinq millions par an, pour pratiquement les mêmes recettes. Et tant mieux, se disent nos islamistes, si cela peut nous éviter les écarts peu catholiques d'une jeunesse européenne fougueuse et avide de plaisirs orientaux. “Voilà comment le PJD masque ses choix de valeurs qui ont mauvaise presse dans la société par des considérations économiques qui passent mieux”, analyse un observateur. Daoudi ne se cache d'ailleurs pas pour avancer que “s'il améliore le niveau de vie du Marocain, son islam (moralisateur) passera sans problèmes”. Il tient l'exemple turc pour preuve.

Offres d'emploi
Maintenant, le PJD aura-t-il la marge de manœuvre nécessaire pour changer le quotidien des Marocains, en a-t-il les compétences ? Dans l'esprit des leaders du PJD, l'équation est assez claire “pas question de faire de la figuration. On sera fort ou on ne sera pas”. Daoudi tente une explication citoyenne : “C'est pour le bien du Maroc. Le PJD n'a pas droit à l'erreur s'il arrive au pouvoir. S'il échoue, la dernière alternative politique rejoindra ainsi, aux yeux des Marocains, plusieurs autres parties à la poubelle”. Le PJD se mord la queue. En refusant de faire de la réforme constitutionnelle une priorité dans son programme, le parti se plie au bon vouloir du prince. Mohammed VI noierait-il ce parti dans une marée de couleurs politiques de tous bords, histoire de briser l'exception islamiste ? Les voies du souverain sont impénétrables.

Pour le moment, le PJD s'arme comme il peut et lance une vaste opération de recrutement. Le parti veut constituer “un noyau qualitatif” au sein de son groupe parlementaire. Trente profils (entre juristes, économistes, médecins, architectes, etc.) ont déjà été arrêtés et affectés aux différentes sections du parti. Seule consigne : mettre systématiquement ces profils en tête de liste et, au besoin, les recruter. Plusieurs CV sont déjà à l'étude. Evidemment, les trente profils sont un minimum, tout complément serait le bienvenu.

Selon Mohamed Tozy, “le PJD n'aura pas de mal à coopter une élite pieuse, qui n'a pas accès aux réseaux de pouvoir habituels”. Et même si la casquette politique du PJD dérange une partie de cette élite conservatrice, le parti lui propose d'autres alternatives. Prenons l'exemple du pacte d'entente avec Forces citoyennes. Son intérêt électoral pour le PJD ? “Attirer des compétences intéressées par la référence islamique, sous les couleurs d'un parti libéral, pour élargir l'assiette des candidats et des électeurs”, explique un membre du secrétariat général du parti. Ne l'oublions pas non plus, le PJD aura certainement l'intelligence de piocher dans le réservoir que Noureddine Ayouch promet de mettre à la disposition des grands pôles politiques. Quand on sait que l'homme veut recruter du côté des grands patrons et des dirigeants les plus en vue…

Question essentielle cependant, les camarades d'Othmani ont-ils déjà envisagé les compromis qu'ils sont prêts à faire ? En d'autres termes, refuseront-ils quelque chose à une monarchie exécutive dont ils jouent pleinement le jeu depuis le départ ? Dans une récente interview à TelQuel, Saâdeddine Othmani avait déclaré “vouloir exploiter au maximum la marge de manœuvre que laissera la monarchie au gouvernement”. Les bases du PJD, et plus largement celles du MUR, accepteront-elles une situation pareille ? “Là, la conjoncture internationale viendra à la rescousse des islamistes. Le compromis que fera très certainement le Hamas dans les prochains mois servira de bon exemple”, analyse Mohamed Darif. L'internationale islamiste change-t-elle de visage ?



Répartition des tâches.

D'un côté, le parti politique nous sert un discours rationnel, politiquement correct, presque laïc. De l'autre, le MUR (officiellement constitué en association) s’érige en moralisateur public, souvent extrémiste. Entre les deux, Attajdid joue le rôle de pivot. Quoi qu’en disent ses responsables...


MUR
Historiquement, les plus grands responsables du PJD viennent du MUR. Créée en 1996, cette association fait de la prédication et c'est à ce titre qu'elle se permet de défendre la morale publique. Elle est également l'école qui fournit au PJD ses nouveaux militants et les encadre avant leur adhésion effective. Sinon, qu'est-ce qui explique qu'un parti qui se dit modéré reste lié à une association aux positions souvent extrêmes ?


Attajdid
Le journal est le porte-parole officiel du MUR. Les responsables du PJD crient que la publication leur est complètement étrangère. C'est pourtant Abdelilah Benkirane qui en assure la direction, épaulé par Mohamed Yatim, conseiller à la rédaction. Tous deux sont, en même temps, membres du secrétariat général et parlementaires du PJD ! Depuis que ce dernier a arrêté de publier son hebdomadaire Al Asr, Attajdid est sa


PJD
Officiellement, ce parti politique n'a aucune relation avec le MUR. Cette distinction, beaucoup de militants de base ne la voient même pas. Tant mieux pour Othmani. Cela lui permet de maintenir un langage politiquement correct, donc officiellement irréprochable… tout en passant ses messages religieux (moralisateurs) à travers le MUR. Ainsi, le PJD flatte les instincts de sa base tout en restant présentable...

 
 
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